Dans la plus grande forêt tropicale du monde, les ressources naturelles attisent toutes les convoitises. Chasse illégale, exploitation forestière sans autorisation, orpaillage… ces activités, invisibles depuis les villes, détruisent forêts, faune et cours d’eau. Les Maijunas, peuple indigène du nord-est péruvien, en savent quelque chose : en 2002, leur territoire de 390 000 hectares, habité par seulement 600 personnes, en a fait les frais. “Ils ont été envahis par des dizaines de groupes de chasseurs et trafiquants de bois et il n’y avait aucun moyen pour eux d’alerter leurs alliés. Les leaders ont même reçu des menaces de mort”, relate Michael Gilmore, président de l’ONG One Planet, qui accompagne la communauté indigène depuis de nombreuses années.
Aujourd’hui encore, la menace persiste. L’an dernier, des orpailleurs illégaux sont remontés jusqu’aux villages de Puerto Huaman et Nueva Vida. “Ils leur ont demandé s’ils pouvaient installer leurs dragues sur la rivière pour extraire l’or”, avec, à la clé, l’usage de mercure, hautement toxique pour les organismes vivants, pour amalgamer le métal. Les habitants ont refusé malgré la promesse alléchante d’une contrepartie financière.
Internet, un outil pour protéger la forêt et ses habitants
“Améliorer la communication via Internet est fondamental pour la conservation de l’Amazonie”, soutient Michael Gilmore. Dès l’an prochain, One Planet formera les Maijunas à utiliser ces outils pour sécuriser leurs patrouilles, documenter toute intrusion et envoyer les preuves aux ONG et organisations indigènes. La connexion instantanée a aussi l’avantage de renforcer la sécurité des patrouilles qui sillonnent le territoire maijuna. “S’ils sont en danger immédiat, ils pourront le signaler”, explique le président de One Planet.
L’initiative s’inspire de celle de la Fondation Rainforest US, qui collabore depuis dix ans avec 35 communautés indigènes. Des volontaires ont été formés dans chaque communauté et équipés de smartphones, de drones et d’images satellitaires. L’arrivée récente de Starlink a été un plus pour échanger en direct des informations avec la fondation, vérifier rapidement des suspicions de déforestation et alerter en cas de danger imminent. Grâce à leur travail, les communautés indigènes ont réussi à réduire de 50 % la déforestation dès la première année de surveillance.
Mener le combat en ligne contre un projet de route
Comme de nombreux peuples indigènes amazoniens, les Maijunas ne comptent plus le nombre d’épreuves qu’ils ont subi depuis la colonisation de l’Amérique. “Ils ont fui les missionnaires, ont été capturés et exploités pour extraire le caoutchouc puis le bois de rose et les peaux d’animaux sauvages…”, énumère Nathaly Chumbe, coordinatrice de One Planet. De plusieurs milliers d’individus recensés au XVIIe siècle, il n’en reste aujourd’hui plus que 600, répartis en quatre communautés, faisant des Maijunas le peuple indigène le plus réduit du Pérou.
Aujourd’hui, les Maijunas doivent affronter un danger supplémentaire : un méga projet routier, impulsé par l’État, visant à relier le fleuve Amazone à la rivière Putumayo. L’infrastructure, dont un tronçon a déjà été réalisé en amont, entraînerait une déforestation majeure et morcellerait leur territoire ainsi que celui d’autres communautés indigènes. “Une fois la route construite, les activités illégales seraient encore plus facilitées et la déforestation irait crescendo”, prévient Nathaly Chumbe.
Pour dénoncer cette situation, le site Territorios para la vida (“Territoires pour la vie”) donne la voix aux communautés qui seraient affectées par le projet de route. Des vidéos et cartes interactives montrent “l’importance écologique, culturelle et spirituelle” de leur territoire. La coordinatrice de One Planet espère que les Maijunas pourront s’emparer du sujet et poursuivre ce travail de plaidoyer en ligne contre ce projet du gouvernement.