COP30 : Écouter la voix des peuples autochtones

Les peuples autochtones à la COP30 : “Reconnaissez nos terres, respectez nos droits”

Les peuples autochtones à la COP30 : “Reconnaissez nos terres, respectez nos droits” Des représentants brésiliens des peuples autochtones lors de la marche "The Answer is Us" (la réponse, c'est nous) à la COP30, le 17 novembre 2025. - © Diego Herculano / UN Climate Change

Publié le par Anouk Passelac

Série COP30 : Écouter la voix des peuples autochtones

Ils n’ont jamais été aussi nombreux. À la COP30 de Belém (Brésil), les peuples autochtones ont donné de la voix pour rappeler qu’ils sont les premiers touchés par la catastrophe climatique tout en préservant… 80 % de la biodiversité mondiale, alors qu’ils ne représentent que 6 % de la population. WE DEMAIN les a rencontrés au Sommet pour le Climat.

Des larmes, des cris de joie, des embrassades. L’annonce de l’avancée dans la démarcation de dix territoires autochtones au Brésil a été accueillie comme une victoire par les peuples concernés, tandis que la ministre des Peuples autochtones, Sonia Guajajara, parlait d’”une réparation historique”.

La Coordination des organisations indigènes de l’Amazonie brésilienne (Coiab) y voit une étape positive qui renforce la protection territoriale dans une région sous pression permanente : déforestation, conflits fonciers, expansion de l’agro-industrie. Mais elle rappelle que 25 autres territoires attendent toujours que leur dossier progresse. Aujourd’hui, les terres indigènes couvrent environ 14 % du territoire brésilien. Et selon une étude de 2024 menée par plusieurs organismes brésiliens, ces délimitations peuvent éviter jusqu’à 20 % de déforestation supplémentaire et réduire les émissions de carbone de 26 % d’ici 2030.

Des peuples déracinés

Parfois, les peuples autochtones sont littéralement privés de leurs terres ancestrales. C’est ce qui s’est produit en Amérique, en Afrique ou encore en Asie. Au Népal, la stratégie de conservation de territoires himalayens riches en biodiversité a pris, dès les années 1970, la forme de Parcs nationaux… en évincant les communautés qui y vivaient depuis des temps immémoriaux.

“Nos terres nous sont confisquées”, dénonce Pema Wango Lama, jeune femme du peuple Mugum habitant au Népal. Les populations déplacées sont déracinées : l’accès à leurs terres ancestrales pour y récolter des aliments, leurs plantes médicinales ou du bois est strictement limité. “Et les savoirs rattachés à ces terres se perdent quand les populations sont déplacées de force”, explique la jeune activiste.

Des projets extractivistes imposés sans consultation préalable

Renforcer la souveraineté des peuples, c’est aussi appliquer avec plus de fermeté le principe du consentement libre et éclairé, inscrit dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Or, dans les faits, cette consultation est souvent une mascarade. En Amazonie équatorienne, la communauté kichwa de Sarayaku l’a tristement expérimenté : elle avait attaqué l’État et obtenu gain de cause, n’ayant jamais été réellement consultée autour d’un projet pétrolier lancé sur ses terres sans son consentement.

En République démocratique du Congo, la communauté pygmée de Dorothée Lisenga n’a pas davantage été consultée lorsqu’une entreprise d’extraction de bois s’est installée sur leur territoire. En plus de détruire la biodiversité en prélevant de trop nombreuses essences d’arbres, elle ne propose aucune contrepartie aux populations locales, “ni école, ni centre de santé, ni emplois”. “Il faudrait tenir compte de nos espaces de chasse, de pêche, de conservation. Aujourd'hui ce n’est pas le cas. Je connais des champs de palmiers à huile qui traversent des cimetières”, s’indigne la Présidente des Femmes leader pour l’environnement et le développement durable.

Moins de 1 % des fonds internationaux versés directement aux communautés locales

Autre grande revendication portée lors de cette COP : celle des financements directs. Ils peuvent transiter par divers mécanismes — Fonds pour la réponse aux pertes et dommages (FRLD), Fonds vert pour l’environnement (GEF), Fonds vert pour le climat (GCF). Mais sur le terrain, l’accès réel aux ressources reste dérisoire.

“Il n’y a qu’une infime partie de ces fonds qui parvient directement aux communautés autochtones, bien qu’ils mentionnent directement leurs droits”, témoigne Eriel Deranger, directrice de l’organisation Indigenous Climate Action. Selon un rapport des Nations unies, les peuples autochtones toucheraient moins de 1 % de ces financements internationaux.

Deux femmes discutent dans un couloir moderne, vêtues de tenues traditionnelles et colorées.
À droite, Eriel Deranger, directrice de l’organisation Indigenous Climate Action. Cette Canadienne est issue du peuple Dënesųłiné. © Anouk Passelac

La nécessité de financements directs et d’impliquer les peuples autochtones

“De plus, certains mécanismes de financement climatique prennent la forme de programmes de prêts et ne constituent pas un véritable financement direct. Or, il est impossible de parler de solutions autochtones face au changement climatique sans ressources adéquates”, défend l’activiste du peuple Dënesųłiné, installée au Canada.

Pour elle, cet accès direct est indispensable afin d’éviter des projets conçus à l’extérieur, souvent déconnectés des réalités locales. “Cela nous permettra de mettre en place des solutions de terrain fondées sur nos savoirs ancestraux de conservation”, explique Eriel Deranger. Et de continuer à préserver 80 % de la biodiversité restante de la planète.

À Belém, ces revendications résonnent comme un rappel essentiel : sans reconnaissance pleine et entière de leurs droits, les objectifs climatiques et de biodiversité resteront hors de portée. Les peuples autochtones le répètent depuis des décennies, et la science leur donne raison : protéger la nature passe d’abord par la protection de ceux qui en dépendent et la défendent depuis des générations. Reste à savoir si la COP30 saura, cette fois, transformer leurs appels en engagements concrets.

Sujets associés