Deux hommes en costume parlent devant un public avec drapeaux français en arrière-plan.
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Climat : la France veut enfin chiffrer le prix de son retard sur l’adaptation

Les ministres Roland Lescure (g.) et Mathieu Lefèvre au ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique ce vendredi 11 septembre 2026.

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En bref

  • Sans adaptation supplémentaire, le changement climatique pourrait réduire le PIB français de 3,6 % en 2050 et dégrader le déficit public de 1,8 point de PIB.
  • Roland Lescure estime que les canicules de 2026 auront coûté “au moins” 0,1 point de croissance, avec une production agricole en baisse de 8 % en moyenne.
  • Selon la littérature compilée par la DG Trésor, l’adaptation pourrait éviter jusqu’à la moitié des dommages climatiques sur l’activité, même si les estimations varient fortement selon les modèles.
  • Après trois plans nationaux d’adaptation, Bercy lance deux groupes de travail sur les entreprises et le financement, alors que la mise en œuvre concrète et les moyens restent les principaux points faibles.

"Nous ne pouvons plus bricoler." Ce vendredi 11 septembre 2026, à Bercy, Roland Lescure n'a pas cherché à minimiser l'enjeu. Le ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique inaugurait avec Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, deux nouveaux groupes de travail consacrés respectivement aux entreprises et au financement de l'adaptation au changement climatique.

Le constat dressé par le ministre de l'Économie est celui d'une France où l'exception climatique devient progressivement la norme. Après les inondations du début d'année, les canicules à répétition et les incendies de l'été, "ce qui relevait jusqu'à présent de la crise, de l'aléa, devient désormais une habitude", estime-t-il. Pour les entreprises, poursuit-il, il devient difficile d'absorber un choc exceptionnel lorsque celui-ci se répète : "On peut oublier un mauvais mois [...] quand ça se produit tous les mois, c'est plus compliqué. Nous ne pouvons plus bricoler, il nous faut anticiper, il nous faut adapter notre économie."

Un coût économique qui commence à se préciser

Le changement de ton vient aussi des chiffres. En janvier, Roland Lescure avait demandé à la Direction générale du Trésor de travailler sur les conséquences économiques de l'adaptation et de la non-adaptation. Le rapport complet doit être publié d'ici à la fin de l'année. Une première note, dévoilée en septembre, livre cependant des résultats suffisamment spectaculaires pour faire de l'adaptation un sujet économique à part entière.

Dans un scénario sans adaptation supplémentaire, le changement climatique pourrait ainsi réduire le PIB français de 3,6 % à l'horizon 2050, principalement en raison de la baisse de la productivité du travail et d'une dépréciation plus rapide du capital. Cette moindre activité pèserait à son tour sur les recettes de l'État : le solde public primaire pourrait être dégradé de 1,8 point de PIB en 2050. S'y ajouteraient les dépenses publiques directement liées aux catastrophes climatiques (réparation du patrimoine public, indemnisation des victimes, protection des populations…), que la DG Trésor estime toutefois d'une ampleur a priori moindre que la perte de recettes.

Graphique de l'évolution du solde public primaire en France de 2011 à 2050.
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Des canicules qui ont coûté “au moins” 0,1 point de croissance à la France cette année

Le chiffre doit néanmoins être lu avec précaution. Les 3,6 % correspondent à l’écart entre un scénario mondial à +2 °C en 2050 et un scénario restant à +1,5 °C, soit approximativement le niveau de réchauffement déjà atteint aujourd’hui. Il ne mesure donc pas le coût total du changement climatique par rapport à un monde sans réchauffement, mais celui de son aggravation d’ici à 2050. Le calcul repose par ailleurs sur les scénarios du NGFS, le réseau international de banques centrales et de superviseurs financiers, dont les hypothèses seront encore révisées. La Direction générale du Trésor précise elle-même que d’autres études aboutissent à des dommages différents, parfois supérieurs.

Pour Roland Lescure, l'été 2026 en offre déjà un avant-goût. Il estime que la seule canicule coûtera "au moins" 0,1 point de croissance cette année, tandis que la production agricole reculerait de 8 % en moyenne et celle de maïs de plus de 30 %.

Je peux vous le dire déjà : cette année, les estimations de production agricole sont en baisse de 8 % en moyenne, avec des secteurs particulièrement touchés. Par exemple, la production de maïs devrait avoir baissé de plus de 30 %.

Roland Lescure

- Roland Lescure n'a pas cherché à minimiser l'enjeu. Le ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique

Homme en costume devant un bâtiment officiel avec drapeaux en arrière-plan.

L'adaptation, investissement plutôt que dépense

La bonne nouvelle tient à l'autre moitié du raisonnement : s'adapter fonctionne. Selon la littérature académique compilée par la Direction générale du Trésor, les mesures déjà mises en œuvre auraient permis d'éviter jusqu'à la moitié des dommages climatiques sur l'activité. Cette fourchette demande toutefois d'être lue de près, car les deux familles de travaux recensées ne disent pas la même chose. Les études économétriques, qui cherchent à capter l'ensemble des canaux de transmission, aboutissent à des dommages évités allant de 0 à 50 % : c'est de là que vient le chiffre le plus favorable. Les modèles structurels, qui évaluent eux les canaux d'adaptation séparément, sont nettement plus sobres : la majorité d'entre eux situent les dommages évités entre 5 et 20 %.

Le message politique est néanmoins limpide : dépenser aujourd'hui peut éviter de payer beaucoup plus demain. "L'inaction n'est pas une option", martèle Roland Lescure. Le ministre cite notamment EDF, qui prévoit 9 milliards d'euros d'investissements sur quinze ans pour son adaptation, ou encore la SNCF, qui travaille sur des rails de nouvelle génération mieux capables de supporter les fortes chaleurs. Plus de 80 % des entreprises dont l'État est actionnaire disposeraient désormais d'un plan d'adaptation.

Plus de 80 % des entreprises dont l'État est actionnaire disposeraient désormais d'un plan d'adaptation.

Mais qui doit payer ?

Restent deux questions, et pas des moindres, en suspens : qui doit investir et qui doit payer ? C'est précisément l'objet du groupe de travail consacré au financement, présidé par Célia Bertaux (Inspection générale des finances), appelé à clarifier la répartition entre État, collectivités territoriales et acteurs privés ainsi que le rôle des banques et des assureurs.

Le groupe "Entreprises", présidé par Benoît Leguet, directeur général de l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE), doit notamment améliorer la connaissance des risques, identifier les besoins d'adaptation et faire émerger des filières industrielles françaises ou européennes. Bercy pointe par exemple la dépendance asiatique pour les climatiseurs et certains équipements de pompes à chaleur. Pour Bercy, relocaliser leur production permettrait ainsi de transformer une contrainte d’adaptation en enjeu industriel et de souveraineté.

Trois plans d’adaptation et toujours la question du passage à l'échelle

Reste un sérieux parfum de déjà-vu. La France ne découvre pas l'adaptation en 2026. Son premier Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC) remonte à 2011. Un deuxième a suivi en 2018. Le troisième, présenté en mars 2025, comprend 52 mesures et plus de 200 actions destinées à préparer la France à un réchauffement atteignant environ +4 °C dans l'Hexagone à la fin du siècle. Sur son état d'avancement, Roland Lescure et Mathieu Lefèvre indiquent que "85 % des actions ont déjà été lancées". Mais lancées ne signifie ni achevées, ni même nécessairement financées à la hauteur des besoins…

Mathieu Lefèvre semble par ailleurs conscient du risque de donner l'impression d'ajouter une couche supplémentaire au millefeuille. "Aller plus loin, ça ne veut pas dire faire un quatrième plan d'adaptation au changement climatique", insiste-t-il devant les représentants des entreprises et organisations syndicales réunis à Bercy. L'objectif, assure-t-il, est désormais de faire émerger des solutions "extrêmement concrètes, opérationnelles", à court comme à moyen terme.

L’objectif de ces deux groupes de travail est de proposer des solutions extrêmement concrètes, opérationnelles, à la fois dans le court terme, parce que évidemment nous sommes conscients des marges de manœuvre qui sont les nôtres, mais aussi pour le moyen terme, pour l'avenir du pays.

Mathieu Lefèvre

- ministre délégué chargé de la Transition écologique

Homme en costume avec une expression sérieuse sur fond bleu clair.

Le ministre délégué a également abordé un tout autre chantier : la simplification. Relevant que "le code de l'environnement a triplé depuis le début des années 2000", il estime qu'il reste de la "bande passante" pour alléger la norme dans les prochains mois, tout en assurant que simplifier ne signifie pas "détricoter ou déréguler le droit de l'environnement". Mais faire cohabiter l’accélération de l'adaptation et la promesse d'un nouveau cycle d'allègement réglementaire ne sera pas simple à mettre en œuvre.

Le nerf de la guerre reste le financement

Car quelques jours après la présentation du PNACC-3 en 2025, le Haut Conseil pour le climat avait salué une étape importante tout en jugeant que "la France n'est pas encore prête" à affronter les impacts du changement climatique. Il appelait notamment à augmenter les moyens, renforcer le suivi du plan et améliorer sa gouvernance. Surtout, son diagnostic sur le financement était sévère : les financements favorables à l'adaptation dans le PNACC-3 restaient "très insuffisants", une grande partie d'entre eux étant encore à définir. Le HCC regrettait notamment que très peu d'actions du plan disposent de montants et de modalités de financement précisément identifiés.

La Direction générale du Trésor reconnaît elle-même aujourd'hui un autre angle mort : si les bénéfices de l'adaptation commencent à être documentés, son coût macroéconomique global l'est encore très peu. Investir massivement dans des infrastructures, des bâtiments, la gestion de l'eau ou la protection des territoires suppose des financements supplémentaires et donc des arbitrages avec d'autres dépenses.

Après trois PNACC, la prochaine étape ne pourra donc probablement plus se mesurer au nombre de plans ou de mesures annoncées. Mais aux bâtiments effectivement adaptés aux canicules, aux réseaux protégés, aux entreprises préparées, aux investissements déclenchés… et aux milliards réellement mis sur la table. Sur ce point, les groupes de travail lancés à Bercy devront rapidement produire autre chose qu'un quatrième catalogue de bonnes intentions.

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