Amazonie : comment Internet transforme la vie des communautés indigènes

Education, santé, commerce… comment Internet facilite le quotidien de communautés isolées d'Amazonie

Education, santé, commerce… comment Internet facilite le quotidien de communautés isolées d'Amazonie Nathaly Chumbe passe en revue différentes applications comme WhatsApp, indispensable outil de communication. - © Anouk Passelac

Publié le par Anouk Passelac

“Qu’est-ce que vous voulez apprendre ?”, demande Nathaly Chumbe, coordinatrice de l’ONG One Planet qui vient d’installer une antenne Starlink dans la communauté de Puerto Huaman. Celle-ci donne accès à Internet par satellite au beau milieu de l’Amazone. Face à elle, une vingtaine de personnes, dont seule une poignée possède un smartphone. Ce sont souvent celles et ceux qui se rendent régulièrement à Iquitos, la ville-préfecture la plus proche, pour travailler ou étudier. Chez les autres, la maîtrise de l’outil reste limitée, surtout parmi les plus âgés.

D’où l’importance des ateliers organisés par l’ONG. Maintenant que le Wi-Fi est activé, il faut apprendre ce qu’est Internet, comprendre son fonctionnement et découvrir les outils qui peuvent faciliter la vie quotidienne. Les demandes fusent : “Envoyer un mail”, “transmettre un document sur WhatsApp”, “comprendre Facebook”, “créer mon compte Yape” (une application de transfert d’argent)…

Des personnes assises à une table en bois, certaines utilisent leur téléphone, une femme debout.
Les habitants de Puerto Huaman suivent un atelier d’initiation à Internet pour apprendre à maîtriser leur smartphone et les outils de base. Pour l’instant, seule une minorité est équipée d’un téléphone. © Anouk Passelac

Améliorer les communications essentielles

Nathaly Chumbe entame alors une présentation du web et passe en revue des applications comme Gmail. La jeune femme explique la signification des symboles (la croix pour fermer une fenêtre, le trombone pour ajouter une pièce jointe, la flèche à gauche pour revenir en arrière, etc.). D’un geste encore hésitant, les participants créent leur premier compte mail et envoient leur premier courriel. Un groupe WhatsApp est aussi créé pour permettre à tous les habitants d’échanger plus facilement. Pour certains, c’est la première fois qu’ils prennent une photo et l’envoient par message.

“Internet permet aux Maijunas d’améliorer leurs communications essentielles, souligne Michael Gilmore, président de One Planet, qui accompagne ce peuple autochtone depuis les années 2000. Avec leur famille, mais aussi avec la Fédération des Maijunas, avec notre ONG ou encore avec les services administratifs.” Grâce aux démarches dématérialisées, les habitants auront la possibilité de réduire leurs déplacements en ville.

Recourir à la télémédecine pour améliorer le diagnostic

À Nueva Vida, la communauté voisine, le dispensaire de santé ne désemplit pas. Les deux localités subissent une épidémie de malaria qui contraint Fabio Ahuanari, l’infirmier, à multiplier les tests et distribuer des cachets pour faire baisser la fièvre. Grâce à la connexion par satellite, le suivi de l’épidémie est facilité : il peut transmettre quotidiennement les informations sur le nombre de cas positifs. Les habitants ont été avertis en amont de la venue d’une équipe médicale pour réaliser des tests, distribuer des moustiquaires et sensibiliser aux gestes à adopter en prévention.

Un professionnel de santé effectue un test sanguin rapide sur un patient dans un bureau.
En pleine épidémie de malaria, l’usage d’Internet facilite le suivi des cas positifs et les échanges d’informations avec l’hôpital. © Anouk Passelac

“Quand je suis arrivé il y a un an, il n’y avait pas Internet, raconte Fabio Ahuanari. Aujourd’hui, je m’en sers tous les jours. Je peux prévenir immédiatement l’hôpital en cas d’urgence et ils envoient une ambulance.” Une avancée qui évite aux habitants de transporter eux-mêmes, à leurs frais, une personne malade sur un trajet de six heures en pirogue.

La télémédecine s’invite aussi dans le quotidien des communautés : “Quand j’ai un doute sur un diagnostic ou sur un traitement, j’appelle les médecins de l’hôpital pour qu’ils voient directement le patient. C’est d’une grande aide pour la population”, conclut l’infirmier.

Connaître les prix du marché pour vendre ses produits au bon moment

L’arrivée de Starlink améliore aussi les échanges commerciaux, notamment pour l’aguaje, le fruit du palmier pêche, très apprécié dans la région. “On peut désormais être prévenus assez tôt de la venue des acheteurs pour récolter et faire sécher les fruits”, indique Lambert Rios, vice-président de la Fédération des communautés natives maijunas (Feconamai).

“Le fruit du palmier-pêche se vend toute l’année mais quand il se fait rare sur les marchés, le prix augmente. Améliorer la communication va améliorer leur réponse en adéquation avec le marché”, précise Michael Gilmore. Une logique qui pourrait aussi profiter aux producteurs de miel et aux tisserandes, deux autres activités clés de la région.

Homme debout près d'une peinture murale colorée représentant deux tapirs dans un décor tropical
Les échanges instantanés avec les acheteurs de fruits de palmiers-pêches vont permettre aux habitants de mieux s’organiser pour récolter et faire sécher leur produit. © Anouk Passelac

Étudier à distance

À l’école aussi, l’accès au web est un plus. Il devient un nouvel outil pédagogique. Lisber Tamayo, professeur à Puerto Huaman, prévoit de l’utiliser comme support de cours pour “chercher des informations sur un thème précis, puis faire travailler les enfants dessus”, explique-t-il.

Les études supérieures à distance sont désormais envisageables avec plus de sérénité. Jusqu’ici, les jeunes Maijunas devaient aller à Iquitos, se loger et travailler en parallèle pour financer leurs études. L’arrivée d’Internet réjouit Kendra Rios, également professeure et encore étudiante en enseignement. Elle raconte avoir raté un examen en juillet dernier : “On nous avait prévenus par mail d’un changement de date, mais je n’ai consulté mes messages que le jour même… trop tard pour me rendre à Iquitos.” Heureusement, une session de rattrapage sera organisée prochainement et elle espère ne plus avoir à subir ce genre de contretemps. Dans ces villages d’Amazonie, le futur se construit désormais aussi en ligne.