Que faire d’un soutien-gorge dont on ne veut plus ? D’une combinaison de surf déchirée ? Des chutes produites lors de la fabrication d’une polaire ? Ou encore des milliers de draps réformés par les hôtels ? Derrière ces questions très concrètes se joue une partie de la transformation de l’industrie textile : conserver plus longtemps les matières déjà produites plutôt que repartir systématiquement de ressources neuves.
C’est aussi le fil rouge des seize projets retenus pour la quatrième édition de la quatrième édition des Trophées européens de la mode circulaire, organisés tous les deux ans par la Métropole européenne de Lille avec l’ADEME. Cette année, 275 candidatures ont été déposées en France, mais aussi en Belgique et aux Pays-Bas, avant une première sélection par un jury d’acteurs du textile, de la recherche et de l’économie circulaire.
Réparer, réemployer, transformer
Parmi les finalistes, certains s’attaquent à des déchets particulièrement visibles. À Roubaix, La Vie est Belt transforme notamment des pneus de vélo usagés en ceintures et annonce approcher les 100 000 pneus valorisés. Revisité récupère de son côté des draps et textiles issus d’hôtels de luxe pour en faire des coupons, patrons et kits de couture. Tearing Waves, dans les Landes, s’est spécialisé dans la réparation des combinaisons et accessoires en néoprène afin de prolonger leur utilisation.
D’autres explorent des objets pour lesquels le réemploi reste encore inhabituel. Abracadabra Lingerie développe ainsi une plateforme de lingerie de seconde main remise en état. Joon, en Belgique, travaille sur une chaussure modulaire assemblée sans colle : semelle et tige peuvent être séparées pour remplacer une partie abîmée plutôt que toute la chaussure. Aux Pays-Bas, Spiekerboks développe de son côté un jean à partir de coton recyclé, fabriqué à la demande.
Le recyclage cherche aussi à changer d’échelle
Le défi ne se joue toutefois pas uniquement au niveau du vêtement fini. Une partie des finalistes travaille sur les infrastructures nécessaires à une véritable boucle textile. Trosort, en Belgique, développe une technologie de tri automatisé des textiles. En France, Nouvelles Fibres Textiles cherche également à automatiser le tri par composition et couleur, mais aussi à retirer boutons, fermetures et autres éléments susceptibles de perturber le recyclage.
Avec Oktara, l’entreprise The 8 Impact emprunte une autre voie : transformer des chaussures de sport et des balles de tennis arrivées en fin de vie en un composé de caoutchouc destiné à fabriquer de nouvelles semelles. Le matériau est déjà utilisé en production par Veja et Decathlon, précise le dossier des Trophées. Crushon Connect s’intéresse quant à lui moins à la matière qu’à la logistique : son logiciel relie les acteurs industriels du réemploi aux grandes enseignes afin d’organiser et tracer les flux de vêtements de seconde main.
Retrouver des matières et des savoir-faire locaux
La circularité peut aussi passer par la réappropriation de ressources délaissées. Caloun valorise ainsi de la laine des Pyrénées dans des articles de puériculture fabriqués en France. Plus ancienne, la Scop Ardelaine travaille depuis près de 45 ans autour de la laine locale, collectée auprès de 180 élevages partenaires, et réincorpore également des chutes de tricotage et de confection dans de nouvelles matières.
Ateliers de Nîmes cherche pour sa part à relancer le "sergé de Nîmes", à l’origine du denim, avec un procédé sans encollage ni ennoblissement chimique. Lagoped travaille sur des vêtements de montagne fabriqués en Europe, sans PFAS et à partir de matières recyclées. Chez Millet, le projet Chamonix Spiral vise à fabriquer une polaire à partir des propres chutes de coupe de la marque. Enfin, Scand mise sur des vêtements mixtes, réversibles et produits en petites séries afin de limiter la multiplication des références.
Ces projets n’en sont pas tous au même stade : certains viennent tout juste d’être lancés, d’autres cherchent désormais à passer à l’échelle. Mais leur diversité montre surtout que la mode circulaire ne repose pas sur une solution miracle. Elle oblige à intervenir à plusieurs endroits à la fois : conception, choix des matières, durée d’usage, réparation, collecte, tri ou recyclage.
Le public peut choisir ses trois projets coup de coeur
Du 1er octobre au 29 novembre 2026, les seize finalistes sont soumis au vote du public. Chacun peut sélectionner trois projets sur le site des Trophées. Le scrutin ne se limite pas à un prix symbolique : les votes du public représenteront un tiers du score final dans l’attribution des six trophées et serviront également à désigner un prix du public.
Les projets seront par ailleurs présentés à la Manufacture de Roubaix du 12 novembre au 13 décembre, avant la remise des prix le 3 décembre à Lille. Pour se faire une idée avant de voter, les portraits des seize finalistes sont accessibles sur modecirculaire.com.