Troubles psychosomatique : soigner l'invisible
Longtemps controversée pour ses positions, la médecin Brigitte Ranque plaide aujourd’hui pour une meilleure reconnaissance des troubles somatiques fonctionnels, encore largement incompris et stigmatisés.
Ignorés ou mal compris, les troubles psychosomatiques rappellent combien nos émotions affectent notre santé. Avec le Covid long, ce tabou ancien a ressurgi, incitant chercheurs et praticiens à repenser la maladie à l’aune du lien cerveau-corps. Une révolution silencieuse s’esquisse, qui verra la médecine de demain intégrer une dimension psychologique, cognitive et sociale du soin.
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Écrit par Brice Perrier (Journaliste)
Depuis quatre ans, Brigitte Ranque n’osait plus parler publiquement des maladies qui constituent son quotidien de professeure de médecine interne. Elle revient aujourd’hui de Munich où elle a assisté au congrès de l’Association européenne de médecine psychosomatique. Psychosomatique, ce mot qu’elle a eu le malheur de lâcher, lors d’un Chat organisé en 2021 par le Quotidien du médecin, en déclarant que telle était l’origine de la persistance des symptômes de la majorité des malades du Covid long. Ce qui lui a valu une levée de boucliers sur les réseaux sociaux et un déluge de quolibets provenant de certains de ces malades et d’associations refusant catégoriquement l’idée que “c’est dans leur tête”.
“La plupart de mes patients souffrant de Covid long présentent pourtant le profil typique de ce que l’on appelle des troubles somatiques fonctionnels, la version extrême de ce que le cerveau peut imposer au reste du corps”, souligne le docteur Ranque. De retour d’Allemagne où médecins et scientifiques ont pu échanger librement sur ce problème de santé majeur, elle estime désormais urgent “d’agir pour diminuer la stigmatisation dont ces troubles font l’objet, l’un des obstacles principaux aux soins dont les malades ont besoin”.
Des patients sans lésion, une médecine démunie
L’infectiologue Éric Caumes en a vu bon nombre arriver vers lui après une longue errance médicale : “Ils représentent environ un tiers des consultations en médecine de ville et sont comme victimes du syndrome de la patate chaude. Vraiment malades, ils mettent en échec tous les spécialistes qui multiplient les examens sans trouver de problème organique. On les invite donc à aller consulter ailleurs. Différentes dénominations peuvent être attribuées à leurs maladies, mais la plus appropriée me semble celle trouvée par l’OMS : syndrome de détresse corpore
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