Femme observant des cavaliers en uniforme défilant à cheval lors d'une cérémonie.
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PHOTO - Entre humains et chevaux, les troublants airs de famille d’Irina Werning

La Rural, Buenos Aires, 2024.

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En bref

  • La photographe argentine Irina Werning remporte le Prix international La Cense 2026 avec sa série "Twinning moments", consacrée aux ressemblances entre humains et chevaux.
  • Réalisées pendant près de trois ans dans les foires aux bestiaux de Buenos Aires, ses images révèlent d’étonnants échos entre coiffures, crinières et singularités physiques.
  • Derrière l’humour, la série interroge notre éloignement du monde animal, sur fond de transformation des paysages ruraux argentins par l’agriculture intensive.

Une frange qui répond à une crinière. Des tresses qui se ressemblent, de part et d’autre de la barrière des espèces. Un homme atteint de vitiligo auprès d’un cheval Appaloosa, dont la robe tachetée fait écho à sa peau. Dans les photographies d’Irina Werning, humains et chevaux semblent partager un petit air de famille. Ces rapprochements amusent, puis retiennent le regard : que racontent-ils de la place que nous laissons aux animaux dans nos vies ?

Avec cette série intitulée "Twinning moments", l’Argentine remporte la deuxième édition du Prix international La Cense de la photographie de cheval, après Simon Vansteenwinckel récompensé l’an dernier. Présidé par l’acteur et réalisateur (mais aussi photographe) Viggo Mortensen, le jury distingue un travail qui déplace le regard : ici, le cheval ne galope pas vers l’horizon et ne sert pas de faire-valoir à son cavalier. Il partage l’image avec un humain, dans un étonnant jeu de miroirs.

À la recherche d’une proximité perdue

"J’ai commencé à visiter des foires animales pour comprendre ma propre déconnexion avec les animaux", explique la photographe dans la présentation de son projet. Enfant, elle passait ses étés dans une ferme, montait à cheval et côtoyait le monde rural. Depuis, ces paysages familiers se sont transformés, sous l’effet notamment de l’expansion des cultures intensives, dont le soja destiné à l’exportation, au détriment des pâturages.

Pendant près de trois ans, Irina Werning fréquente les grandes foires aux bestiaux de Buenos Aires. Dès sa première visite, une ressemblance entre une jeune fille et son cheval lui donne une piste. Elle se met à rechercher ces "instants de gémellité", où une coiffure, une allure ou un détail physique rapproche soudain deux êtres que l’on regarde habituellement séparément.

Un air de famille, et après ?

L’humour de ces images n’efface pas leur mélancolie. Une femme qui tresse les crins de son cheval comme ses propres cheveux laisse entrevoir tout un monde de gestes et d’attention. Derrière la ressemblance se dessine une relation étroite, intime, entretenue au quotidien, alors même que les occasions de côtoyer les animaux se raréfient dans la vie de la photographe.

Parrainé par Yann Arthus-Bertrand, le prix est doté de 10 000 euros et comprend le financement d’une exposition en collaboration avec Polka, ainsi qu’une dotation en matériel photographique. Le jury a également attribué deux coups de cœur à "The Bond", de Bob Miller, et "Murmures indociles", de Flore Prébay. Trois regards pour rappeler que photographier le cheval, c’est aussi raconter les humains qui vivent à ses côtés.