Vous avez créé la Zeste, Zone d’expérimentation sociale, terrestre et enchantée, et l’École des vivants. Quelle est l’impulsion de départ ?
Alain Damasio : La Zeste se trouve au cœur d’un domaine de 50 hectares, à 1 350 mètres d’altitude au-dessus de Saint-Geniez (04), avec une vieille bergerie que nous avons achetée avec Benjamin Allegrini. Elle est née en prolongement de mes livres, de leur imaginaire, et surtout de l’idée de “zone”. Je me disais qu’il était temps de créer un lieu où développer de belles choses, pas une ZAD, une zone à défendre, mais un territoire où vivre à notre manière, sans avoir à se battre. Nous sommes une dizaine à nous en occuper, rassemblés en Scop, une société coopérative et participative, sans profit capitalistique.
Nous voulons faire société, pas sécession, c’est un lieu ouvert, relié aux gens de la vallée – notre cuisinière vient d’un village proche, l’éleveur de chevaux aussi. On y fait notamment de la politique. On a accueilli la Confédération paysanne, les Faucheurs volontaires, Extinction Rébellion. Ça discute, ça brasse des projets, on fait aussi des fêtes !
En même temps, on cherche à créer un écolieu, avec du maraîchage, de l’élevage de chevaux, on y développe des pratiques écolos, on y mange bio et local. Il y a aussi, bien sûr, l’aspect créatif, c’est mon premier réseau. Nous y avons fondé l’École des vivants, avec des ateliers d’écriture, de théâtre, de photo, de slam, à peu près tous les arts, mais aussi de découverte de la nature. Ces stages payants, quand ils ne sont pas militants, cherchent à “renaturaliser”, à reprendre contact avec le vivant.