G20 et climat : pourquoi les grandes puissances restent loin de la trajectoire 1,5 °C

Le sommet 2025 du G20 a eu lieu à Johannesbourg, en Afrique du Sud, du 22 au 23 novembre 2025. - © Sophie Animes / stock.adobe.com

Publié le par Vincent Rondreux

Chaque année, le G20 promet de “montrer la voie” en matière de climat. "À l'occasion du 10ème anniversaire de l'Accord de Paris, nous reconnaissons l'urgence et la gravité des changements climatiques (...) Nous réitirons notre détermination à poursuivre les efforts pour limiter l'augmentation de la température à 1,5 °C (...) Nous reconnaissons la nécessité de réductions profondes, rapides et soutenues des émissions de gaz à effet de serre".

Réuni à Johannesburg les 22 et 23 novembre, juste après la COP30, le sommet 2025 des chefs d'États du G20 a, comme chaque année, souligné ses "engagements inébranlables" pour lutter contre le réchauffement planétaire. Alors même que les pays membres sont responsables de près de 75 % des émissions mondiales. Rassemblant les plus grandes économies du monde, développées ou en développement, le G20 a également évoqué son rôle de “leadership”, malgré l'absence de nombreux presidents dont Donald Trump, Xi Jinping, et Vladimir Poutine.

Mais, dix ans après l’Accord de Paris, le contraste entre les ambitions affichées et les trajectoires réelles n’a sans doute jamais été aussi flagrant. Pourtant, la parole du G20 est scrutée par la diplomatie climatique. Car sa contribution reste capitale pour atteindre l'objectif 2035 de réduction des émissions de gaz à effet de serre, décidé par le bilan mondial de la COP28 de Dubaï : -60 % par rapport à 2019.

Arabie Saoudite, Argentine, Inde : toujours pas de plans climat 2035

Mais les faits restent têtus, et les mots sonnent creux : plusieurs membres du G20 continuent de donner le mauvais exemple. La mise à jour des plans climat nationaux pour 2035 (les fameuses Contributions déterminées au niveau national, ou NDC), pourtant exigée par l’Accord de Paris, constituait l’enjeu central de la COP30 de Belém. Objectif : renforcer les politiques de décarbonation alors que la trajectoire 1,5 °C s’éloigne dangereusement.

Fin février 2025, date limite fixée pour que l’ONU puisse élaborer son panorama mondial, seuls cinq pays du G20 avaient rendu leur copie : le Brésil, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon et le Canada. Beaucoup d’autres ont attendu la dernière minute – la Chine et l’Union européenne juste avant la COP, le Mexique carrément à la fin du sommet. Et malgré cette pression internationale, quatre pays accusaient encore un retard notable lors de la clôture : l’Arabie Saoudite, l’Argentine, l’Inde, ainsi que la Corée du Sud, qui avait toutefois précisé ses objectifs au moment du bilan.

Des objectifs très éloignés de la trajectoire 1,5 °C

L’écart entre les discours du G20 et les chiffres livrés par les pays membres saute aux yeux. Collectivement, leurs objectifs 2035 ne permettraient de réduire les émissions que de 23 à 29 % par rapport à 2019, d’après Greenpeace. Autrement dit : moins de la moitié de l’effort nécessaire pour atteindre la cible officielle de -60 %. On est loin, très loin, de la trajectoire compatible avec 1,5 °C. Même les pays développés du G20, censés aller plus vite au nom des “responsabilités communes mais différenciées” inscrites dans l’Accord de Paris, n’atteindraient qu’une baisse de 51 à 57 %. Loin des -60 % minimum attendus.

Dans ce paysage contrasté, le Royaume-Uni affiche l’ambition la plus élevée (-66 %), tandis que le Canada ferme la marche, sous les -50 %. Le Japon ne fait guère mieux (-51 %). L’Australie et l’Union européenne oscillent autour de -60 %. Les États-Unis, eux, restent officiellement hors-jeu : le retrait décidé par l’administration Trump annule la trajectoire précédente, même si certains États fédérés comptent poursuivre leurs efforts.

Du côté des économies dites en développement, la Corée du Sud pourrait frôler la barre des -60 %, suivie par le Brésil, plutôt sous les –50 %. L’Afrique du Sud et le Mexique réduiraient aussi leurs émissions, mais de manière plus modeste. À l’inverse, la Turquie prévoit une hausse spectaculaire de 42 % d’ici 2035. Un comble pour le pays hôte de la prochaine COP. L’Indonésie – et, dans une moindre mesure, la Chine – projettent elles aussi une augmentation de leurs émissions sur la période. Et puis il y a la Russie : un objectif qui plafonne sous les -30 %, reposant en plus sur une surestimation massive du “puits carbone” de ses forêts. L’illustration parfaite d’une inaction savamment maquillée en progrès.

Les politiques de 7 pays du G20 “critiquement insuffisantes”

La faiblesse globale des engagements du G20 se confirme lorsqu’on examine leurs politiques climatiques nationales. C’est précisément le rôle de Climate Action Tracker (CAT), organisme indépendant fondé par Climate Analytics et le NewClimate Institute : analyser les objectifs soumis à l’ONU, mesurer les avancées réelles dans l’économie, et projeter les trajectoires futures des plus grands émetteurs mondiaux.

Leur méthode est désormais bien établie : chaque pays est classé selon un barème allant de “compatible avec 1,5 °C” à “critiquement insuffisant”, en passant par “insuffisant” ou “très insuffisant”. L’Union européenne est évaluée comme un bloc, avec un focus particulier sur l’Allemagne, seul État membre à disposer d’une fiche détaillée.

Seul le Royaume-Uni tire son épingle du jeu parmi les membres du G20

Le verdict 2025 est sans appel. Au sein du G20, un seul pays affiche une cible jugée compatible avec 1,5 °C : le Royaume-Uni. Mais cette apparente exemplarité se fissure dès qu’on regarde les actions concrètes, jugées elles… “insuffisantes”. Même résultat pour l’Australie, le Brésil, l’Union européenne, l’Allemagne, le Japon ou l’Afrique du Sud. La France se situe dans la même catégorie, l’Italie sans doute encore en dessous.

Le niveau suivant, “très insuffisant”, regroupe le Canada, la Chine, l’Inde et la Corée du Sud. Quant au bas du classement, il illustre à quel point certains membres du G20 sont totalement hors trajectoire : l’Arabie Saoudite, l’Argentine, l’Indonésie, le Mexique, la Russie, la Turquie – et, sans surprise, les États-Unis de Donald Trump – voient leurs politiques qualifiées de “critiquement insuffisantes”. Autrement dit : une trajectoire incompatible avec les objectifs internationaux, même dans leurs versions les plus modestes.

Index de performance climatique : 10 pays du G20 dans les 15 derniers

Chaque année, Germanwatch, le NewClimate Institute et Climate Action Network publient leur index mondial de performance climatique. Un classement exigeant, qui compare les efforts de 63 pays – auxquels s’ajoute l’Union européenne – à travers quatre critères : niveau d’émissions, développement des énergies renouvelables, efficacité énergétique et cohérence de la politique climatique. Particularité du palmarès : les trois premières places restent volontairement vides pour rappeler une vérité dérangeante – aucun pays ne mène encore une action réellement compatible avec les enjeux.

Si la méthodologie diffère de celle de Climate Action Tracker, le constat 2025-2026 ne ménage pas davantage le G20. Seul le Royaume-Uni apparaît dans le Top 10, à une honorable 5ᵉ place. Il faut descendre jusqu’au 20ᵉ rang pour trouver l’Union européenne, suivie de près par la France et l’Allemagne. L’Inde se situe 23ᵉ, le Brésil 27ᵉ, le Mexique 31ᵉ. Ensuite, la pente s’accentue : Afrique du Sud 41ᵉ, Indonésie 43ᵉ, Italie 46ᵉ.

Le plus frappant reste la queue du classement : dix pays du G20 figurent parmi les quinze derniers. Turquie 52ᵉ, Chine 54ᵉ, Australie 56ᵉ, Japon 57ᵉ, Argentine 59ᵉ, Canada 62ᵉ, Corée du Sud 63ᵉ, Russie 64ᵉ, États-Unis 65ᵉ – et, tout au bout, l’Arabie Saoudite, 67ᵉ et dernière. Difficile de rêver d’un leadership climatique quand la moitié du groupe figure dans la zone rouge.

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