Et si on ralentissait ? Un week-end à vélo dans les Vosges

Un week-end sous le signe du soleil et de la mobilité douce sur les routes des Vosges. - © Moustache Bikes

Publié le par Florence Santrot

Il y a quelque chose de presque subversif à quitter Paris sans voiture pour un week-end de campagne. Direction Épinal, à seulement 2 heures et demie en train de la capitale. À peine descendu, le décor change de tempo : moins de bruit, plus d’air, et cette sensation diffuse que le temps va s’étirer. Mais les Vosges se méritent : la topographie des lieux, notamment autour de Gérardmer (prononcez Gérarmé).

C’est pourquoi l’option la plus conseillée, à moins d’avoir l’habitude d’avaler les cols, est le vélo électrique. Pour nous, ce sera un Moustache Xroad, suffisamment robuste pour les reliefs vosgiens, suffisamment souple pour donner envie d’explorer. Ici, les côtes ne se contournent pas, elles se traversent. Mais sans douleur. L’assistance efface l’appréhension, pas l’effort. On pédale, mais on respire.

Cycliste tirant une remorque à vélo dans un chemin forestier.
Une batterie puissante permet même de tracter une remorque avec son enfant à l'arrière. Ou son animal de compagnie. © Moustache Bikes

Mousse, cascade et munster fermier

Depuis la “perle des Vosges” – Gérardmer est située au bord d’un lac mais possède aussi son domaine skiable – nous partons en direction de Liézey. Si la route se resserre et s’incline, les paysages s’ouvrent. Les passages en sous-bois donnent l’occasion de découvrir une végétation qui sent déjà venir le printemps. La chlorophylle est omniprésente. Un arrêt au bord d’une petite cascade, ce n’est pas ce qui manque dans la région, nous permet de faire une petite pause dans notre périple. Non loin, une ferme, posée là comme un point d’ancrage, nous offre encore mieux : du munster frais, disponible 24 heures/24 grâce à un distributeur automatisé. Ce genre de dispositif est une bénédiction pour les voyageurs à vélo en pleine fringale.

Personnes partageant du fromage et des baguettes sur une table en bois à l'extérieur.
Dégustation de munster à la ferme de Grandemange. © Florence Santrot

Nous sommes à la ferme Grandemange. Yves nous accueille chez lui avec simplicité. Avec Sandrine, ils élèvent quelque 170 vaches vosgiennes et montbéliardes, transforment le lait sur place et produisent notamment du munster géromé. C’est avec plaisir qu’il nous accueille pour une visite, avec passage obligé par les nouveau-nés, des veaux de quelques jours seulement, qui se laissent gentiment caresser. Plus loin dans l’étable, le geste est précis, répété, transmis. Avec Yves, on parle alimentation, saisons, contraintes. Si la production reste somme toute artisanale, la ferme Grandemange est déjà dans la transition énergétique : des panneaux photovoltaïques orientables assurent 70 % de l’électricité nécessaire à l’exploitation.

Personnes caressant un cochon dans une étable en bois éclairée par une fenêtre.
Rencontre avec les veaux de la ferme Grandemange. © Moustache Bikes

Voir, sentir, goûter

À quelques kilomètres de là, sur les hauteurs avec vue imprenable sur la région environnante, l’auberge de Liézey prolonge cette impression. Cuisine généreuse, sans détour. Et surtout locale, très locale. Toute l’année, leurs légumes sont issus au maximum de maraîchers bio ou en circuit court. Idem pour la viande et les boissons. La matinée à vélo a donné faim, et c’est avec plaisir que nous voyons arriver la célèbre salade vosgienne. Pas besoin d’en faire trop quand les produits parlent d’eux-mêmes.

Plat de pommes de terre rôties, lardons, croûtons et salade, sur une nappe rouge.
La salade vosgienne mêle : salade verte, pommes de terre, lardons frits, croûtons de pain, œuf poché et crème fraîche… © Florence Santrot

Une fois bien repu, retrouver son vélo électrique confirme une chose : quand on a le ventre plein, l’assistance électrique est un must. Cela permet de continuer à s’activer, à se balader mais sans forcer. L’après-midi sera l’occasion de monter à la célèbre tour de Mérelle, un promontoire naturel additionné d’une tour en bois et qui offre une vue panoramique à 360° sur le Lac de Gérardmer et ses environs. Sur ses pentes, les jonquilles percent le sol, éclats jaunes dans le vert naissant.

Dormir avec son vélo

Façade en bois du centre sportif L'Échappée Vosgienne avec rangée de vélos au premier plan.
Il n'est pas toujours facile de pouvoir sécuriser son vélo pour la nuit. © Moustache Bikes

C’est encore trop souvent une difficulté ou en tout cas un point d’inquiétude : que faire de son vélo la nuit quand on fait du slow tourisme ? Trouvera-t-on une solution pour recharger les batteries ? Heureusement, de plus en plus d’hébergements proposent des solutions sécurisées et adaptées.

C’est le cas de notre hôtel, L’échappée Vosgienne, un hébergement sportif très récent non loin du lac de Gérardmer qui, outre un spa pour délier les jambes et une salle de sport aux petits oignons, est doté d’un très bel espace sécurisé pour les vélos, avec – grand luxe – une prise électrique par emplacement. Nous n’aurons pas à nous battre avec d’autres voyageurs pour refaire le plein. On recharge les batteries, au sens propre comme au figuré. Le corps ralentit. L’esprit aussi.

Salle avec plusieurs vélos alignés et rangements en bois le long des murs.
La pièce sécurisée dédiée aux vélos proposent de nombreux emplacements avec une prise électrique à chaque fois. © Florence Santrot

À la découverte d’une pépite de la région

Dimanche matin, changement de registre. Direction la Confiserie Géromoise, qui ouvre ses portes tous les jours de la semaine. Derrière la vitre de la boutique, un travail artisanal. On peut observer les chaudrons de cuivre, les gestes précis, la lente transformation du sucre. Des visites sont organisées pour mieux comprendre comment se fabriquent bonbons et friandises à partir de plantes locales transformées en huiles essentielles.

Regarder se fabriquer des bonbons est presque hypnotique. Le temps long du mélange, du refroidissement, du façonnage. Ici encore, le slow tourisme prend une forme inattendue : celle d’un savoir-faire que l’on regarde se déployer sans accélération.

Chef préparant une grande masse de caramel sur une table en inox.
Justin Wexler, pâtissier de formation, a créé la Confiserie Géromoise en 2014 avec son frère. © Florence Santrot

Le luxe discret de ralentir

Ce week-end n’a rien d’exceptionnel. Pas de performance, pas de record, pas d’itinéraire optimisé. Juste une succession de moments reliés entre eux par un fil simple : ralentir. Le vélo électrique joue un rôle clé. Il ne triche pas, il rend possible. Il permet d’aller plus loin sans renoncer au plaisir du trajet. Et surtout, il remet le corps au centre du voyage.

Ce que racontent ces deux jours, ce n’est pas seulement une escapade dans les Vosges. C’est une autre manière de se déplacer, de consommer, de rencontrer. Moins vite, mais plus pleinement.