Deux personnes inspectent des plantes dans un champ agricole par une journée ensoleillée.
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Agroécologie : Covalo veut partager la facture de la transition agricole

Avec COVALO, la transition agroécologique se pense à l’échelle de toute l’exploitation et se finance collectivement.

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En bref

  • COVALO est un programme porté par l’association Pour une Agriculture du Vivant pour mutualiser les coûts et les risques de la transition agroécologique entre les acteurs d'un même territoire.
  • 180 agriculteurs et 12 000 hectares étaient engagés dans la coalition des Hauts-de-France en juin 2026, avec un objectif national de 4 400 agriculteurs.
  • Le financement associe des primes versées par les filières agroalimentaires, des paiements pour services environnementaux et des offres bancaires préférentielles.
  • Les premiers résultats montrent une progression des pratiques agroécologiques, mais les effets à long terme sur les revenus, les sols et la résilience des exploitations restent à démontrer.

Une exploitation agricole ne produit pas uniquement du blé ou des pommes de terre. Au fil des saisons, elle alterne cultures céréalières, betteraves, légumes ou légumineuses. Pourtant, les programmes de transition agroécologique sont souvent organisés filière par filière : un industriel accompagne ses producteurs de pommes de terre, un autre ceux de betteraves. Résultat : des diagnostics répétés, des conseils parfois contradictoires et une facture pour les exploitants.

C’est ce fonctionnement que veut bousculer Covalo (COopération et VALOrisation), projet porté depuis 2024 par l’association Pour une Agriculture du Vivant (PADV), avec le soutien de France 2030. Son livre blanc évalue à 150 euros par hectare les coûts supplémentaires des pratiques et des risques liés à la transition, hors machinisme. Son pari : réunir autour de chaque ferme tous ceux qui dépendent de ses récoltes pour partager les coûts, les risques et, à terme, les bénéfices de la transition. Un défi lorsque les partenaires sont parfois concurrents.

Ne plus raisonner culture par culture

Prenons une exploitation des Hauts-de-France qui cultive pommes de terre, betteraves et blé. Couvrir les sols entre deux récoltes, diversifier les rotations, limiter leur travail ou accroître la matière organique bénéficie à l’ensemble de l’exploitation. Mais chaque acheteur ne s’intéresse généralement qu’à la matière première qu’il achète. Pourquoi financer seul des pratiques profitant aussi aux autres ?

Covalo change d’échelle : ce n’est plus la filière qui est au centre, mais la ferme et toute sa rotation. Coopératives, industriels et distributeurs peuvent ainsi financer ensemble un même diagnostic et un accompagnement coordonné. L’objectif, nous explique David Diane, directeur de la communication de Pour une Agriculture du Vivant (PADV), est d’engager "non pas la transition d’une filière, mais la transition de la ferme". Un même coût pourrait ainsi être réparti entre davantage de partenaires, selon la composition des coalitions.

Un outil commun, plutôt que des injonctions contradictoires

Autre changement : un seul référentiel, l’Indice de Régénération (IR), développé par PADV. Noté sur 100, il évalue les pratiques agricoles à partir de critères concernant les sols, les cultures et le paysage. Il sert à établir un diagnostic initial, puis à construire une trajectoire de progrès. L’agriculteur conserve la liberté de choisir son conseiller spécialisé en agroécologie, chargé de coordonner les recommandations de ses autres techniciens.

Cette simplification semble répondre à une attente réelle. Lors d’une table ronde consacrée à Covalo durant le World Living Soils Forum en juin 2026, l’agriculteur Jérôme Hary, engagé dans le programme, y voit "un gage de simplicité et de gain de temps". Une seule démarche pour toutes ses productions, un indicateur partagé et la possibilité de choisir son conseiller technique : de quoi éviter la multiplication des dossiers et les recommandations contradictoires.

Qui paie quoi ?

Dans les Hauts-de-France, territoire pilote, trois mécanismes se complètent. Des acteurs privés contribuent au financement des nouvelles pratiques agricoles, notamment à travers une prime agroécologique minimale de 100 euros par hectare, accessible sous conditions de score IR et de contractualisation. Les acteurs publics peuvent payer les services rendus à l’environnement, par exemple la protection de l’eau. Et la banque intervient sur les investissements nécessaires à l’évolution des pratiques.

L’Agence de l’eau Artois-Picardie soutient ainsi un paiement pour services environnementaux (PSE) doté de 7 millions d’euros sur cinq ans, au bénéfice de 85 agriculteurs. En juin, les partenaires annonçaient 1,2 million d’euros de versements pour 2026. De son côté, le Crédit Agricole Nord de France propose, avec son offre "Transition+", des conditions de crédit et d’assurance préférentielles selon les performances environnementales des exploitations. Plus de 6 millions d’euros de financements avaient été accordés en un an. L’objectif n’est pas seulement écologique : pour la banque, préserver la santé des sols, c’est aussi limiter les risques de défaillance de ses clients face aux aléas climatiques. Olivier Dupire, "expert transition agricole et alimentaire du Crédit Agricole Nord de France, espère que ces efforts se traduiront par “une baisse de la sinistralité territoriale."

Les industriels ont aussi quelque chose à y gagner

McCain, géant de la pomme de terre, participe à la coalition aux côté d’autres acteurs privés comme Bonduelle, Tereos ou Coopérative U. Son intérêt est très concret : maintenir des rendements suffisants et sécuriser les approvisionnements de ses usines. L’objectif est que les agriculteurs "arrivent à livrer leur contrat maintenant, demain, dans 10 ans, dans 15 ans et dans 20 ans", explique Charles Desutter, responsable du développement durable chez McCain Europe. Autrement dit, la régénération des sols n’est pas seulement un argument environnemental : c’est aussi une stratégie industrielle.

L’enjeu dépasse la pomme de terre. Une ferme peut approvisionner simultanément plusieurs industriels. Le même effort agronomique peut donc bénéficier à plusieurs chaînes de valeur. Reste à déterminer combien chaque entreprise apporte et comment garantir la rémunération des agriculteurs. La réponse dépendra de la transparence des contrats et de la durée des engagements.

Des résultats prometteurs, mais encore fragiles

Dans les Hauts-de-France, COVALO rassemble 180 agriculteurs sur 12 000 hectares, avec 14 partenaires publics et privés. Trois nouveaux contrats ont été signés, concernant 98 producteurs de blé, de maïs et de pommes de terre, pour des engagements de trois à cinq ans. À l’échelle nationale, le programme fédère désormais près de 75 partenaires répartis entre cinq coalitions territoriales. En juin dernier, l’Indice de Régénération moyen atteignait 55/100. Les participants visent dix points supplémentaires et une baisse d’environ 10 % de leur bilan carbone net d’ici 2028.

D’après PADV, les exploitations concernées ont gagné en moyenne neuf points d’IR entre deux campagnes ; plus de 40 % sont passées dans une catégorie supérieure. Un signal intéressant, à manier avec prudence : l’association reconnaît elle-même que la météo plus favorable de 2025 a pu peser sur cette progression. Il faudra plusieurs années pour établir les effets sur la fertilité des sols, l’eau, les rendements et les revenus.

Cinq territoires, cinq équations différentes

Le programme concerne aussi la Normandie-Centre, l’Ouest, la Vendée–Deux-Sèvres et le Sud-Ouest, avec notamment NatUp, Terrena, Cavac et Val de Gascogne pour coordonner les coalitions locales. Plus de 70 partenaires y participent. L’ambition affichée est d’atteindre 4 400 agriculteurs à l’échelle nationale. À chaque fois, le modèle doit s’adapter aux cultures, au climat et aux acteurs économiques locaux.

La coopération doit également respecter le droit de la concurrence. Sollicitée par PADV, l’Autorité de la concurrence a publié en janvier 2025 des orientations informelles sur Covalo. Elles insistent sur des critères d’accès transparents, la protection des données agricoles et la vigilance nécessaire autour des échanges d’informations commerciales.

Le véritable test sera économique

Covalo a désormais dépassé le stade de la simple idée. Les coalitions se structurent, les premiers agriculteurs sont accompagnés et des financements circulent. Mais les primes pourront-elles durer ? Les bénéfices environnementaux seront-ils mesurables ? Et les agriculteurs y gagneront-ils vraiment en sécurité économique ? Si le pari fonctionne, la transition agroécologique cessera peut-être d’être une succession de programmes dispersés, supportés par les seuls producteurs. Elle deviendra une responsabilité partagée entre tous ceux qui vivent de la terre, sans nécessairement la cultiver.

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