Installation de traitement des eaux usées avec réservoir circulaire et végétation environnante sous ciel nuageux
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Dans les Pyrénées-Orientales, les eaux usées deviennent une réserve contre la sécheresse

L'installation de traitement des eaus usées de Sud Roussilon.

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En bref

  • La Communauté de communes Sud Roussillon peut produire jusqu’à 1,2 million de m³ d’eau recyclée par an, sur les 2 millions de m³ autrefois rejetés en mer.
  • Cette eau de qualité "A France" peut servir à l’irrigation agricole, à l’arrosage des golfs, des stades et des espaces verts, ainsi qu’à la défense incendie.
  • La filière doit réduire d’environ 500 000 m³ par an les prélèvements dans les nappes phréatiques des Pyrénées-Orientales.
  • Le projet représente un investissement de 3,4 millions d’euros et s’appuie déjà sur 8,5 kilomètres de réseau principal, en complément du réseau d’eau brute déjà déployé.

Pendant des années, près de deux millions de mètres cubes d’eau traitée par la station d’épuration de Saint-Cyprien ont terminé leur course dans la Méditerranée. Une eau suffisamment propre pour être rejetée dans le milieu naturel, mais pas encore autorisée pour irriguer les champs ou arroser les espaces verts. Dans un territoire soumis à une sécheresse persistante, ce flux a fini par apparaître pour ce qu’il était : un immense gisement inutilisé.

La Communauté de communes Sud Roussillon, qui réunit six communes et 24 500 habitants, a donc décidé d’ajouter une nouvelle boucle au cycle local de l’eau. Son unité de réutilisation des eaux usées traitées, ou REUT, peut désormais produire jusqu’à 1,2 million de mètres cubes par an. Autrement dit, près de 60 % du volume autrefois rejeté par la station pourrait connaître une deuxième vie.

Un territoire préparé depuis vingt ans

Le projet ne surgit pas de nulle part. Bien avant que le manque d’eau ne s’impose dans le débat public, Sud Roussillon avait commencé à relier les réseaux d’eau potable de ses communes. L’objectif : pouvoir secourir un secteur lorsqu’un forage devient insuffisant ou rencontre un problème de qualité. “Nous avons commencé par tirer des tuyaux d’eau potable sur l’ensemble de nos six communes pour faire en sorte que, si un forage venait à être en difficulté, nous puissions assurer la continuité du service”, raconte Thierry Del Poso, maire de Saint-Cyprien et président de l’intercommunalité.

Le territoire compte aujourd’hui environ 200 kilomètres de canalisations d’eau potable, mais aussi 150 kilomètres d’un réseau distinct réservé à l’eau brute. Ce deuxième circuit, installé notamment dans les nouveaux lotissements, permet d’alimenter des usages qui ne nécessitent pas une eau potable. Il était historiquement approvisionné par le lac de Villeneuve-de-la-Raho avant que la REUT ne soit autorisée. Une infrastructure précieuse : produire de l’eau recyclée ne sert à rien si aucun tuyau ne permet ensuite de la conduire jusqu’aux utilisateurs.

Homme souriant en chemise blanche devant un bassin d'eau et des arbres.
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Thierry Del Poso, maire de Saint-Cyprien et président de l’intercommunalité.

La sécheresse de 2023 comme accélérateur

L’étude de faisabilité est lancée en avril 2021. Deux ans plus tard, alors que les Pyrénées-Orientales passent en situation de crise sécheresse, la collectivité accélère. Au printemps 2023, la crise de l’eau accélère le projet : les travaux d’adaptation de la station d’épuration débutent. En parallèle, une eau conforme au niveau de qualité A européen est acheminée par camion-citerne pour répondre aux premiers besoins. Intenable sur le long terme avec le dérèglement climatique.

En septembre, le conseil communautaire valide la création d’une unité de filtration supplémentaire. “On a pris une décision avant même d’avoir les financements et avant d’avoir le droit : fabriquer notre eau. Ce n’était pas un choix de confort, c’était une nécessité”, résume Thierry Del Poso. La filière obtient finalement son autorisation préfectorale pour plusieurs usages au printemps 2025. Les premières livraisons d’eau recyclée de qualité “A France” suivent. Le Service départemental d’incendie et de secours des Pyrénées-Orientales valide également son utilisation dans des poteaux incendie dédiés, ouvrant la voie à leur déploiement.

Jusqu’à 1,2 milliard de litres par an

À la sortie de la station d’épuration, l’eau subit un traitement complémentaire reposant notamment sur une filtration membranaire, une ultrafiltration et une désinfection aux ultraviolets. Des analyses sont effectuées en continu. Le pilotage est automatisé et la production peut être immédiatement interrompue en cas d’anomalie. L’eau obtenue atteint la catégorie “A France”, le niveau sanitaire le plus élevé prévu pour la REUT. Elle n’est pas potable pour autant. Elle peut en revanche être employée, sous conditions, pour l’irrigation agricole, y compris certaines cultures alimentaires, ainsi que pour les golfs, les stades ou les espaces verts ouverts au public.

L’installation a été dimensionnée pour produire 1,2 million de mètres cubes, soit 1,2 milliard de litres, chaque année. Le dispositif comprend 8,5 kilomètres de réseau de maillage principal. La collectivité estime qu’il permettra d’éviter environ 500 000 mètres cubes de prélèvements annuels dans les nappes. La différence entre le volume produit et les économies annoncées rappelle que toute l’eau recyclée ne remplace pas nécessairement un prélèvement souterrain et que les usages monteront progressivement en puissance.

Arroser sans puiser dans les nappes

L’agriculture constitue l’un des principaux débouchés du projet. Dans la plaine du Roussillon, les restrictions d’irrigation fragilisent les exploitations et accélèrent l’abandon de certaines cultures. L’eau recyclée ne suffira pas à couvrir tous les besoins, mais elle apporte une ressource plus régulière à proximité des parcelles.

Le golf de Saint-Cyprien, les stades et les services chargés des espaces verts figurent également parmi les utilisateurs associés au projet. En substituant l’eau recyclée à de l’eau potable ou à des prélèvements dans les nappes, la collectivité cherche moins à augmenter les consommations qu’à réserver chaque qualité d’eau à l’usage qui lui correspond. “Pour moi, c’est cela le véritable service public. Il s’agit d’aider l’agriculture, de maintenir l’activité agricole, les emplois, les paysages”, défend Thierry Del Poso.

Pour moi, c’est cela le véritable service public. Il s’agit d’aider l’agriculture, de maintenir l’activité agricole, les emplois, les paysages.

Thierry Del Poso

- Maire de Saint-Cyprien et président de l’intercommunalité.

Homme souriant en chemise blanche devant un bassin d'eau et des arbres.

Un investissement largement supporté localement

La transformation de la station et la création de la filière représentent 3,4 millions d’euros. L’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse a apporté 545 972 euros, le Département 183 321 euros et la Région Occitanie 170 000 euros. Ces trois aides totalisent un peu moins de 900 000 euros, soit environ 26 % du coût du projet. Près de 2,5 millions d’euros restent donc financés localement. Un effort important, auquel s’ajoutent la construction du réseau, les contrôles sanitaires et les coûts d’exploitation.

La REUT n’est ainsi ni une eau gratuite ni une solution magique. Elle demande une station produisant suffisamment d’effluents, des utilisateurs situés à une distance raisonnable, des infrastructures séparées et une surveillance permanente. Elle ne dispense pas non plus de réparer les fuites, de réduire les consommations ou d’adapter les cultures.

Pour Sud Roussillon, c’est la concrétisation d’une plannification à long terme : vingt années de création des réseaux, quatre années de procédures, une coordination entre agriculteurs, services de l’État et collectivités, et une décision politique prise avant que toutes les certitudes soient réunies. L’eau rejetée en mer ne l’est plus. Elle est devenue une ressource. Encore fallait-il construire tout le système permettant de l’utiliser.

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