Deux femmes discutent sur scène avec photo et nom d'Olivia Recasens affichés en arrière-plan.
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À Produrable 2026, les marques engagées veulent passer des promesses aux preuves

Olivia Recasens de WE DEMAIN (à g.) et la journaliste et présentatrice Kareen Guiock-Thuram lors de la cérémonie du Prix de la Marque Engagée 2026.

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En bref

  • Le Grand Prix de la Marque Engagée 2026 a récompensé des initiatives qui associent davantage engagement environnemental, transformation des modèles économiques et performance.
  • Le risque climatique devient aussi un risque financier, avec des investisseurs qui intègrent désormais pénuries d’eau, canicules ou incendies dans leurs décisions.
  • Le prix "Impact positif sur les territoires", parrainé par WE DEMAIN, a distingué Pour une Agriculture du Vivant et son projet COVALO, fondé sur des coalitions territoriales pour financer la transition agroécologique.
  • Parmi les autres lauréats figurent Lucart Professional, K•LINE, Plaimont et Starfish Bioscience, avec des projets autour du recyclage, du bas carbone, des cépages anciens et des microbiotes des sols.

“L’horizon, c’était hier.” En quelques mots, Danielle Deruy, directrice générale du groupe de presse professionnelle AEF info, a planté le décor. Après un été marqué par les canicules et les incendies, plus question, selon elle, de renvoyer systématiquement la transition à 2030 ou 2050 : “Aujourd’hui, il faut passer sur la preuve, il faut passer sur les solutions.”

Au Palais des Congrès de Paris, où se tient la 19e édition de Produrable (30 septembre-1er octobre 2026), grand rendez-vous européen des acteurs et des solutions en faveur de l’économie durable, la formule a donné le ton. Pour sa 9e édition, le Grand Prix de la Marque Engagée, organisé par Produrable et LinkUp, compte WE DEMAIN parmi ses partenaires. Animée par la journaliste et présentatrice de M6 Kareen Guiock-Thuram, la cérémonie a récompensé des initiatives dans neuf catégories, du B2C aux start-up en passant par l’alimentation durable ou l’impact sur les territoires.

Derrière le traditionnel palmarès, un changement de focale se dessine. “On allie maintenant davantage engagement et performance”, observe Sandrine Raffin, présidente et fondatrice de LinkUp, cabinet de conseil spécialisé dans les stratégies RSE et les marques engagées. Au fil des éditions, explique-t-elle, les projets présentés ne cherchent plus seulement à réduire quelques impacts : ils touchent davantage au modèle économique lui-même.

Quand le climat entre dans les comptes

Grand témoin de la soirée, Sophie Flak en donne une illustration très concrète. Membre du directoire d’Eurazeo et Managing Partner Sustainability & Impact, elle pilote les enjeux de durabilité au sein de cette société française d’investissement. Pour son entreprise, intégrer la durabilité revient désormais aussi à évaluer la capacité des entreprises à résister aux bouleversements à venir. Sophie Flak raconte ainsi avoir renoncé à investir dans une société dont le procédé industriel nécessitait d’importantes quantités d’eau. Hydrologues et spécialistes du process avaient été sollicités pour évaluer la disponibilité future de la ressource et les possibilités de réduire les consommations. Les réponses n’ont pas été jugées suffisamment rassurantes.

Même raisonnement, raconte-t-elle, pour des campings espagnols : leur potentiel commercial immédiat ne compensait pas leur exposition future aux pénuries d’eau, aux canicules et aux incendies. Le risque climatique devient ici un risque financier.

“Le bas carbone ne doit pas être une option”

Cette recherche de transformations plus structurelles se retrouve parmi plusieurs lauréats. Dans la catégorie B2B, Lucart Professional, groupe papetier italien spécialisé notamment dans les produits d’hygiène, reçoit l’or pour EcoNatural. Le procédé sépare les différents composants des briques alimentaires : les fibres de cellulose servent à produire du papier, tandis que le polyéthylène et l’aluminium sont valorisés en une nouvelle matière utilisée notamment pour fabriquer des distributeurs.

Chez K•LINE, fabricant vendéen de fenêtres en aluminium, récompensé dans la catégorie PME-ETI, le choix est celui du basculement de toute la gamme plutôt que d’une offre “verte” parallèle. “Le bas carbone ne doit pas être une option”, résume son représentant. Depuis mai 2026, l’entreprise intègre à ses fenêtres des profilés composés à 80 % d’aluminium recyclé et, pour les vitrages éligibles, 56,3 % de verre recyclé. Elle annonce une réduction de 29 % de leur empreinte carbone.

Les territoires comme laboratoires

C’est l’une des nouveautés de cette édition et la catégorie directement parrainée par WE DEMAIN : le prix “Impact positif sur les territoires”. Une distinction qui part d’une conviction, rappelle Olivia Recasens, directrice de la rédaction : les territoires ne sont pas seulement des espaces géographiques, mais des lieux où s’expérimentent concrètement les transformations : “Les territoires sont le laboratoire des transformations de demain.”

Le bronze revient à UpCoop pour un projet associant aide alimentaire, alimentation durable, producteurs locaux et santé publique. L’Oréal France décroche l’argent pour des espaces consacrés à la beauté et au bien-être, installés notamment dans des structures accueillant des personnes en situation de précarité.

L’or distingue Pour une Agriculture du Vivant (PADV) et son projet COVALO. L’association se définit comme un “tiers de confiance” de la transition agroécologique : elle réunit agriculteurs, coopératives, entreprises, distributeurs, acteurs financiers et pouvoirs publics pour construire des modèles capables de financer le changement de pratiques.

Des coalitions territoriales pour transformer des filières

COVALO repose sur des coalitions territoriales, adaptées aux réalités agricoles et économiques locales. Dans les Hauts-de-France, première coalition opérationnelle, 14 acteurs publics et privés réunissaient déjà cet été 180 agriculteurs sur 12 000 hectares.

“On travaille sur des modèles d’accompagnement technique différents parce que les cultures et les climats sont différents dans le Nord et dans le Sud”, explique à WE DEMAIN David Diane, directeur de la communication de l’association Pour une Agriculture du Vivant.

Derrière la technique se trouve surtout une question économique : comment éviter que les agriculteurs supportent seuls le coût et le risque du changement ? “Comment est-ce qu’on répartit de façon équitable la valeur créée autant qu’on a réparti les investissements ?”, interroge David Diane. Le modèle développé par PADV cherche ainsi à mutualiser financements publics et privés, soutien aux investissements et rémunération des services écosystémiques.

Homme souriant avec barbe et lunettes, en costume, fond de paysage urbain et ciel nuageux.
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David Diane, directeur de la communication de l’association Pour une Agriculture du Vivant. Lauréat du prix "Impact positif sur les territoires".

Des cépages oubliés aux microbiotes des sols

L’agriculture occupe d’ailleurs une place remarquée dans le palmarès. Dans la catégorie alimentation durable, Plaimont, coopérative viticole implantée en Gascogne et dans le piémont pyrénéen, décroche l’or avec son “Cercle des cépages vivants”. Ce fonds de dotation entend sauvegarder et étudier d’anciens cépages, dont certaines caractéristiques autrefois délaissées pourraient devenir intéressantes face au changement climatique.

Chez les start-up, l’or revient à Starfish Bioscience, entreprise de biotechnologie spécialisée dans les microbiotes des sols. Elle associe séquençage ADN, microbiologie et intelligence artificielle pour identifier certaines bactéries jouant un rôle clé dans le fonctionnement des sols et développer des biosolutions destinées à restaurer leurs fonctions microbiennes.

Le Drive tout nu, déjà récompensé dans la catégorie start-up pour son modèle de distribution fondé sur le réemploi et la consigne, reçoit également le coup de cœur des étudiants de AgroParisTech. Son cofondateur, Pierre Géraud-Liria, insiste sur un obstacle rarement dissociable de la transition écologique : le prix. Pour démocratiser le zéro déchet, explique-t-il, il faut changer d’échelle. L’entreprise vient ainsi de lancer un site de 2 300 m² destiné notamment au lavage et au remplissage des contenants consignés.

Serge Zaka, retenu par les orages

Dernier clin d’œil, involontaire celui-là, d’une soirée largement traversée par la question climatique : désigné personnalité engagée de l’année, Serge Zaka, agroclimatologue connu pour ses travaux de vulgarisation sur les effets du changement climatique sur l’agriculture, n’a pas pu rejoindre Paris.

Retenu dans l’Hérault par l’alerte météo et l’annulation de son train, il est apparu sur écran, en visioconférence, tandis que son jardin commence, raconte-t-il, à s’inonder. Celui qui se présente aussi comme “chasseur d’orages” se retrouve cette fois, ironise-t-il, “chassé par les orages”. Une absence qui résume presque malgré elle le fil conducteur de cette neuvième édition : pour les entreprises comme pour les territoires, l’adaptation au changement climatique n’appartient plus vraiment au futur.

Le palmarès du Grand Prix de la Marque Engagée 2026

B2C.

Or : Bonduelle, pour la campagne “Bonduelle épluche les clichés”

Argent : Castorama

Bronze : Primark.

B2B

Or : Lucart Professional, pour EcoNatural, son dispositif de recyclage des briques alimentaires

Bronze : Brittany Ferries.

PME-ETI

Or : K•LINE, pour la généralisation de fenêtres bas carbone intégrant notamment de l’aluminium recyclé

Marque & ONG

Or : Garnier / L’Oréal avec WWF France, autour de la sensibilisation et de la préservation des forêts

Bronze : Castorama avec Café Joyeux

Alimentation durable

Or : Plaimont, pour le Cercle des cépages vivants

Argent : Lesieur

Bronze : Lesaffre

Impact positif sur les territoires

Or : Pour une Agriculture du Vivant, pour le projet COVALO

Argent : L’Oréal France

Bronze : UpCoop.

Start-up

Or : Starfish Bioscience, pour son travail sur les microbiotes des sols

Argent : Le Drive tout nu

Bronze : Poppins

Personnalité engagée de l’année : Serge Zaka, agroclimatologue

Coup de cœur des étudiants d’AgroParisTech : Le Drive tout nu, pour son modèle de distribution fondé sur le réemploi et la consigne

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