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Ma maison demain

Quand enfants et seniors se rencontrent : une maison de retraite toutes générations

À Tourcoing, dans le Nord, une maison de retraite partage ses locaux avec une crèche. Une initiative pionnière, dont profitent autant les seniors que les enfants.

Par Alice Pouyat I Publié le 28 Décembre 2018


Monsieur Pierre fait un détour par la crèche du Jardin des orchidées pour raconter des histoires. (Crédit : Xavier Lambours)
Monsieur Pierre fait un détour par la crèche du Jardin des orchidées pour raconter des histoires. (Crédit : Xavier Lambours)

Tourcoing, 10 h 30, l’heure de la belle histoire du matin. Monsieur Pierre, 92 ans, pousse la porte de la crèche du Jardin des orchidées et vient s’installer au milieu d’une dizaine d’enfants qui s’empressent de lui apporter des livres à conter. Une histoire d’éléphants pour l’un, de baleines pour l’autre… Ces bambins connaissent tous Monsieur Pierre.

Pierre-Henri Vieren est l’un des 80 résidents d’une maison de retraite atypique : elle partage son terrain avec une crèche. Chaque semaine, les deux établissements organisent des ateliers conjoints. Lecture, pâtisserie, gymnastique… Les activités se déroulent chez les uns ou chez les autres.

"C’est mon petit rayon de soleil !", sourit le nonagénaire. Cet hiver, Monsieur Pierre s’est même déguisé en Saint Nicolas pour les enfants. Et pas un jour ne passe sans qu’il vienne saluer ses jeunes amis à travers la vitre séparant le jardin des retraités de celui des enfants. "Cela me motive à faire ma promenade du matin !


Mettre fin à l’isolement

Pionnier en France, l’établissement des Orchidées est né d’une collaboration entre l’ancienne directrice de l’Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) et la fondatrice du réseau de crèches Rigolo Comme la Vie. Après de longues démarches, leur rapprochement s’est concrétisé en 2012, inspiré d’initiatives semblables en Belgique ou aux États-Unis.

Le documentaire américain d’Ewan Briggs, The Growing Season (2015) contait déjà les liens touchants tissés entre les élèves d’une école maternelle et les pensionnaires d’une maison de retraite à Seattle. Depuis, une petite dizaine d’établissements intergénérationnels ont vu le jour en France. Une réponse à la crise des maisons de retraite conventionnelles.

"Ghettoïsation", "négation du vivre ensemble", "dénégation de la fin de vie et de la mort"… Dans un avis rendu public en mai dernier , le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) dressait un bilan cinglant du sort réservé aux résidents des Ehpad en France. Il soulignait la souffrance que cette mise à l’écart génère chez les personnes âgées et leurs accompagnants.

Une situation insoutenable quand ont sait que 600 000 Français vivent dans des Ehpad et que les plus de 75 ans devraient être 16 millions en 2050, contre 9 millions aujourd’hui, d’après l’Insee. "
40 % des résidents présentent un syndrome dépressif", alerte le psychiatre Pierre Vandel dans l’avis du CCNE.

La France affiche même le taux de suicide le plus élevé en Europe chez les plus de 75 ans … Le très jovial Monsieur Pierre, lui-même, ne peut retenir des larmes en évoquant ses enfants et ses petits enfants qui vivent à l’autre bout de la France et ne peuvent venir le voir que rarement.

Recréer du lien entre générations, et notamment entre le premier et le quatrième âge est l’une des recommandations du Comité. "Les enfants, c’est le meilleur des médicaments !", aime répéter Clément Callens, 38 ans, animateur de la maison de retraite de Tourcoing.

Au contact de très jeunes enfants, les personnages âgées s'éveillent, retrouvent le goût de transmettre. (Crédit : Xavier Lambours)
Au contact de très jeunes enfants, les personnages âgées s'éveillent, retrouvent le goût de transmettre. (Crédit : Xavier Lambours)
Au cours d’ateliers partagés, il a vu de petits miracles. Des personnes âgées qui ne parlaient plus se mettre à chanter des comptines, comme madame Maton, 96 ans, venue ce matin à l’atelier lecture, alors qu’elle peine à rester éveillée. Au contact des enfants, des personnes âgées réalisent qu’elles ont encore des choses à transmettre. 
 
"Il y a beaucoup de points communs entre les tout-petits et les seniors : les premiers doivent développer leur autonomie, les seconds la conserver"

"Même entendre des pleurs, cela ramène à la vie, c’est une stimulation", poursuit l’animateur. Et d’ajouter : "Il y a beaucoup de points communs entre les tout-petits et les seniors : les premiers doivent développer leur autonomie, les seconds la conserver, d’où l’intérêt d’activités en commun.

Selon Clément Callens, ces ateliers gagneraient même à devenir quotidiens… Pour le personnel des maisons de retraite – qui a manifesté son mal-être cette année lors de grèves inédites – les enfants sont aussi une bouffée d’oxygène. "Dès qu’ils arrivent, tout le monde pousse des “oooh”, tout le monde s’attendrit, tout le monde se détend !"
 

Bien sûr, la cohabitation ne se fait pas sans règles : en cas d’épidémie de grippe ou de gastro-entérite, les ateliers sont suspendus. Les personnes âgées sont priées de ne pas donner de bonbons en cachette aux enfants… Et ne peuvent les prendre sur leurs genoux que s’ils acceptent. La participation aux ateliers est d’ailleurs volontaire, précise Marie Legourd, directrice d’une autre crèche du réseau Rigolo Comme la Vie, intégrée au 5e étage d’un Ehpad à Rennes. 

"Rencontrer de nouvelles personnes et multiplier les interactions accroît la capacité d’adaptation des jeunes enfants", explique Marie Legourd. "Le contact précoce avec les personnes âgées, en particulier, développerait aussi la bienveillance envers les aînés et plus largement envers les personnes vulnérables ou handicapées, et ce dès l’entrée à l’école, condition sine qua non d’une société plus inclusive."




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