2025 : l'année où le vent et le soleil ont dépassé les énergies fossiles en Europe

En 2025, l’éolien et le solaire ont généré 30 % de l’électricité européenne, contre 29 % pour l’ensemble des énergies fossiles. - © pixarno / stock.adobe.com

Publié le par Florence Santrot

Il y a des dates qui ne font peut-être pas la une des quotidiens nationaux, mais qui marquent un tournant silencieux. L’année 2025 en fait partie. Pour la première fois depuis que l’Union européenne compile ses données électriques modernes, l’éolien et le solaire ont produit davantage d’électricité que l’ensemble des sources fossiles réunies. À titre individuel, 14 pays sur 27 ont franchi ce cap historique.

Selon le rapport European Electricity Review 2026 publié par le think tank Ember, le duo vent-soleil a représenté 30,1 % de la production électrique européenne en 2025 (841 TWh), contre 29 % pour le charbon, le gaz et les autres combustibles fossiles cumulés (809 TWh). Il y a cinq ans encore, en 2020, l’éolien et le solaire ne pesaient que 19,7 % du mix électrique. La bascule est donc rapide, structurelle… et irréversible à court terme.

Graphiques de la production électrique européenne, 2015-2025, montrant la croissance des énergies renouvelables.
© Ember

Le solaire, moteur discret du basculement

Derrière ce dépassement historique, une dynamique impressionnante : celle du solaire. En 2025, il a produit 369 TWh, soit une hausse de 20 % en un an. C’est la quatrième année consécutive de croissance à deux chiffres. En cinq ans, sa production a plus que doublé. Cette progression repose sur une expansion massive des capacités : +65,1 GW installés en un an, presque à parts égales entre centrales au sol et toitures. Aucun autre moyen de production n’a connu une telle accélération. Résultat : 62 TWh d’électricité produite supplémentaire, soit l’équivalent de la production de trois centrales nucléaires.

Tous les États membres ont vu leur production solaire augmenter. Dans plusieurs pays – Hongrie, Chypre, Grèce, Espagne, Pays-Bas – le solaire dépasse désormais 20 % du mix annuel. Sept des dix pays affichant la plus forte part de solaire au monde se trouvent aujourd’hui dans l’Union européenne.

En juin 2025, le solaire est même devenu la première source d’électricité européenne sur un mois donné. Une première saisonnière, mais hautement symbolique.

Graphiques de données économiques de 18 pays européens de 2018 à 2024.
© Ember

Une étape décisive en France

Même si le nuclaire continue à dominer largement, la production combinée de l'éolien et du solaire en France a franchi une étape importante en dépassant les 75 TWh sur l'année 2025. Il faut dire que l’Hexagone a bénéficié de conditions exceptionnellement ensoleillées au début de 2025. Ces conditions favorables ont boosté la production solaire française de 10 % par rapport à ce qui aurait été produit avec un ensoleillement moyen. Un point où le pays peut s’améliorer : le ratio de capacité de stockage par rapport à la puissance éolienne et solaire installée. Il est, à l’heure actuelle l'un des plus bas de l'Union, autour de 1 à 2 %

En revanche, comme en Allemagne, Suisse, et Autriche, la France a connu une baisse de sa production hydroélectrique en raison d'un début d'année moins pluvieux. Cette diminution a eu un impact sur les échanges transfrontaliers, réduisant notamment les exportations nettes d'électricité vers l'Allemagne. À noter aussi que notre pays fait partie des 19 pays de l'UE où le charbon est devenu une source d'énergie marginale, représentant désormais moins de 5 % du mix électrique national.

Des renouvelables résilientes face à la météo

L’année 2025 n’a pourtant pas été idéale sur le plan climatique en Europe. Le début d’année a été moins venteux et moins pluvieux en Europe du Nord. Les précipitations ont reculé de 33 % et les vitesses de vent de 23 % au premier trimestre par rapport aux moyennes des cinq dernières années. Résultat : l’hydroélectricité a chuté de 12 % et l’éolien recule légèrement (-2 % sur l’année).

Mais l’ensoleillement, lui, a progressé de 6 % par rapport aux moyennes récentes. Le solaire a compensé. Les renouvelables ont ainsi maintenu leur part globale à 47,7 % du mix électrique européen, quasiment stable par rapport à 2024 (47,9 %). Ce maintien autour de 48 % montre que le système gagne en maturité. Il n’est plus dépendant d’une seule ressource. Les renouvelables se soutiennent entre elles.

La demande d’électricité, de son côté, progresse à peine : +0,6 % en 2025, et toujours 4 % en dessous du niveau de 2019. Même les vagues de chaleur de juin-juillet – avec des pics quotidiens de +14 % liés à la climatisation – n’ont pas entraîné de rebond structurel. Sobriété, efficacité énergétique et ralentissement industriel continuent de peser.

Le charbon relégué à la marge

Autre mutation spectaculaire : le charbon. En 2025, il ne représente plus que 9,2 % du mix européen. Dix ans plus tôt, il pesait près d’un quart de la production. Désormais, 19 pays de l’UE utilisent moins de 5 % de charbon, voire plus du tout. L’Irlande a cessé d’en brûler en juin 2025. La Finlande l’a quasiment éliminé avant son échéance officielle de 2029.

La production restante est concentrée en Allemagne et en Pologne, qui représentent plus de 70 % du charbon européen. Mais même dans ces pays, la tendance est à la baisse. Fait notable : la chute du charbon n’a pas été compensée par une hausse équivalente du gaz sur la décennie. La sortie du charbon a donc largement été absorbée par les renouvelables.

Le gaz, talon d’Achille du système

Le gaz reste cependant la variable d’ajustement. En 2025, sa production augmente de 8 % par rapport à 2024, principalement pour compenser la baisse de l’hydroélectricité. Elle demeure néanmoins inférieure de 18 % à son niveau de 2019. Son rôle est stratégique : il intervient aux heures critiques, le matin et le soir, quand la production solaire diminue et que la demande reste élevée. Ces “heures gaz” ont provoqué des pics de prix sur les marchés de gros dans 21 pays européens.

La facture d’importation de gaz pour la production électrique atteint 32 milliards d’euros en 2025, soit +16 % en un an. Première hausse depuis la crise énergétique de 2022. Le paradoxe est clair : alors que l’Union prévoit d’interdire les importations de gaz russe d’ici 2027, une nouvelle dépendance se profile envers le GNL importé, notamment américain. La vulnérabilité géopolitique ne disparaît pas, elle se déplace.

Batteries : la clé de la prochaine étape

La suite de l’histoire se joue désormais sur la flexibilité. En 2025, la capacité de batteries à grande échelle dépasse 10 GW dans l’UE, plus du double de 2023. Et le pipeline de projets pourrait porter cette capacité au-delà de 40 GW si tous les projets annoncés voient le jour.

Les signaux économiques sont puissants. Les coûts des batteries ont chuté en moyenne de 20 % par an sur la dernière décennie. En Italie, décaler de l’électricité solaire ou éolienne vers les heures du soir via une batterie reviendrait à environ 64€/MWh. Produire avec une centrale à gaz coûtait en moyenne 111€/MWh en 2025. Le différentiel est décisif.

Les batteries commencent déjà à injecter de l’électricité aux heures critiques. En Italie, en septembre 2025, elles ont fourni en moyenne 1,1 GW lors du pic du soir. Ce n’est encore que 3 % de la demande sur ces créneaux. Mais l’exemple californien montre qu’une montée en puissance rapide est possible : en quatre ans, la Californie a multiplié par six sa capacité et réduit significativement la part fossile aux heures de pointe.

Éviter le gaspillage d’électricité propre

L’autre enjeu est l’écrêtement de production renouvelable, lorsque le réseau ne peut absorber toute l’électricité produite. En Allemagne, 9,6 TWh d’électricité éolienne et solaire ont été limités en 2025, soit près de 4 % de leur production combinée. Sept pays européens ont connu des prix négatifs au moins 5 % du temps dans l’année – signe d’une abondance ponctuelle mal valorisée.

Selon les estimations du rapport, si les batteries prévues en Allemagne avaient été opérationnelles, elles auraient permis d’éviter environ 830 millions d’euros de coûts (redispatch et achats de gaz). L’investissement annuel nécessaire serait largement inférieur. Ne pas investir dans la flexibilité coûte désormais plus cher que le faire.

La transition change d’échelle

2025 restera comme l’année où le vent et le soleil ont dépassé les fossiles en Europe. Mais ce chiffre n’est qu’un seuil. La transition entre dans une nouvelle phase : celle de l’organisation de l’abondance intermittente. Produire propre ne suffit plus. Il faut orchestrer, stocker, connecter, piloter.

L’Europe a prouvé qu’un système électrique majoritairement renouvelable est possible… et souhaitable pour gagner en souveraineté énergétique. Le défi désormais est d’en faire un système stable, souverain et économiquement soutenable. Le dépassement des fossiles n’est pas une fin. C’est le début d’une autre bataille : celle de la maîtrise.

Sources

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