Il était agent de sécurité. Un cancer de la gorge, puis l’ablation de son larynx, l’ont privé de sa voix et de son emploi. Pour lui rendre l’une et l’autre, l’oncologue Vishal Rao envisage d’abord une collecte destinée à financer l’une des deux prothèses vocales disponibles, importées des États-Unis ou d’Europe (environ 870 euros l’unité). Un ami lui renvoie alors une question simple : combien de collectes faudra-t-il organiser pour aider tous les autres patients ? Chaque année en Inde, ce sont environ 30 000 personnes qui sont diagnostiquées avec ce type de cancer. De cette impasse naît en 2015, après deux ans de R&D, l’Aum Voice Prosthesis. Il s’agit d’une petite valve en silicone médical conçue et fabriquée en Inde, proposée à 50 roupies (45 centimes d’euro) aux plus modestes dans le cadre d’une initiative.
Vishal Rao racontait cette démarche fin avril dernier à Bangalore, lors du Frugal Innovation Forum organisé par l’Institut français en Inde, dans le cadre de l’Année franco-indienne de l’innovation. La santé y occupait une place à part : quand l’accès au soin dépend du prix d’un dispositif, d’une prise électrique ou de la distance jusqu’à l’hôpital, la contrainte devient le point de départ de la conception. Mais “frugal” ne signifie ni rudimentaire ni médicalement dégradé. Il s’agit de retirer le superflu tout en préservant ce qui soigne.