Trois couvertures de livres sur la pêche et la nature, incluant "Pèlerinage" et "Haute Mer".
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Cache-cache avec les requins, pirogue sur la Loire, forçats de la pêche… l’appel de l’eau aux Écrans de l’Aventure

Trois regards sur l’eau et l’aventure : Pèlerinhâge en Écosse, Sur le fleuve et Haute mer.

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En bref

  • Dans Pèlerinhâge en Écosse, quatre amis partis chercher des requins pèlerins découvrent surtout d’exceptionnels rassemblements de requins hâ.
  • Édouard Cortès raconte dans Sur le fleuve sa descente de la Loire à bord d’une pirogue qu’il a lui-même taillée dans un chêne.
  • Avec Haute mer. Les derniers forçats de la mer, Cyril Hofstein et Marie Détrée plongent dans le quotidien rude des marins-pêcheurs, loin des images romantiques du grand large.

Il y a les requins qu’ils étaient venus chercher. Et ceux qu’ils ne s’attendaient pas du tout à trouver. Lorsque quatre amis – Jérôme, Cyrielle, Benjamin et Armel – mettent le cap sur l’Écosse à bord de leur voilier, leur objectif est le requin pèlerin. Un géant pouvant atteindre quelque dix mètres de long, deuxième plus grand poisson au monde, mais qui se révèle beaucoup plus difficile à débusquer que prévu. Il faudra finalement trois étés de navigation et de patience à l’équipe de Lords of the Ocean pour parvenir à l’approcher. Mais entre-temps, l’aventure a pris un sérieux virage. Car ils ont découvert bien plus inattendu : un rassemblement de plusieurs centaines de requins hâ, une espèce classée en danger critique d’extinction selon l’UICN. Une rencontre suffisamment exceptionnelle pour les pousser à contacter des scientifiques et surtout à garder quelque temps le silence sur le lieu précis de leur découverte, afin d’éviter qu’une trop grande publicité ne fragilise le site.

C’est cette quête pleine de détours que raconte Pèlerinhâge en Écosse, documentaire de 53 minutes réalisé par Armel Ruy et présenté en compétition aux Écrans de l’Aventure à Dijon. Avec un ton volontairement éloigné du documentaire animalier solennel : Guillaume Meurice et Aymeric Lompret prêtent leurs voix au récit, entre vannes, déconvenues et émerveillement. Le titre lui-même donne le ton, transformant le requin pèlerin en “PèlerinHÂge”, clin d’œil au squale qui finit par voler une partie de la vedette.

Filmer sans trop montrer

Car derrière l’humour, la découverte soulève de vraies questions scientifiques. Pourquoi autant de requins hâ se retrouvent-ils au même endroit ? Pour se nourrir ? Pour se reproduire ? Et comment protéger un phénomène que l’on commence à peine à comprendre ? Des scientifiques français et écossais ont, depuis, commencé à étudier la zone et les animaux. Mais il faudra du temps pour comprendre leurs cycles et leurs comportements. Certaines années, les requins arrivent par centaines ; d’autres, ils se font beaucoup plus discrets.

Et une observation intrigue particulièrement l’équipe. Le 1er août 2026, à 18 heures, un important rassemblement est observé en Écosse. Au même moment, des requins hâ sont également signalés au large de l’île de Ré. “J’ai l’impression que c’est le nouvel an pour eux, 1er août à 18 heures, c’est la fête”, s’amuse Jérôme Bourdillon, le réalisateur. Une boutade qui résume assez bien l’esprit du film : rire de ce que l’on ne comprend pas encore, sans cesser d’essayer de le comprendre.

Pèlerinhâge en Écosse

Réalisé par Armel Ruy et écrit par Armel Ruy. 53 minutes.

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Éloge de la lenteur : un chêne sur la Loire

Le projet pourrait sembler légèrement fou : choisir un chêne, l’abattre puis creuser son tronc à la hache pour fabriquer une pirogue monoxyle selon une technique vieille de plusieurs millénaires. Édouard Cortès finit par trouver son arbre non loin de chez lui, près de Sully-sur-Loire. La partie basse devient embarcation, une autre est conservée pour fabriquer une table et des bancs, les branches servent de bois de chauffage.

Restait à choisir le fleuve. La Dordogne ou la Loire ? Cette dernière l’emporte pour une raison intime. Edouard Cortès l’avait découverte à 30 ans, lorsqu’il travaillait comme berger sur ses rives. "J’ai eu tous les levers de soleil et les couchers de soleil sur la Loire pendant les mois de garde du troupeau, et je suis devenu amoureux du fleuve", raconte-t-il lors d’un échange aux Écrans de l’Aventure, à l’occasion de la présentation de son ouvrage Sur le fleuve.

Avec sa pirogue, et sa chienne embarquée dans l’aventure avant qu’elle ne soit trop vieille, pas de record à battre. La lenteur fait même partie du voyage. L’aventure devient une manière de regarder autrement un paysage que l’on croit connaître. Et prolonge chez Édouard Cortès une hésitation qu’il ne cherche surtout pas à trancher : rester ou partir, s’enraciner ou voyager. "Je prends l’arbre qui s’enracine et le chêne qui voyage", résume-t-il. Une Loire contemplative, donc.

Sur le fleuve

Édouard Cortès, Éditions des Équateurs Littérature, septembre 2026, 304 p., 22,50€.

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À quelques pages de distance dans la programmation du festival, la mer de Cyril Hofstein et Marie Détrée a, elle, nettement moins le temps de rêvasser.

Ceux qui vont en mer pour travailler

Dans Haute mer. Les derniers forçats de la mer, le journaliste et grand reporter Cyril Hofstein raconte, accompagné par les dessins de la peintre officielle de la Marine Marie Détrée, un monde maritime que nous ne voyons presque plus : celui des marins-pêcheurs. Pas la mer des vacances, des plages ou de la plaisance, mais celle des quarts, du froid, de la fatigue, de la promiscuité et d’un métier physiquement éprouvant.

"Ils prennent la mer pour bosser, pour nourrir les siens et les autres. Ça, me passionne", explique Cyril Hofstein. Car ce qu’il est allé chercher à bord n’est pas l’exploit ou la performance. C’est le quotidien de ceux qui continuent de partir alors que, selon lui, "la mer finalement, elle a presque disparu de la vie" et que le métier de marin-pêcheur se raréfie.

La frontière avec l’aventure devient alors intéressante. Chez Cortès, on choisit de descendre un fleuve dans une embarcation taillée à la main. Chez Hofstein, les hommes embarquent d’abord pour gagner leur vie. Pourtant, tous se retrouvent face à un élément qui n’a pas grand-chose à faire de leurs projets. "La mer, c’est un endroit de jeu et en même temps c’est un endroit mystérieux, c’est un endroit qui fascine", observe Cyril Hofstein. Il aimerait qu’on la regarde de nouveau "dans toute sa dureté, dans toute sa beauté, dans tout son mystère et en même temps sa force et sa générosité".

Haute mer

Les derniers forçats de la mer, Marie Détrée et Cyril Hofstein, éditions Arthaud, octobre 2025, 144p., 16,99€.

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Un monde qui ne se laisse pas domestiquer

C’est peut-être là que se rejoignent ces trois récits présentés aux Écrans de l’Aventure. Pas seulement parce qu’il y est beaucoup question d’eau. Mais parce que l’eau y dicte chaque fois sa loi. Elle déplace le plancton et rend les requins pèlerins introuvables. Elle impose à une pirogue son courant, ses bancs de sable et son rythme. Elle secoue les hommes qui partent travailler au large. Dans les trois cas, impossible de tout prévoir, encore moins de tout maîtriser. Même la science doit accepter cette temporalité. Les recherches sur les rassemblements de requins Hâ pourraient demander des années avant d’en comprendre les cycles et les raisons.

C’est aussi ce qui rend ces histoires d’aventure si contemporaines. Elles ne racontent plus seulement des hommes partis conquérir des territoires ou repousser leurs limites. Elles montrent des humains obligés de composer avec plus grand qu’eux : un animal dont on ignore encore beaucoup, un fleuve dont il faut suivre le cours, une mer capable de nourrir autant que de malmener. Autrement dit, partir à l’aventure ne consiste peut-être plus tant à vaincre le monde sauvage qu’à réapprendre à y trouver sa place.