Une main tenant une pelle avec du charbon de bois au-dessus du sol de jardin.
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Biochar : ce charbon végétal peut-il vraiment aider les champs à résister à la sécheresse ?

Incorporé au sol, le biochar peut améliorer sa porosité, retenir davantage d’eau et limiter certaines pertes de nutriments.

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En bref

  • Le biochar est un charbon végétal obtenu par pyrolyse de biomasse et incorporé au sol.
  • Sa structure poreuse peut améliorer la rétention d’eau, surtout dans les sols sableux, pauvres ou dégradés.
  • Les méta-analyses observent des gains moyens de rendement compris entre 11 % et 16 %, loin des résultats spectaculaires parfois avancés.
  • Son efficacité dépend du sol, de la dose, de la matière première et des pratiques agricoles auxquelles il est associé.

À gauche, une prairie jaunie, presque rase. À droite, une herbe encore verte et une réserve de foin. “Deux champs. Même canicule. Un seul est encore vert”, affirme Terra Fertilis dans une vidéo publiée sur LinkedIn. L’entreprise normande, qui produit et commercialise du biochar, attribue ce contraste à un apport réalisé quatre ans plus tôt sur la parcelle de son fondateur, Stéphane Ledentu. Selon la publication, la récolte de foin aurait doublé sans recours aux engrais depuis lors, tandis que la biomasse de lombrics serait passée de 250 grammes à 3 tonnes par hectare. L’investissement initial, évalué à 1 000 euros par hectare, est présenté comme amortissable sur cent ans, soit 10 euros par an.

Le contraste est spectaculaire. La vidéo ne permet toutefois pas, à elle seule, de mesurer la part exacte du biochar dans le résultat observé, tant la réponse d’une prairie dépend aussi de la nature du sol, de son histoire et des pratiques agricoles. Ces images rejoignent néanmoins les conclusions de plusieurs études : dans certaines conditions, le biochar peut améliorer la structure du sol et sa capacité à retenir l’eau.

Le biochar, une éponge sous terre

Le biochar est obtenu en chauffant du bois ou d’autres biomasses à haute température, en présence de très peu d’oxygène. Cette pyrolyse produit un charbon riche en carbone, destiné non pas à être brûlé, mais à être incorporé au sol. Sa structure poreuse peut réduire la densité de la terre, accroître sa porosité et retenir une partie de l’eau et des éléments nutritifs.

Le biochar ne crée évidemment pas d’eau, mais il peut en conserver davantage après une pluie ou une irrigation, puis ralentir son départ hors de la zone accessible aux racines. Une méta-analyse publiée en 2023 dans la revue Geoderma, rassemblant 939 observations, conclut à une amélioration globale de la capacité de rétention d’eau. Mais elle souligne aussi que l’effet dépend fortement de la texture du sol et des caractéristiques du biochar. Les bénéfices sont souvent plus marqués dans les sols sableux ou dégradés que dans les terres déjà riches et bien structurées.

Des rendements en hausse, mais rarement doublés

Les effets sur les récoltes sont eux aussi mesurables, mais moins spectaculaires que dans le post LinkedIn. Une autre méta-analyse, parue en 2023 dans le Journal of Cleaner Production, estime que le biochar augmente en moyenne les rendements de 14,5 %, l’efficacité d’utilisation de l’eau de 14,3 % et celle de l’azote de près de 14 %. Une autre synthèse mondiale, publiée en 2024 dans Agricultural Water Management, aboutit à des ordres de grandeur voisins : environ 11,2 % de rendement supplémentaire et près de 15 % de productivité hydrique en plus. Ces moyennes cachent toutefois de fortes disparités. Dans certains essais, les gains sont importants. Dans d’autres, le biochar produit peu d’effet, voire aucun.

Le doublement de la récolte de foin rapporté par Terra Fertilis reste donc un résultat singulier, très supérieur aux gains moyens observés dans la littérature scientifique. Les doses comptent également : de nombreux essais ayant obtenu les meilleurs résultats utilisent plusieurs tonnes, parfois plusieurs dizaines de tonnes de biochar par hectare. Le coût, le transport et les conditions d’épandage deviennent alors déterminants.

Un effet durable, pas une garantie centenaire

L’un des intérêts du biochar réside dans la stabilité de son carbone. Contrairement à une matière organique fraîche, rapidement décomposée, une partie peut persister longtemps dans le sol. Une méta-analyse publiée en 2024, fondée sur 981 séries d’observations issues d’essais suivis pendant plus de deux ans, rapporte une hausse moyenne des rendements de 16 % et une augmentation de 36 % du carbone organique du sol.

Mais les bénéfices agronomiques restent-ils stables dans le temps ? Une étude publiée en 2025 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, réunissant 3 229 observations, conclut que les effets des applications uniques tendent à s’atténuer avec le vieillissement du biochar. Les apports répétés pendant au moins quatre ans maintiennent mieux les gains de rendement et l’accumulation de carbone dans le sol. Cela ne signifie pas qu’il faille renouveler l’épandage chaque année : les auteurs appellent plutôt à déterminer des doses et des intervalles adaptés à chaque sol, à chaque climat et à chaque culture.

Un sol vivant, sous conditions

Le biochar peut aussi offrir des microhabitats aux bactéries et aux champignons, améliorer la disponibilité de certains nutriments et limiter leur lessivage. En France, trois années d’essais menées par le CTIFL sur la mâche et le poireau suggèrent ainsi qu’il peut contribuer à réduire les pertes de nitrates. Il ne remplace toutefois pas automatiquement les engrais. Une prairie continue d’exporter de l’azote, du phosphore ou du potassium à chaque fauche. Ces éléments peuvent être apportés par des légumineuses, du fumier, les déjections animales ou les réserves du sol, mais ils ne sont pas créés par le biochar.

Le biochar ne constitue pas une solution universelle contre la sécheresse. Son efficacité dépend du sol, de la biomasse utilisée, des conditions de pyrolyse, de la dose appliquée et des pratiques agricoles auxquelles il est associé. Les résultats les plus convaincants apparaissent souvent dans les terres pauvres, sableuses ou dégradées.

À mesure que les sécheresses s’intensifient, son intérêt réside moins dans la promesse d’un sol rendu invulnérable que dans sa capacité à renforcer, parmi d’autres leviers, la résilience des cultures. Couvertures végétales, apports de matière organique, réduction du travail du sol et diversification des cultures restent tout aussi déterminants. Le biochar peut contribuer au bon fonctionnement d’un sol vivant, mais il n’en remplace ni la complexité ni l’entretien.

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