Au bout de dix ans passés chez Decathlon en tant qu’ingénieur et designer industriel, Clément Fabriès s’est forgé une solide conviction. “On peut imaginer le produit idéal, faire des calculs dans tous les sens pour réduire son impact… Si, au bout d’un an, son propriétaire l’envoie à la poubelle, ça ne sert à rien !” Conclusion ? Il faut miser à fond sur la réparation et l’entretien, faire durer les objets au maximum.
Aussi, en 2018, le trentenaire est-il devenu cordonnier et consultant pour les fabricants. “La chaussure est un produit universel, plaide-t-il. Tout le monde en porte. Les cordonniers sont pourtant devenus très rares. Ils étaient 45 000 dans les années 1950 et 1960. Nous sommes 3 500 seulement aujourd’hui. Le potentiel pour développer la réparation dans ce secteur est donc énorme.”
Deux adresses, à Toulouse et Castelnaudary
Clément Fabriès a ouvert sa cordonnerie, baptisée “Risole”, à Toulouse, ainsi qu’un atelier à Castelnaudary, nommé Rifab. C’est là qu’il transmet au public ses secrets d’entretien et, surtout, qu’il conseille des marques (son ancien employeur, TBS ou Loom) pour qu’elles conçoivent des souliers réparables. “On peut, par exemple, prévoir un stock de semelles en plus, dès le départ, travailler sur les techniques de couture, l’ordre de montage pour faciliter l’accès aux différentes pièces, les matériaux… Le cuir lisse et brut, teint dans la masse, reste la meilleure option.”
Quand on lui demande si les fabricants ont intérêt à encourager leurs clients à réparer au lieu d’acheter du neuf, il balaie l’objection. “Aujourd’hui, les acheteurs papillonnent d’une marque à l’autre. Les fidéliser est très difficile. Mais si une marque développe la réparation, ça devient possible. Et le niveau de marge de cette activité est intéressant : on a besoin de peu de matières premières. C’est aussi une façon d’humaniser la relation aux clients… Quelques-uns s’y sont déjà mis : Veja, Sessile (groupe Eram)…”
L’atelier de Castelnaudary sert, par ailleurs, de laboratoire. Car le cordonnier est féru d’innovations. En ce moment, il cherche le meilleur moyen d’éliminer les mauvaises odeurs. “Beaucoup de gens jettent leurs baskets parce qu’elles sentent mauvais et non parce qu’elles sont abîmées”, déplore-t-il. Il est aussi en train de mettre au point un procédé d’assainissement, avec l’objectif de faciliter la vente des chaussures de seconde main. Tout est bon pour prolonger la vie de nos sandales et de nos bottes.