Dans le "petit canal de Methana", comme l'appellent les habitants du Péloponnèse, l'eau turquoise de la mer Égée, le maquis verdoyant et la roche blanche donnent l'illusion d'un coin de paradis. Mais à y regarder de plus près, la lumière révèle des formes qui n'ont rien de naturel : anneaux de plastique perforés, tubes noirs brisés, débris dérivant au gré du vent. Installée en 1989 et abandonnée depuis plusieurs années, une ferme aquacole se désagrège lentement, relâchant dans la baie son architecture disloquée que la mer régurgite peu à peu.
En surface, rien ne permet de mesurer l'ampleur des dégâts. Mais à 43 mètres de profondeur, là où les plongeurs bénévoles ne restent qu'une vingtaine de minutes avant de remonter par palier, les vestiges épars recouvrent le fond. Là, le bleu se fait plus dense, presque opaque, et les formes apparaissent au dernier moment. Des scooters sous-marins aident à quadriller plus rapidement la zone : filets effondrés, bouts de pontons, deux petites embarcations couchées sur le flanc… "Il y a tellement de déchets qu’on ne sait par où commencer", confie Veronika Mikos, directrice de Healthy Seas. Le chantier est immense, et chaque geste rappelle combien les fonds marins gardent longtemps la trace de ces abandons.