Bébé endormi paisiblement dans un berceau, vêtu d'un pyjama à motifs délicats. Dans quel environnement un bébé né en 2026 vivra-t-il ? - © Strelciuc / stcok.adobe.com

Journée mondiale de l'environnement : à quoi ressemblera la vie d'un enfant né en 2026 ?

Publié le par Florence Santrot

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • Un enfant né en 2026 aura 50 ans en 2076 : une partie de son climat est déjà scellée, mais l'essentiel dépend encore des émissions des prochaines années. Le GIEC résume ce principe d'une formule : chaque dixième de degré de réchauffement compte.
  • 2024 a été la première année civile à dépasser +1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle (Copernicus). L'Organisation météorologique mondiale estime à 70 % la probabilité que la moyenne 2025-2029 franchisse aussi ce seuil.
  • Un enfant né dans les années 2020 connaîtra environ 7 fois plus de vagues de chaleur au cours de sa vie qu'une personne née en 1960 (étude parue dans Science, 2021). Sur 120 millions d'enfants nés en 2020, près de la moitié subiront une exposition à la chaleur « sans précédent », même si le réchauffement est limité à 1,5 °C.
  • La France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale : sa trajectoire de référence (TRACC) prévoit +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100. À +2,7 °C, la probabilité d'une vague de chaleur au cœur de l'été passe de 10 % (1976-2005) à 45 %, selon Météo-France.
  • La hausse du niveau de la mer est « pratiquement certaine » et se poursuivra pendant des siècles, selon le GIEC. Ce qui reste entre nos mains, c'est sa vitesse et son ampleur après 2050.

Un bébé né en 2026 aura 10 ans en 2036, 24 ans en 2050, 50 ans en 2076. À quoi ressemblera son climat ? La question peut sembler vertigineuse. Elle n’a pourtant rien de fictif. Sans prétendre écrire sa vie à l’avance, les climatologues savent déjà dessiner les contours du monde dans lequel il grandira : plus chaud, plus instable, plus exposé aux extrêmes, mais pas figé pour autant.

C’est là tout l’enjeu. Une partie de son avenir climatique est déjà engagée, car les gaz à effet de serre émis aujourd’hui continueront d’agir pendant des décennies. Mais l’ampleur des dégâts, la fréquence des canicules, la pression sur l’eau, les rendements agricoles, les conditions de vie dans les villes ou sur les littoraux dépendront encore des choix collectifs pris dans les prochaines années. Le GIEC le résume dans une formule devenue centrale : chaque dixième de degré compte. Plus le réchauffement augmente, plus les risques s’intensifient.

"Chaque fraction de réchauffement planétaire augmente la fréquence, la durée et la sévérité des événements extrêmes."

valérie masson delmotte

Valérie Masson-Delmotte

Paléoclimatologue française, directrice de recherche au CEA

2026-2036 : grandir dans un monde qui franchit des seuils

Dans ses premières années, cet enfant vivra dans un climat déjà profondément transformé. 2024 a été la première année civile à dépasser 1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, selon Copernicus. Ce franchissement annuel ne signifie pas que l’objectif de l’accord de Paris est définitivement dépassé, puisque celui-ci se mesure sur le long terme. Mais il dit quelque chose de simple et de décisif : le climat de son enfance ne sera déjà plus celui de ses parents.

L’Organisation météorologique mondiale estime qu’il existe 86 % de chances qu’au moins une année entre 2025 et 2029 dépasse 1,5 °C, et 70 % de chances que la moyenne des cinq années 2025-2029 dépasse ce seuil. Autrement dit, au moment où cet enfant apprendra à lire, les “années exceptionnelles” d’aujourd’hui pourraient devenir un décor familier.

Cela ne veut pas dire qu’il vivra chaque été dans la fournaise. Mais les épisodes de chaleur extrême deviendront plus probables. Les nuits très chaudes, qui empêchent les corps de récupérer, pèseront davantage sur la santé, l’école, le sommeil, les vacances. Les cours de récréation devront s’ombrager et se verdir, les logements se protéger de la surchauffe, les villes apprendre à devenir moins minérales. Ce qui relevait hier du confort deviendra une question d’adaptation.

Affichage de pharmacie indiquant 43 degrés Celsius dans une rue bordée d'arbres.
Même sous les arbres, la chaleur reste intense. © iri.madrid.art / stock.adobe.com

2036-2046 : l’adolescence au temps des extrêmes

À 10 ans, puis 15 ans, cet enfant entrera dans une période où les effets du réchauffement seront plus visibles dans la vie quotidienne. Le GIEC estime que le seuil de 1,5 °C sera atteint ou dépassé au début des années 2030 dans les trajectoires d’émissions considérées. Ce qui change alors, ce n’est pas seulement la température moyenne. C’est la probabilité des extrêmes : vagues de chaleur, fortes pluies, sécheresses agricoles, incendies, tensions sur les ressources en eau. Selon une étude de référence parue dans Science en 2021, un enfant né dans les années 2020 connaîtra environ sept fois plus de vagues de chaleur dans sa vie qu'une personne née en 1960.

La science reste prudente sur la localisation précise des événements. Impossible de dire quelle commune sera inondée telle année, quelle région subira telle canicule ou quelle récolte sera perdue. En revanche, la tendance générale est robuste : plus l’atmosphère se réchauffe, plus elle peut contenir de vapeur d’eau, plus certains épisodes pluvieux deviennent intenses. Plus les sols se dessèchent, plus les sécheresses et les incendies trouvent un terrain favorable.

Nous fonçons droit sur l’enfer climatique, avec le pied sur l’accélérateur.

António Guterres

António Guterres

Secrétaire général des Nations unies

Pour un adolescent des années 2040, le climat pourrait donc entrer dans les emplois du temps. Sorties scolaires décalées lors des pics de chaleur, sport adapté, alertes météo plus fréquentes, régions montagneuses interdites en raison d’importants risques d’éboulements, restrictions d’eau en été, maisons pensées pour rester vivables sans climatisation massive… Ce monde ne sera pas invivable, il demandera simplement beaucoup plus d’organisation.

Ailleurs sur la planète, l'addition est plus lourde. Sur les 120 millions d'enfants nés en 2020 dans le monde, près de la moitié connaîtront une exposition à la chaleur “sans précédent” dans l'histoire humaine, et ce même si le réchauffement est contenu à 1,5 °C. Cette part grimpe nettement dans les pays les plus pauvres… ceux-là mêmes qui ont le moins émis.

2046-2056 : jeune adulte dans une France à +2,7 °C

En 2050, cet enfant né aujourd’hui aura 24 ans. C’est l’un des grands repères de la planification climatique : la France vise la neutralité carbone à cet horizon. Mais c’est aussi le moment où l’adaptation devient très concrète. La trajectoire française de référence pour l’adaptation au changement climatique prévoit, pour l’Hexagone et la Corse, un réchauffement de +2 °C autour de 2030, +2,7 °C autour de 2050 et +4 °C en 2100.

À +2,7 °C en France, les étés ne ressemblent plus aux étés du XXe siècle. Selon Météo-France, dans une France à +2,7 °C, les vagues de chaleur pourraient commencer dès le début du mois de juin (en cela, 2026 est d’ores et déjà assez dystopique) et se prolonger jusqu’à la mi-septembre. La probabilité d’être en vague de chaleur au cœur de l’été passerait d’environ 10 % sur la période 1976-2005 à 45 %. Son environnement se transforme aussi sous ses yeux :dans les Alpes, une grande partie des glaciers a disparu. Selon les scénarios climatiques, leur volume pourrait avoir diminué d'environ moitié à plus des trois quarts par rapport au début du XXIe siècle.

Paysage alpin avec montagnes enneigées, vallée rocheuse et lac turquoise sous un ciel bleu.
Retrait visible d'un glacier en Italie. © Silvano Rebai / stock.adobe.com

Pour ce jeune adulte, le climat sera aussi un sujet économique. Où habiter ? Comment assurer son logement ? Quel métier exercer dehors ? Comment se déplacer pendant les pics de chaleur ? Quelle alimentation lorsque certaines productions deviennent plus vulnérables aux sécheresses, aux maladies ou aux gels tardifs ? Quelle santé ? Le changement climatique ne sera plus seulement un sujet d’actualité. Il deviendra une toile de fond des choix professionnels, résidentiels et financiers.

Mais 2050 est aussi un point de bifurcation. Si les émissions mondiales baissent fortement, les risques continueront d’augmenter pendant un temps, mais leur progression pourra être limitée. Si elles restent élevées, le monde dans lequel cet enfant avancera vers ses 30 ans sera plus difficile à stabiliser.

Un été de type 2022 sera un été normal dès 2050.

Christophe Cassou

Christophe Cassou

Climatologue français

2056-2066 : la trentaine dans l’ère de l’adaptation

À 30 ou 40 ans, il vivra dans une société qui aura, d’une manière ou d’une autre, changé ses infrastructures. Les villes auront dû multiplier les îlots de fraîcheur, désimperméabiliser les sols, trouver des solutions pour protéger les personnes âgées, repenser les horaires de travail lors des canicules. Les écoles, hôpitaux, Ehpad, trains, réseaux électriques et bâtiments auront dû intégrer une évidence : le climat du passé n’est plus une bonne base de calcul.

Le niveau de la mer, lui, poursuivra sa hausse. C’est l’un des points les plus certains. Le GIEC indique que l’élévation du niveau moyen des mers est inévitable pendant des siècles à des millénaires, en raison du réchauffement des océans profonds et de la fonte des calottes glaciaires. Ce qui reste entre nos mains, c’est l’ampleur de cette hausse et sa vitesse après 2050.

Cela changera la manière d’habiter les littoraux. Non pas partout au même rythme, ni avec les mêmes réponses. Certains territoires renforceront leurs protections. D’autres déplaceront des équipements, renonceront à construire dans les zones les plus exposées, organiseront des replis. Pour l’enfant né en 2026 devenu adulte, le mot “adaptation” n’aura rien d’abstrait. Il désignera peut-être l’endroit où il peut acheter, travailler, voyager, ou transmettre un bien.

2066-2076 : à 50 ans, le monde que nous aurons choisi

En 2076, cet enfant aura 50 ans. À cet horizon, deux histoires peuvent encore s’écrire. Dans une trajectoire de réduction forte et rapide des émissions, le monde restera plus chaud, les mers continueront de monter, certains glaciers auront reculé, des écosystèmes auront été transformés. Mais les risques les plus extrêmes auront été contenus. L’adaptation restera coûteuse, mais plus maîtrisable.

Dans une trajectoire de fortes émissions, le tableau change d’échelle. Les vagues de chaleur deviennent plus longues, plus fréquentes, plus sévères. Dans l’Hexagone, Météo-France estime qu’à +4 °C en 2100, elles pourraient apparaître dès la mi-mai et s’étendre jusqu’à la fin septembre. Leur probabilité au cœur de l’été atteindrait 70 %. En ce qui concerne le niveau de la mer, dans certaines portions de la Camargue, du littoral aquitain ou de la côte charentaise, la question ne sera plus seulement de protéger les habitations, mais parfois de décider lesquelles déplacer. Les scientifiques savent déjà que le niveau de la mer continuera de monter pendant des siècles. Ce qui reste incertain, c'est la vitesse de cette montée et la capacité des sociétés à s'y adapter.

L’enfant né en 2026 n’aura alors que 74 ans en 2100. Ce n’est donc pas un horizon lointain, réservé aux graphiques ou aux conférences internationales. C’est la fin possible de sa vie. Ce détail change tout. 2100 n’est pas “après nous”. C’est le monde de sa vieillesse. 2100, ce sera aussi, peut-être, sans doute, la quasi fin des glaciers en Europe. On estime qu’à cette date, 90 % de leur surface aura disparu. Certes, quelques grands glaciers d’altitude du massif du Mont-Blanc résisteront encore, mais leur ampleur aura déjà nettement diminué.

Soit nous laissons à nos descendants un héritage sans pauvreté, sans utilisation de combustibles fossiles et sans perte de biodiversité, soit nous les laissons face à une facture fiscale de la Terre qui pourrait les anéantir.

Homme aux cheveux gris regardant au loin, portant une chemise, fond flou.

Johan Rockström

Scientifique suédois, co-directeur de l'Institut de Potsdam

Ce qui est certain, ce qui dépend de nous

Il faut donc tenir ensemble trois idées. Premièrement, certaines évolutions sont déjà pratiquement certaines : la poursuite du réchauffement à court terme, l’augmentation des chaleurs extrêmes, la hausse du niveau de la mer, le recul de nombreux glaciers, la nécessité d’adapter nos villes, nos bâtiments, notre agriculture et nos systèmes de santé.

Deuxièmement, l’intensité de ces bouleversements dépend encore fortement des émissions mondiales. Entre un monde qui limite le réchauffement et un monde qui poursuit les émissions au rythme actuel, la vie quotidienne d’un enfant né en 2026 ne sera pas la même. Chaque dixième de degré évité réduira des risques, des coûts, des pertes, des souffrances.

Troisièmement, beaucoup d’éléments resteront incertains. On ne sait pas précisément quelle innovation émergera, quelles politiques seront adoptées, quelles sociétés s’adapteront le plus vite, ni quels événements extrêmes marqueront telle ou telle décennie. Mais l’incertitude n’est pas une excuse pour attendre. Elle est au contraire la raison d’agir tôt.

Le bébé né aujourd’hui ne vivra pas dans le climat de ses parents. C’est acquis. Mais il ne vivra pas non plus dans un futur entièrement écrit. L’année de ses 50 ans, en 2076, il pourra regarder en arrière et constater soit que les adultes de son enfance ont pris la mesure du problème, soit qu’ils ont repoussé l’effort jusqu’à rendre l’adaptation plus dure, plus chère, plus injuste. Le climat de son enfance est déjà en partie déterminé. Celui de ses 50 ans, lui, reste encore à écrire.

Les défis auxquels nous sommes confrontés sont considérables, mais ils ne sont pas insurmontables. Nous avons encore la capacité de changer l'avenir, dès maintenant. Et plus nous agirons, mieux nous nous porterons tous. C'est ce que la science affirme : chaque degré de réchauffement compte, et chaque action, chaque choix compte également.

Femme souriante avec lunettes et cheveux longs, devant un fond bleu.

Katharine Hayhoe

Scientifique canadienne, climatologue, spécialiste de l'atmosphère

3 questions pour mieux comprendre l’avenir qui nous attend

Quel climat un enfant né en 2026 connaîtra-t-il à 50 ans, en 2076 ?

Une partie est déjà déterminée : des vagues de chaleur plus fréquentes et un niveau de la mer en hausse tout au long de sa vie. Pour le reste, deux mondes restent possibles. Selon la trajectoire de référence française (TRACC), la France pourrait être stabilisée autour de +2,7 °C ou bien lancée vers +4 °C en 2100, selon le niveau des émissions mondiales des prochaines décennies.

A-t-on déjà dépassé la limite de 1,5 °C fixée par l'Accord de Paris ?

Pas définitivement. 2024 a été la première année civile au-dessus de +1,5 °C, et 2023-2025 la première période de trois ans à dépasser ce seuil en moyenne (Copernicus). Mais l'objectif de Paris s'apprécie sur le long terme : le franchissement durable du seuil est attendu au début des années 2030. L'Organisation météorologique mondiale estime à 70 % la probabilité que la moyenne 2025-2029 dépasse déjà 1,5 °C.

Qu'est-ce qui est déjà inévitable, et qu'est-ce qui dépend encore de nos choix ?

Trois certitudes : la poursuite du réchauffement à court terme, l'intensification des chaleurs extrêmes et la montée des mers, inévitable pendant des siècles selon le GIEC. Ce qui dépend de nous, c'est l'ampleur – nombre de canicules, pression sur l'eau, habitabilité des territoires. Et ce qui reste incertain : les points de bascule, les impacts régionaux précis et la capacité des sociétés à s'adapter.

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