Goldman Prize 2026 : six femmes championnes de l'écologie

Les six Lauréates du Goldman Prize 2026. - © DR / Goldman Environmental Prize

Publié le par Florence Santrot

Chaque année depuis 1989, le Goldman Environmental Prize, souvent surnommé le “prix Nobel de l’écologie”, distingue des activistes de terrain engagés pour la défense de l’environnement, un par grande région du monde. Afrique, Asie, Europe, Amériques, nations insulaires. Les lauréats dressent ainsi une cartographie des luttes, ancrées dans des territoires mais aux répercussions bien plus larges.

L’édition 2026 marque un tournant inédit : pour la première fois, les six lauréates sont des femmes. Six trajectoires, six combats, mais un point commun : celui d’avoir transformé une menace locale en victoire concrète. “Cela reflète le rôle critique des femmes dans le mouvement écologique, explique la Goldman Environmental Foundation. Qui plus est, les femmes et les jeunes filles font face de manière disproportionnée aux impacts des crises environnementales et du dérèglement climatique, assurant bien souvent le rôle d’aidantes et se chargeant de trouver des solutions au lendemain des catastrophes.”

Une écologie qui part du terrain

Personne souriante en veste verte dans une forêt avec des lianes et des rochers.
Iroro Tanshi se bat pour la biodiversité au Nigéria. © Etinosa Yvonne / Goldman Environmental Prize

Au Nigeria, Iroro Tanshi n’a pas commencé par un grand discours. Elle a commencé par mettre en lumière une absence. Celle d’une chauve-souris que plus personne ne voyait. Quand elle redécouvre une petite colonie de ce specimen rare dans un sanctuaire forestier, en 2016, elle pense que c’est partie gagnée. Mais tout bascule quand, deux semaines plus tard, un incendie ravage la zone. Le lien est immédiat : protéger l’espèce, c’est aussi protéger l’écosystème, et donc les moyens de subsistance des habitants.

Sa réponse n’a rien de spectaculaire. Elle s’organise avec les villages et les communautés alentour, forme des gardiens de la forêt, installe des systèmes d’alerte, formalise des règles locales. Résultat : des dizaines de départs de feu contenus avant qu’ils ne deviennent incontrôlables, et un territoire préservé.

Mobiliser les populations pour préserver son environnement

Femme souriante avec chapeau tenant un poisson devant un lac sous un ciel nuageux.
Yuvelis Morales Blanco, le long du fleur Magdalena, en Colombie. © Goldman Environmental Prize

En Colombie, Yuvelis Morales Blanco part d’un constat similaire, mais dans un autre décor : celui du fleuve Magdalena, dont dépend sa communauté. Pêche en déclin, eau contaminée, menaces industrielles qui s’accumulent… quand les premiers projets de fracturation hydraulique apparaissent, elle choisit de s’engager. Aller voir les habitants, expliquer, convaincre, manifester et témoigner publiquement.

Cette mobilisation finit par peser. Le fracking devient un enjeu politique national, jusqu’à être stoppé. Mais la victoire a un prix : menacée, la jeune femme doit quitter son pays. Derrière le symbole, une réalité plus rugueuse : défendre l’environnement reste, dans de nombreux territoires, une activité à haut risque.

Le droit comme arme climatique

Personne debout devant une usine industrielle avec cheminées fumantes en arrière-plan, près de l'eau.
En Corée du Sud, Borim Kim pose devant la centrale électrique au charbon Taen. © Goldman Environmental Prize

Si ces luttes prennent racine dans des territoires, elles changent d’échelle lorsqu’elles rencontrent le droit. Et c’est peut-être là que se joue une des grandes mutations de l’écologie contemporaine.

En Corée du Sud, Borim Kim a compris très tôt que les comportements individuels ne suffiraient pas. Après une canicule meurtrière, elle fonde un mouvement de jeunes activistes et engage une bataille judiciaire inédite. L’objectif : faire reconnaître que l’inaction climatique de l’État constitue une violation des droits fondamentaux.

Le pari est audacieux mais la justice lui donne raison et contraint le gouvernement à revoir à la hausse ses objectifs de réduction d’émissions, en les rendant juridiquement opposables. Une décision qui dépasse largement les frontières du pays et inspire d’autres recours en Asie. Le climat sort du registre de l’intention pour entrer dans celui de l’obligation.

Prendre en compte tous les aspects d’un projet polluant

Femme aux cheveux gris dans un jardin, bras croisés, veste sombre, fond végétal flou.
Sarah Finch se bat contre le forage pour ne tenter de limiter les émissions de combustibles fossiles. © Goldman Environmental Prize

Même logique au Royaume-Uni, où Sarah Finch mène une bataille de longue haleine contre un projet de forage pétrolier. Son argument est simple, presque dérangeant : on ne peut pas évaluer l’impact d’une telle activité en se limitant à la seule phase d’extraction. Il faut aussi intégrer ce qui se passera ensuite, quand le pétrole sera brûlé.

Après plusieurs revers, l’affaire remonte jusqu’à la Cour suprême britannique. Et finit par faire jurisprudence. Désormais, les autorités doivent prendre en compte l’ensemble des émissions générées par un projet fossile. Une bascule majeure, qui entraîne dans son sillage l’abandon ou le report de plusieurs projets énergétiques.

Contraindre les géants industriels

Une personne debout devant un paysage montagneux avec ciel nuageux.
Theonila Roka Matbob a fait plier un groupe minier multinational anglo-australien. © Goldman Environmental Prize

L’autre front de ces luttes se joue face aux grandes entreprises, souvent responsables de dommages environnementaux durables. Ainsi, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Theonila Roka Matbob porte la mémoire d’une catastrophe. Celle d’une mine de cuivre et d’or, exploitée pendant des années, qui a déversé des quantités massives de déchets dans les rivières. Des décennies plus tard, les sols sont contaminés, les populations souffrent. L’entreprise Rio Tinto, elle, une fois les bénéfices encaissés, a quitté les lieux sans réparer.

La stratégie choisie est celle de la responsabilité. Avec d’autres habitants, elle dépose une plainte, documente les impacts, obtient une expertise indépendante. Progressivement, la pression monte. Jusqu’à ce que le groupe minier accepte de reconnaître les dommages et de s’engager dans un processus de réparation. Ce type de victoire est rare. Il ne s’agit pas seulement de stopper un projet, mais d’obliger un acteur industriel à assumer les conséquences de ses activités passées. Une étape clé dans un monde où les passifs environnementaux s’accumulent.

Aux États-Unis, l’union fait la force

Personne en manteau traditionnel devant un paysage enneigé avec ciel nuageux et bâtiments éloignés.
Autour d'Alannah Acaq Hurley, une coalition de communautés locales et ONG se bat pour préserver un écosystème presque intact.z © Goldman Environmental Prize

Aux États-Unis, et plus précisément dans le sud-est de l’Alaska, Alannah Acaq Hurley affronte un autre type de projet : une mine gigantesque, envisagée au cœur d’un écosystème parmi les plus riches de la planète. “Nous avons des montagnes, des zones humides, de la toundra, des eaux douces et l'océan – toute notre région est d'une grande diversité, souligne Alannah Acaq Hurley au média Mongabay. Si vous imaginez la nature sauvage et intacte de l'Alaska, ses eaux pures – au point de pouvoir littéralement boire l'eau des rivières ou des lacs –, c'est exactement cela”

Ici, à Bristol Bay, la stratégie repose sur la coalition. Rassembler des communautés autochtones, des pêcheurs, des acteurs économiques, des ONG. Ce front commun finit par peser dans les décisions politiques. Après des années de mobilisation, le projet est finalement bloqué. Là encore, la portée dépasse le site concerné : c’est toute une manière de décider de l’usage des territoires qui est questionnée.

Du local au global, une même dynamique

Ce qui frappe, à travers ces six parcours, ce n’est pas seulement la diversité des combats. C’est leur capacité à produire des effets en cascade. Une décision de justice en entraîne d’autres. Un projet abandonné en fragilise plusieurs similaires. Une mobilisation locale devient un précédent. À chaque fois, le point de départ est modeste : une forêt menacée, un fleuve pollué, un projet industriel contesté. Mais l’issue redéfinit les règles du jeu à une échelle bien plus large.

Cette dynamique dit quelque chose de l’état actuel de l’écologie. Longtemps cantonnée à l’alerte ou à la sensibilisation, elle devient plus stratégique, plus offensive. Elle investit les tribunaux, s’appuie sur le droit, construit des alliances. Elle ne se contente plus de dénoncer : elle contraint.

Le fait que les six lauréates soient des femmes n’est pas anecdotique, mais il ne résume pas non plus ces trajectoires. Ce qui les rapproche, ce n’est pas une identité commune, mais une manière d’agir : partir du réel, s’ancrer dans un territoire, puis élargir le combat.

Une écologie du pouvoir d’agir

Au fond, ce que raconte cette édition 2026 du Goldman Environmental Prize, ce n’est pas seulement une série de victoires. C’est une transformation plus profonde : celle d’une écologie qui change de posture. Elle n’est plus seulement un discours global, souvent abstrait. Elle devient une pratique située, concrète, capable de produire des résultats tangibles. Elle s’incarne dans des figures qui ne sont pas nécessairement connues, mais qui parviennent à déplacer des lignes.

Dans un contexte où les crises environnementales s’intensifient, ce basculement n’est pas anodin. Il ouvre une autre perspective que celle, souvent dominante, de l’impuissance. Il rappelle que des marges d’action existent, même face à des adversaires puissants. Ces six parcours ne dessinent pas une solution universelle. Mais ils esquissent une direction : celle d’une écologie qui ne se contente plus de constater, mais qui agit, transforme… et parfois gagne.

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