Vue aérienne d'un quartier urbain moderne avec canal, espaces verts et bâtiments contemporains.
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À Utrecht, un quartier sans voitures sort de terre

À Utrecht, le futur quartier Merwede veut reléguer la voiture à sa périphérie pour laisser davantage de place aux piétons, aux vélos et aux espaces de vie.

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En bref

  • Merwede est un nouveau quartier d’Utrecht, aux Pays-Bas, qui doit accueillir environ 12 000 habitants dans 6 000 logements.
  • La voiture sera largement absente de l’espace public : le stationnement sera concentré dans des garages en périphérie du quartier, notamment le long de l’Europalaan.
  • Le projet mise massivement sur les mobilités alternatives, avec 21 500 places pour vélos, 250 voitures partagées, des transports publics et des hubs de mobilité et de livraison.
  • Les premiers habitants sont attendus en 2027, date à laquelle ce modèle de quartier "car-free" commencera véritablement à être testé au quotidien.

Pas de voitures garées le long des trottoirs, pas de rues transformées en files de stationnement, et 21 500 emplacements pour vélos. À Utrecht, au centre des Pays-Bas, le futur quartier Merwede entend pousser très loin une idée encore assez radicale ailleurs en Europe : construire un morceau de ville dense en considérant dès le départ que la voiture particulière n’en sera pas le moyen de transport principal. Un projet dans la continuité d’une ville déjà très engagée en faveur du vélo. Utrecht a été classée en 2022 n°1 mondiale du Global Bicycle Cities Index, devant Münster et Anvers. Selon les chiffres municipaux, 94 % des habitants possédaient au moins un vélo en 2021. La ville abrite même, près de la gare centrale, le plus grand parking à vélos du monde, avec 12 500 places.

Merwede n’est plus seulement une vue d’architecte. Sur cet ancien secteur d’activités, coincé entre le canal de la Merwede et le parc Transwijk, les grues ont pris possession du paysage. Sur les 6 000 logements programmés, plus de 2 700 étaient déjà en construction fin 2025. Le 8 juillet 2026, le lancement d’Urban8, un ensemble de 171 logements, a marqué une nouvelle étape.

La voiture reste à la porte

"Sans voitures" ne signifie pas pour autant que leurs propriétaires seront interdits de séjour. Les habitants de Merwede pourront posséder une automobile mais celle-ci ne dormira pas devant leur immeuble ou dans son sous-sol. Le principe de ce nouvel éco-quartier consiste à concentrer le stationnement dans des garages situés à la périphérie du quartier, notamment du côté de l’Europalaan, ou à proposer des possibilités de stationnement encore plus éloignées. À l’intérieur, la priorité revient aux piétons et aux cyclistes.

En outre, pour que l’équation fonctionne, Utrecht ne s’est pas contentée de supprimer des places de parking. Le projet prévoit 250 voitures partagées, de nombreux vélos en libre-service, 21 500 places pour garer les bicyclettes dans les bâtiments et deux centres logistiques pour, notamment, réceptionner les colis. Enfin, les transports publics doivent compléter le dispositif. L’idée est simple : faire de la voiture une option parmi d’autres, et non le moyen de transport autour duquel toute la ville est organisée.

Un concept qui prend peu à peu vie

Une étape assez révélatrice a été franchie le 8 juillet 2026, avec le lancement officiel du chantier d’Urban8, un ensemble de 171 logements. Le bâtiment accueillera un centre de mobilité destiné à plusieurs îlots du nord de Merwede. Il comprendra des services d’autopartage, des équipements pour la réception des colis, un garage mais surtout… 1 332 emplacements pour vélos.

Quelques semaines plus tard, fin août, Utrecht engageait une autre transformation très concrète. Une portion de voie parallèle à l’Europalaan, une grande avenue d’Utrecht jusqu’ici ouverte aux voitures, vélos et piétons, doit être retirée de la circulation automobile pour devenir un axe réservé aux mobilités actives. Les rares accès nécessaires aux automobiles se feront directement depuis l’Europalaan vers les entrées du quartier et ses parkings périphériques. Autrement dit, la municipalité commence à modifier le réseau routier lui-même pour empêcher la voiture de reprendre naturellement sa place.

Plan coloré d'un quartier urbain avec routes, bâtiments et espaces verts.
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Le quartier urbain à usage mixte proposé.

Que faire des courses, des colis et des déménagements ?

Le plus difficile dans un quartier sans voitures n’est peut-être pas de dessiner de jolies promenades arborées. C’est d’organiser toutes les situations dans lesquelles une automobile ou un utilitaire reste bien pratique : rentrer avec des meubles, recevoir un colis volumineux, accueillir un visiteur, se déplacer lorsque l’on est handicapé ou simplement partir en week-end.

Merwede teste pour cela une gouvernance assez inhabituelle. Un Mobiliteitsbedrijf, une entreprise dédiée à la mobilité du quartier, a notamment été créée pour gérer les abonnements aux parkings, le stationnement des vélos des visiteurs, la sélection des services d’autopartage et de mobilité partagée, mais aussi des boutiques de services et des consignes à colis. Les personnes disposant d’une autorisation de stationnement pour handicapés pourront de leur côté utiliser des emplacements spécifiques dans les parkings.

Vivre sans voiture suppose d’avoir tout à proximité

Le quartier doit parallèlement limiter la nécessité d’aller chercher ailleurs ce qui manque sur place. Aux logements doivent s’ajouter écoles, commerces, restaurants, espaces de travail, équipements sportifs et services de santé. Un bâtiment réunissant un établissement scolaire de 1 000 élèves, une salle de sport et un grand parking public pour vélos doit notamment entrer en chantier en septembre 2027.

Merwede doit également être relié aux quartiers voisins par deux nouvelles passerelles destinées aux cyclistes et aux piétons au-dessus du canal, sans gêner la navigation fluviale. Un point crucial car un quartier sans voitures ne peut fonctionner comme une île. Il doit être plus facile d’en sortir à pied, à vélo ou en transport collectif qu’en automobile. Faute de quoi, la voiture ne disparaît pas : elle se contente de se déplacer quelques centaines de mètres plus loin, avec le risque de reporter stationnement et circulation sur les quartiers voisins.

Vue aérienne d'un projet urbain avec bâtiments modernes, espaces verts et infrastructures routières.
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Vue aérienne du futur quartier Merwede.

Le vrai test commencera en 2027

Beaucoup de villes européennes réduisent la place de la voiture dans des quartiers existants mais Utrecht tente ici autre chose : concevoir dès l’origine un quartier dense dans lequel rues, bâtiments, stationnement, livraison des colis et services de mobilité ont été pensés autour de son absence.

Le pari sera réellement confronté au quotidien à partir de 2027, lorsque les premiers habitants emménageront. Il faudra alors voir si les voitures partagées sont disponibles lorsqu’on en a besoin, si les milliers de vélos trouvent effectivement leur place, si les livraisons fonctionnent, si les visiteurs acceptent de marcher quelques centaines de mètres et si les habitants conservent malgré tout une automobile garée ailleurs. Bref, vérifier si l’on peut réellement retirer la voiture de la rue sans compliquer la vie de ceux qui y habitent. Merwede ne sera alors plus seulement un laboratoire d’urbanisme. Il deviendra une expérience grandeur nature.

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