Longtemps, Internet a donné le sentiment d'une mémoire infinie. Tout semblait y rester, archivé quelque part, accessible à tout moment. Une page supprimée ? Elle réapparaissait ailleurs. Un site fermé ? Le site Wayback Machine en conservait une trace. Cette croyance en un web éternel est aujourd'hui sérieusement ébranlée. Selon le Pew Research Center, 38 % des pages accessibles en 2013 ont disparu dix ans plus tard… L’enjeu n’est donc pas de tout garder mais de choisir collectivement ce que l’on refuse de laisser disparaître.
Liens cassés, contenus supprimés, sites fermés, plateformes restructurées : une part massive de notre histoire numérique récente s'est évaporée. Non pas par accident ponctuel, mais par un phénomène structurel. Le web vieillit mal. Il se transforme, se réécrit, se fragmente – parfois sans laisser de traces visibles. Pour autant, parler d'amnésie numérique serait trompeur."Nous croulons sous les données, nous conservons beaucoup plus qu'avant, rappelle l'historienne Valérie Schafer, professeure au C2DH, Centre de recherche en histoire contemporaine et numérique de l'université du Luxembourg.L'archive n'a jamais été complète : elle a toujours été sélective. C'est dans le principe même de l'archivage que de détruire et de sélectionner."