Excavatrice jaune sur un chantier de construction près d'une route endommagée et d'un canal.
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Le réchauffement climatique, un marché lucratif pour les ultra-riches

Après les catastrophes naturelles, ici des inondations en Malaisie, la remise en état des infrastructures représente un marché important pour les entreprises de reconstruction.

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En bref

  • Selon Oxfam, les 0,1 % les plus riches émettent davantage de CO₂ que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres réunies.
  • Les investissements de 1 000 milliardaires ont généré 486 millions de tonnes de CO₂e en 2025, selon les calculs de l'ONG.
  • BlackRock et Vanguard détiennent des participations dans des entreprises polluantes, mais aussi dans celles qui préparent et réparent les catastrophes climatiques.
  • Le marché mondial de la préparation et de la réparation des catastrophes pourrait atteindre 92 milliards de dollars par an d'ici 2029, selon les projections reprises par Oxfam.

Des bunkers souterrains, des équipes privatives de pompiers, des assurances sur mesure… Face aux catastrophes climatiques, les ultra-riches peuvent s'offrir des protections inaccessibles au reste de la population. Mais certains ne se contentent pas de se mettre à l'abri. Ils peuvent aussi gagner de l'argent grâce aux industries qui alimentent le réchauffement… puis aux entreprises chargées d'en réparer les dégâts.

"Les ultra-riches mettent le feu à la planète, puis font payer les autres pour les extincteurs", dénonce Amitabh Behar, directeur général d'Oxfam International. Une formule choc qui résume les conclusions du rapport Disaster Divide, publié le mardi 27 octobre 2026, à l'approche de la COP31 en Turquie. L'ONG y décrit un "double dividende" climatique : les grandes fortunes peuvent tirer profit des activités responsables du dérèglement, mais aussi de celles qui répondent à ses conséquences.

Les ultra-riches, champions des émissions de CO₂

Premier constat : les émissions sont très inégalement réparties. Selon Oxfam, les 0,1 % les plus riches de la planète, soit huit millions de personnes, émettent davantage de CO₂ que les 3,5 milliards d'individus les plus pauvres réunis. Leur empreinte carbone représente même plus de trois fois les émissions de l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, où vivent 1,3 milliard d'habitants.

Les jets privés, yachts et résidences de luxe contribuent à ce bilan. Mais la responsabilité climatique des grandes fortunes se joue aussi dans leurs portefeuilles financiers. Dans une étude publiée dans Nature Climate Change en juin 2026, les économistes français Lucas Chancel et Yannic Rehm ont établi qu'en 2022, le 1 % le plus fortuné était associé à 41 % des émissions attribuables à la propriété privée des entreprises, contre 15 % des émissions calculées selon la consommation. Deux méthodes aux périmètres différents, qui montrent l'importance de prendre en compte les investissements.

Des portefeuilles financiers très carbonés

Oxfam a également analysé les participations de 1 000 milliardaires dans 1 095 entreprises. Selon ses calculs, les émissions associées à ces investissements atteignaient 486 millions de tonnes de CO₂ équivalent en 2025. Surtout, 71 % des investissements étudiés concernaient des secteurs à fort impact climatique, contre 63 % pour les entreprises composant l'indice S&P Global 1200. L'analyse ne couvre toutefois pas l'intégralité de leurs portefeuilles.

Ces émissions ont des conséquences bien réelles. Une autre étude publiée en mai 2025 dans Nature Climate Change estime que celles des 10 % les plus riches sont responsables d'environ deux tiers du réchauffement mondial observé entre 1990 et 2020. Le seul 1 % le plus riche en représenterait un cinquième. Or les personnes les plus aisées disposent aussi des moyens de se protéger des conséquences de ce réchauffement.

La reconstruction, un marché en pleine expansion

Mais Oxfam s'est intéressée à un autre phénomène : les bénéfices économiques générés par les catastrophes climatiques. Lorsqu'une inondation détruit des habitations ou qu'un incendie ravage une région, des entreprises sont sollicitées pour intervenir. Fabricants de barrières anti-inondation, fournisseurs de matériel anti-incendie, spécialistes du refroidissement, sociétés de reconstruction… Selon les projections reprises par Oxfam, le marché mondial de la préparation et de la réparation des catastrophes pourrait passer de 70 à 92 milliards de dollars par an d'ici 2029.

Ces activités peuvent être particulièrement rémunératrices. Entre 2019 et 2024, l'indice Bloomberg regroupant des entreprises de préparation et de réparation des catastrophes a enregistré une performance boursière supérieure de dix points par an à celle du S&P 500, selon le rapport. Un résultat qui témoigne de l'intérêt financier de ce secteur, sans garantir ses performances futures.

Blackstone, un exemple de "double dividende"

Le rapport cite notamment Blackstone, géant américain du capital-investissement. Jusqu'à récemment, le groupe détenait Servpro, une entreprise spécialisée dans la remise en état de bâtiments après des incendies et des inondations. Parallèlement, Blackstone a investi dans des infrastructures fossiles, dont la centrale à charbon Gavin, dans l'Ohio, revendue en 2025. Un exemple de la présence d'un même acteur financier dans des activités fortement émettrices et dans celles qui interviennent après les catastrophes.

Pour mesurer l'ampleur du phénomène, Oxfam a construit un indice baptisé "Destroy & Rebuild" ("Détruire et reconstruire"), réunissant 217 entreprises polluantes ou actives dans la préparation et la réparation des catastrophes. Vanguard détient des participations dans 177 d'entre elles, pour 584 milliards de dollars. BlackRock est présent dans 176 sociétés, avec 508 milliards de dollars investis. L'ensemble des entreprises étudiées a réalisé en moyenne 1,8 milliard de dollars de bénéfices en 2025 et distribué plus d'un milliard chacune à ses actionnaires, selon l'ONG.

Les plus pauvres paient le prix fort

Pendant ce temps, les populations les plus vulnérables supportent une grande partie des conséquences. Une famille aisée peut protéger son habitation, s'assurer ou déménager. Pour un ménage précaire, une catastrophe peut signifier la perte de son logement, de ses récoltes et de ses revenus, sans disposer des moyens nécessaires pour se relever.

Selon Oxfam, les inondations provoquent sept fois plus de décès dans les pays les plus inégalitaires. L'ONG estime également que les seules émissions produites en 2023 par le 1 % le plus riche pourraient entraîner environ 1,9 million de décès supplémentaires liés à la chaleur au cours des cent années suivantes. Il s'agit d'une projection statistique, non de morts déjà constatées. Quelque 78 % de ces décès surviendraient dans des pays à revenu faible ou intermédiaire de la tranche inférieure.

Quand les catastrophes deviennent des occasions d'affaires

Oxfam dénonce aussi ce qu'on appelle le "capitalisme du désastre" : des situations d'urgence mises à profit pour imposer des politiques favorables aux intérêts privés. Privatisation de services publics, accaparement de terres, déréglementation, allègements fiscaux pour les plus riches… Le rapport cite notamment Porto Rico, où le réseau électrique a été confié à des opérateurs privés après l'ouragan Maria, en 2017. En avril 2022, une nouvelle panne générale a plongé l'île dans le noir.

Les marchés alimentaires peuvent également offrir des occasions de profits. En mars 2024, les cours du cacao avaient ainsi augmenté d'environ 231 % sur douze mois, notamment après de mauvaises récoltes en Afrique de l'Ouest. Une flambée dont les petits producteurs n'ont pas nécessairement profité, contrairement à certains négociants qui ont pu tirer avantage de la volatilité des prix.

Comment éviter que l'adaptation ne devienne un privilège ?

Faut-il pour autant considérer les entreprises de l'adaptation comme des profiteuses ? Construire des digues, protéger les bâtiments contre les fortes chaleurs ou développer des systèmes d'alerte permet de sauver des vies. Mais un marché répond d'abord à une demande solvable, pas nécessairement aux besoins des populations les plus exposées. Le problème est d'autant plus pressant que les financements manquent. Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement, les pays en développement auraient besoin de 310 à 365 milliards de dollars par an d'ici 2035 pour s'adapter. Or les financements publics internationaux n'atteignaient que 26 milliards en 2023.

À l'approche de la COP31, Oxfam réclame une fiscalité renforcée sur les grandes fortunes et les entreprises polluantes, un triplement des financements de l'adaptation d'ici 2035, sous forme de dons plutôt que de prêts, et des services publics plus résilients. L'ONG demande également de limiter le pouvoir des entreprises dans les secours, la reconstruction et les systèmes alimentaires en période de catastrophe. Car l'adaptation au réchauffement climatique est déjà un marché. Reste à savoir qui en récoltera les bénéfices et comment éviter que la protection contre les catastrophes ne devienne, elle aussi, un privilège réservé aux plus riches.

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