Pour Gaël Giraud, l'Europe fédérale est une question de courage
"Cette polycrise constitue une occasion historique de relancer et d'accélérer un projet fédéral européen." Gaël Giraud.
Guerre en Ukraine, rupture américaine avec le multilatéralisme, crise écologique : l'Europe fait face à une polycrise majeure. L'économiste Gaël Giraud y voit une opportunité historique pour accélérer un projet fédéral européen autour de trois leviers opérationnels : le financement massif de la transition écologique, le réarmement européen et la généralisation de l'entreprise à mission. La seule réponse cohérente à l'échelle du continent.
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Écrit par La rédaction WE DEMAIN
En bref
Résumé réalisé avec l’IA, validé par WE DEMAIN.
Face à la polycrise qui fragilise l’Europe, l’économiste Gaël Giraud plaide pour une réponse fédérale articulant transition écologique, souveraineté stratégique et refonte démocratique. Il défend l’idée que la dette publique n’est pas le vrai problème : l’enjeu serait plutôt d’utiliser la capacité monétaire, industrielle et politique européenne pour financer un Green New Deal, organiser un réarmement compatible avec la sobriété carbone, créer un cœur fédéral autour de la zone euro et généraliser un modèle d’entreprise à mission, plus aligné avec les limites planétaires et l’intérêt général.
En ce début 2026, l’Union européenne vit une polycrise inédite : le retrait des États-Unis de toute forme de multilatéralisme "raisonnable" et l’entrée dans une guerre commerciale qui marque la fin de la globalisation financiarisée initiée dans les années 1980 ; la poursuite d’une offensive sur le sol européen menée par la Russie, puissance hostile dont l’armée, bien que fragilisée, demeure une menace crédible pour la sécurité du continent ; l’aggravation rapide de la crise écologique, dont les coûts matériels et assurantiels augmentent chaque année.
Je soutiens ici que cette polycrise constitue une occasion historique de relancer et d’accélérer un projet fédéral européen, articulé autour de trois piliers indissociables : la transition écologique, un réarmement stratégique européen et une redéfinition du statut de l’entreprise. Faute de ce cadre commun, les réponses européennes fragmentées resteront inefficaces.
Sortir du mythe de la "crise de la dette publique"
Depuis plus de quinze ans, le débat public français est pollué par l'idée selon laquelle la dette publique constituerait une menace imminente pour la souveraineté nationale, l'avenir des générations futures ou la stabilité macroéconomique. Cette rhétorique, répétée à l'envi, repose pourtant sur un diagnostic erroné : la France ne connaît pas aujourd'hui de "crise de la dette publique". Elle connaît une crise de l'investissement, de l'écologie et du projet politique européen.
Trois faits l'établissent clairement. Premièrement, la dette française est libellée en euros, monnaie dont la Banque centrale européenne (BCE) est l'émettrice en dernier ressort. Depuis 2015, la BCE a démontré sa capacité à stabiliser les marchés de la dette souveraine, notamment via le PSPP(1), puis le PEPP(2) lors de la crise du Covid-19. La contrainte pesant sur les États est donc politique et non financière.
Deuxièmement, la soutenabilité d'une dette dépend du différentiel entre taux d'intérêt réel (r) et taux de croissance (g). Tant que le premier reste inférieur au second, la dette est stable. En France, le taux réel est aujourd'hui négatif (Agence France Trésor, 2024) et le risque d'effet boule de neige est inexistant à horizon proche.
Troisièmement, l'indicateur pertinent n'est pas le ratio dette/PIB, c'est le service de la dette rapporté aux recettes publiques (et non le seul budget de l'État central) : environ 4 % en France (Insee, 2023), très en dessous des seuils de dangerosité observés historiquement.
Enfin, environ 25 % de la dette publique française est détenue par la BCE. Il s'agit d'une dette intrapublique. L'idée d'annuler ou de convertir partiellement une partie de cette dette continue de susciter des réactions épidermiques. Or, d'un point de vue purement comptable et macroéconomique, cette opération est parfaitement maîtrisable. Une banque centrale n'est ni un ménage ni même une banque privée. Elle ne fait pas faillite au sens ordinaire du terme puisqu'elle peut se
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