Et si le cachemire de demain était fabriqué à partir de vieilles plumes et de chutes de laine ? C'est le pari d'Everbloom, une start-up new-yorkaise qui a développé Renoa, une nouvelle fibre textile capable d'imiter les propriétés des matières les plus nobles. Douce, légère et résistante au lavage, elle ambitionne de concurrencer le cachemire, tout en valorisant des déchets jusqu'ici peu exploités.
L'enjeu est de taille pour une industrie textile particulièrement gourmande en ressources naturelles. En valorisant des matières jusqu'ici peu exploitées, Renoa pourrait contribuer à réduire le recours aux fibres vierges, sans sacrifier la qualité ni le confort des vêtements. Une innovation qui vient d'obtenir une première reconnaissance officielle aux États-Unis par la Federal Trade Commission. Elle bénéficie désormais d'une désignation provisoire comme nouvelle catégorie de fibre textile. Une première depuis 25 ans.
Des plumes transformées en fil textile grâce à l’IA
À l'origine de Renoa, une matière première inattendue : les protéines présentes dans les déchets textiles et les sous-produits de l'industrie de la literie. Chutes de laine, résidus de cachemire, duvet et plumes sont autant de ressources qu'Everbloom entend transformer en fibres utilisables pour fabriquer de nouveaux vêtements. Le secret réside dans la kératine, une protéine naturellement présente dans la laine, les cheveux ou les plumes.
Les déchets sont d'abord transformés en poudre, puis mélangés à un biopolymère biodégradable. Le mélange est ensuite chauffé et extrudé pour obtenir des filaments dont la finesse et les caractéristiques peuvent être adaptées aux propriétés recherchées. Pour optimiser cette transformation, Everbloom a développé son propre modèle d'intelligence artificielle, baptisé Braid AI. Celui-ci prédit notamment la douceur, la résistance, la texture et la capacité des fibres à absorber les teintures.
Selon l'entreprise, cette modélisation permet de ramener certaines phases de développement, qui nécessitaient auparavant deux mois d'expérimentations, à seulement deux semaines. Autre avantage : les fibres obtenues seraient compatibles avec les équipements existants de filature et de production textile. Un élément essentiel pour envisager une fabrication à grande échelle, sans reconstruire toute une chaîne industrielle.
Le toucher du cachemire, sans ses contraintes ?
C'est d'abord sur le terrain du cachemire qu'Everbloom souhaite faire ses preuves. Cette matière prisée pour sa douceur possède plusieurs inconvénients : son prix, son entretien délicat et son impact environnemental. L'élevage des chèvres cachemire contribue notamment à la dégradation des pâturages en Mongolie, où la pression du cheptel sur les écosystèmes constitue un enjeu majeur.
Renoa pourrait permettre de réduire la quantité de cachemire vierge nécessaire à la confection des vêtements. Selon les premiers tests, un mélange composé de 80 % de cachemire et de 20 % de Renoa offre une sensation très proche de celle du cachemire traditionnel. Et Everbloom promet une très bonne résistance de la matière dans le temps, sans boulochage ni rétrécissement, dans un cadre d’utilisation classique.
Jusqu'à 92 % d'émissions en moins ?
Au-delà du confort, Everbloom mise sur l'argument environnemental. Selon une évaluation réalisée par Boundless Impact Research & Analytics pour le compte de la start-up, la production de Renoa nécessiterait 50 % d'eau en moins que celle du cachemire, 30 % de moins que la laine et plus de 99 % de moins que la soie. Les émissions de gaz à effet de serre seraient également réduites : 62 % de moins que le cachemire, 76 % de moins que la laine et jusqu'à 92 % de moins que la soie.
Au-delà de ces économies de ressources, Renoa présente un autre atout : donner une seconde vie à des matières qui auraient autrement été jetées. Une approche qui s'inscrit dans une logique d'économie circulaire, en limitant le recours aux fibres vierges. Reste désormais à confirmer ces performances à grande échelle, lorsque la production passera du stade expérimental à une véritable industrialisation.
Premiers vêtements attendus en 2027
Le passage à l'échelle industrielle est en bonne voie : la jeune entreprise, qui a levé 8 millions de dollars pour son développement, travaille en collaboraton avec plusieurs marques de vêtements pour intégrer sa fibre dans de nouvelles pièces ces prochains mois. Les premiers produits devraient être commercialisés au deuxième trimestre 2027, vraisemblablement sous forme de mélanges intégrant environ 20 % de Renoa. L'objectif est de proposer des vêtements offrant les qualités des fibres haut de gamme à un prix plus accessible.
En outre, cette innovation illustre une évolution intéressante : plutôt que de chercher systématiquement de nouvelles ressources à exploiter, l'industrie textile pourrait apprendre à fabriquer ses matières premières à partir de celles qu'elle possède déjà.