Ils font maigrir vite. Très vite. Trop vite. Présentés comme l’arme ultime contre l’obésité dont la prévalence continue d’augmenter dans tous les pays industrialisés, les analogues du GLP-1, tels que Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, connaissent une diffusion fulgurante, bien au-delà du traitement du diabète pour lequel ils ont été conçus. Mais à mesure que les prescriptions s’emballent, les alertes s’accumulent : pertes musculaires massives, dépendance au traitement dû à l’effet rebond à l’arrêt, complications graves, copies frauduleuses.
Du venin de lézard
L’histoire débute au début des années 1980. À l’université Rockefeller de New York, la chercheuse d’origine yougoslave Svetlana Mojsov identifie une hormone clé de la satiété : le GLP-1 (Glucagon-Like Peptide-1). Cette découverte majeure ouvre la voie à une nouvelle compréhension des modifications métaboliques qui surviennent après un repas. Mais Mojsov est évincée des brevets déposés par l’un de ses collaborateurs – un cas emblématique de l'“effet Matilda”, ce mécanisme d’invisibilisation des femmes scientifiques. Après des années de lutte, elle ne sera que partiellement reconnue. Reste que ce GLP-1 naturel a une durée de vie très courte, quelques minutes à peine, dans l’organisme.
D’autres chercheurs se mettent donc en quête d’analogues plus stables et en trouvent dans… le venin d’un lézard, le monstre de Gila, dont la morsure peut être mortelle. Une molécule, l’exendine-4, est alors isolée, synthétisée, puis transformée en exénatide, un traitement pour les diabétiques car il stimule la sécrétion d’insuline. C’est le premier d’une nouvelle classe de médicaments, les analogues du GLP-1. Très vite, un “effet secondaire” – avec de sérieux troubles digestifs – attire