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Ces épiceries qui réveillent les campagnes

Que faire quand ferme le dernier commerce d’un village ? À la fois boutiques et lieux de retrouvailles, les Comptoirs de campagne raniment des communes totalement délaissées. Reportage à Pierreclos, dans le Mâconnais.

Le 21/05/2021 par Florence Quille
(Crédit : Comptoirs de campagne)
(Crédit : Comptoirs de campagne)
(Crédit : Comptoirs de campagne)

Tablier en toile grise et large sourire, Géraldine Merveille profite d’un rare temps mort pour arranger sa vitrine. En juillet 2020, cette viticultrice est venue s’installer à Pierreclos (Saône-et-Loire) pour ouvrir un Comptoir de campagne, sorte de supérette multi-services à la disposition des 900 habitants du village. Tantôt postière, épicière, boulangère, préposée à la Française des Jeux, cantinière, vendeuse de presse, elle s’efforce, avec sa collègue Séverine Laurent, de combler le vide laissé par le déclin du commerce.

Dans les années 2000, la clientèle de ce village viticole cède aux sirènes des centres commerciaux. Mâcon est à 12 kilomètres à peine. Progressivement, les habitants désertent le commerce local, signant son arrêt de mort. En 2014 ferme la dernière boulangerie, suivie par le bureau de poste et la boucherie un an plus tard.

En 2018, l’unique épicerie du village baisse à son tour le rideau. « Là on a pris peur », avoue Rémy Martinot, maire de Pierreclos depuis 1989. « Faire 4 km en voiture pour acheter le pain, 5 pour le journal ou les produits frais… C’était intenable. » L’élu prend contact avec quelques grandes enseignes. Sans suite. « Un commerce offrant les mêmes produits qu’au supermarché mais plus chers n’avait aucune chance de tenir. »

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SOS dans le JT de Jean-Pierre Pernaut

En 2019, il lance un SOS dans le journal télévisé de Jean-Pierre Pernaut pour dénicher un gérant. Deux jours plus tard, Comptoirs de Campagne se dit intéressé… « Je n’avais jamais entendu parler de cette enseigne, raconte l’élu. Je suis allé observer le Comptoir le plus proche, à Lancié. Et le concept m’a enthousiasmé. »

L’enseigne a été créée par Virginie Hils, ancienne cadre de l’agro-alimentaire. Choquée par les marges considérables réalisées par les distributeurs, elle réinvente l’épicerie de village avec des produits locaux vendus en circuit court et toute un panel de services de proximité : presse, billets SNCF, bureau de Poste, dépôt de pain, pressing…Ce modèle permet de mutualiser les moyens et  lutter contre la désertification des villages. Le premier comptoir ouvre en 2016 à Champdieu, petit bourg de 1 900 habitants et une boulangerie pour seul commerce. Neuf autres suivront en Auvergne-Rhône-Alpes.

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Pierreclos, inauguré en juillet 2020, est le dernier né de l’enseigne. La mairie a investi 390 000 euros dans un magasin flambant neuf de 100 m2 à l’entrée du village. « Avec une extension possible de 50 m2 », précise Rémy Martinot, qui imagine déjà une partie bistrot un peu plus vaste. Loyer : 400 euros mensuels. « Si l’on veut des services de proximité, il faut mettre la main à la pâte » estime l’élu qui soutient activement le projet. « Il passe nous voir tous les jours », apprécie Séverine Laurent, qui gère la boutique ce matin.

Retrouver de la convivialité

Entre deux clients venus acheter des viennoiseries, elle valide une grille de Loto et rassure Mireille qui a oublié son porte-monnaie. « Tu me paieras demain ! » Installée dans le village depuis 15 ans, Séverine connait chacun par son prénom et offre le café aux habitués.

Gilles, baguette tradition et journal local sous le bras, est de ceux-là. Chaque matin, ce retraité « descend » à pied jusqu’au comptoir faire ses emplettes. « Dans le temps, on se retrouvait au bar avec les anciens pour discuter. Mais il a fermé. Aujourd’hui, il n’y a plus que le « comptoir » pour trouver un peu de convivialité. C’est précieux. ». Ouverte 6 jours sur 7 et en soirée le vendredi, l’épicerie-cantine-services est vite devenue l’agora du village. L’ultime lieu de rencontres, depuis la fermeture en décembre du restaurant.

Devant une planche de charcuteries locales, on s’échange les dernières nouvelles du fiston qui passe le brevet cette année ou de Marinette, 80 printemps et deux côtes cassées après une mauvaise chute… Toute une vie sociale se tisse entre les murs de cette épicerie offrant un accueil à l’ancienne et des services 2.0. Le soir venu, on pousse les étagères pour accueillir soirées cinéma, concerts ou dégustation de bières locales pour la Saint Patrick.

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Franchise de Comptoir de campagne

« Durant le premier confinement, l’épicerie était le seul lieu ouvert et l’unique source de contact pour beaucoup de personnes seules », souligne Virginie Hils, qui a pu mesurer l’enjeu social de son projet. « Dans son sillage, le comptoir fédère les énergies et redonne du dynamisme aux associations locales. »

Sollicitée de toutes parts par des élus locaux aux abois, la start-up lyonnaise qui emploie une quarantaine de salariés (la moitié dans les boutiques, l’autre au siège) lance cette année une franchise. Comptoir de campagne apportera son savoir-faire et ses acheteurs, laissant au commerçant la gestion de son épicerie en autonomie. Une levée de fonds de plus de 3 millions d’euros auprès d’acteurs de l’économie sociale et solidaire vient d’être bouclée pour financer cette nouvelle étape. Ouverture du premier Comptoir franchisé prévue courant 2021 à St-Etienne-le-Molard, dans la Loire.

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