COP30 : Écouter la voix des peuples autochtones

Peuples autochtones face au changement climatique : les femmes sur le devant de la scène

Peuples autochtones face au changement climatique : les femmes sur le devant de la scène La COP30 a été l'occasion de croiser nombre de femmes autochtones venues faire entendre leurs voix. - © Anouk Passelac / WD

Publié le par Anouk Passelac

Série COP30 : Écouter la voix des peuples autochtones

Ils n’ont jamais été aussi nombreux. À la COP30 de Belém (Brésil), les peuples autochtones ont donné de la voix pour rappeler qu’ils sont les premiers touchés par la catastrophe climatique tout en préservant… 80 % de la biodiversité mondiale, alors qu’ils ne représentent que 6 % de la population. WE DEMAIN les a rencontrés au Sommet pour le Climat.

Réunis à la COP30 pour faire entendre leurs voix, les peuples autochtones décrivent les effets très concrets du dérèglement climatique sur leur quotidien. Et les femmes sont en première ligne. Ce sont elles qui subissent frontalement les bouleversements, mais aussi les premières à contre-attaquer au Sommet du climat.

“Pour qu’ils nous entendent, nous devons crier” : la phrase d’Alessandra Korap, leader des Femmes guerrières munduruku, a marqué les esprits. C’est elle qui a mené le blocage de l’entrée de la COP30, forçant les organisateurs à affronter une réalité souvent tenue à distance dans les espaces très formalisés des Sommets climatiques.

Les femmes qui ouvrent les portes du pouvoir

Par son charisme et sa détermination, Alessandra Korap a obtenu un rendez-vous avec le président de la COP30 et plusieurs ministres, décrochant des avancées sur la reconnaissance de leur territoire. Longtemps tenues en retrait des arènes internationales, les femmes autochtones sont désormais au centre du jeu.

Mayalú Waurá Txucarramãe, petite-nièce du cacique Raoni et membre du peuple Kayapo, rayonne pour sa première COP : “Longtemps, nous avons conservé ce territoire pour que les hommes puissent voyager et défendre nos droits. Aujourd’hui, nous sommes ici parce que nous voulons que les femmes puissent aussi contribuer à ce combat.”

Femme souriante avec peintures traditionnelles, devant une affiche colorée et un drapeau blanc.
Mayalú Waurá Txucarramãe. © Anouk Passelac

“Les premières affectées par les processus extractivistes”

Le changement climatique et l’extractivisme frappent d’abord les tâches quotidiennes, celles que les femmes assument majoritairement : “Quand on cultive notre jardin, on voit que le manioc ne pousse pas car le sol est trop chaud”, alerte la coordinatrice de l’Institut Raoni. À cela s’ajoute la pollution au mercure liée à l’orpaillage illégal, qui contamine les rivières où les femmes puisent l’eau et lavent le linge.

“Nous, femmes, sommes les premières affectées par les processus extractivistes”, confirme Sara Omi, défenseure du peuple Emberá au Panama et présidente de la coordination des femmes leaders de territoires en Mésoamérique (CMLT). Déplacée par un projet hydroélectrique présenté comme un moteur de développement, sa famille a vu les violences dans la communauté exploser. “Les violences ont été exacerbées”, dit-elle.

Femme souriante portant un collier traditionnel, debout dans un espace d'exposition coloré.
Sara Omi. © Anouk Passelac

Violences de genre : l’autre face du changement climatique

Dans l’océan Pacifique, les Mélanésiennes subissent elles aussi davantage de violences de genre. Flora Vano, directrice des programmes d’ActionAid Vanuatu, observe la mécanique : cyclones dévastateurs, jardins nourriciers détruits, petits commerces effondrés… “Ça génère beaucoup de stress dans le foyer et provoque des tensions”, explique-t-elle. Résultat : des violences intrafamiliales plus fréquentes.

Sa réponse : renforcer l’autonomie économique des femmes. Jardins résilients, sources de revenus diversifiées… “Quand elles touchent leur propre salaire, elles peuvent mettre de la nourriture sur la table et négocier avec leur partenaire.”

Femme portant un t-shirt rouge avec un message féministe devant un fond marin avec un requin.
Flora Vano. © Anouk Passelac

Les femmes, clé de voûte de la résilience

En République démocratique du Congo, le tableau est similaire. Privées de droit d’héritage foncier, les femmes sont plus exposées à l’accaparement des terres quand les hommes quittent les villages faute d’opportunités. Dorothée Lisenga, membre de la communauté pygmée, se bat pour faire respecter leur droit à la propriété en convainquant les chefs coutumiers : transmettre le titre foncier aux femmes renforce toute la communauté.

Femme souriante en tunique rouge devant un mur vert décoré de formes végétales stylisées
Dorothée Lisenga. © Anouk Passelac

“Ce sont elles qui sont le levier de l’agriculture, qui nourrissent, qui scolarisent les enfants et s’occupent des anciens”, martèle la coordinatrice de la CFLEDD (Coalition des femmes leaders pour l’Environnement et le Développement Durable). Sara Omi le dit autrement : “C’est à nous, les femmes, qu’incombe la responsabilité de prendre soin de nos familles. C’est à nous de protéger notre descendance, c’est à nous de protéger notre identité, et c’est à nous de préserver et de transmettre ce savoir aux hommes, aux jeunes, aux enfants et aux générations futures.”

Une responsabilité immense, qu’elles incarnent pleinement en venant à la COP défendre leurs droits – et, au-delà, l’avenir de leurs peuples.

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