Un ouvrier fatigué s'essuie le front dans une usine, tenant un casque de sécurité.
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Canicules : l’été 2026 pourrait coûter à l’Europe l’équivalent d’une année de croissance

Les travailleurs exerçant un métier physique, en extérieur ou dans un local non climatisé, figurent parmi les plus exposés aux pertes de productivité liées aux fortes chaleurs.

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En bref

  • Les chaleurs extrêmes pourraient amputer le PIB européen d’environ 1 % en 2026, soit près de 180 milliards d’euros.
  • La France serait la grande économie européenne la plus touchée, avec une perte estimée à 1,4 point de croissance.
  • La baisse de la productivité du travail constituerait le principal coût, devant les effets sur l’agriculture, l’énergie et les transports.
  • Ces chiffres sont des estimations modélisées par Triodos Bank à partir des températures relevées jusqu’à fin juillet et de projections pour la suite de l’année.

L’été 2026 est loin d’être terminé, mais sa facture prend déjà forme. Selon une étude publiée le 8 août par Triodos Bank et intitulée “Hot summer economics”, les chaleurs extrêmes pourraient coûter environ 180 milliards d’euros à l’Union européenne en 2026. L’équivalent de 1 % de son produit intérieur brut, peu ou prou la croissance attendue cette année. Autrement dit, les canicules pourraient effacer en quelques mois la totalité de la richesse supplémentaire que l’Europe espérait produire.

Ce chiffre ne correspond pas à une addition de dommages déjà constatés. Il s’agit d’une estimation réalisée par les économistes Hans Stegeman, Joeri de Wilde et Ernst Hobma à partir des températures enregistrées jusqu’à la fin juillet et d’une projection pour le reste de l’année. Les auteurs le reconnaissent : les effets se recoupent parfois, l’été est encore en cours et toute modélisation comporte une part d’incertitude. Leur calcul permet néanmoins de rendre visible un phénomène longtemps relégué à un horizon lointain : le dérèglement climatique pèse déjà sur l’activité économique.

La France particulièrement exposée

Parmi les principales économies européennes, la France serait la plus touchée. Triodos Bank estime que la chaleur pourrait lui retirer 1,4 point de croissance en 2026. Comme les prévisions étaient déjà modestes avant l’été, le PIB français pourrait finalement reculer d’environ 0,6 % par rapport à 2025. Cette vulnérabilité ne tient pas seulement aux températures atteintes. Elle vient surtout de leur caractère inhabituel au regard de ce que les travailleurs, les bâtiments et les infrastructures françaises sont préparés à supporter.

Les auteurs recensent 33 journées supérieures à 30 °C jusqu’au 31 juillet et en projettent 60 sur l’ensemble de l’année, contre 19 en moyenne historique. Cette dernière valeur reste une extrapolation : elle suppose qu’en France, 45 % des journées dépassant 30 °C surviennent habituellement à partir du mois d’août.

L’Italie et l’Espagne enregistrent davantage de jours très chauds, mais leur économie serait partiellement protégée par une meilleure acclimatation et une climatisation plus répandue. À l’inverse, la France combine une forte hausse du nombre de journées caniculaires, une adaptation encore limitée et une dépendance particulière à la production nucléaire, elle-même fragilisée lorsque les cours d’eau deviennent trop chauds ou insuffisants pour refroidir les centrales.

Travailler moins bien quand le thermomètre grimpe

La productivité du travail représenterait le premier poste de pertes. Les métiers exercés dehors ou dans des locaux non climatisés sont les plus exposés : agriculture, bâtiment, industrie, logistique ou transports. À mesure que la température augmente, les gestes ralentissent, les pauses deviennent plus fréquentes et les risques pour la santé imposent de réduire ou de décaler l’activité.

Le phénomène ne s’arrête pas aux portes des bureaux. La chaleur altère la concentration, perturbe le sommeil et rend les déplacements domicile-travail plus éprouvants. Elle favorise également l’absentéisme. Une étude d’Allianz citée par Triodos estime que la production horaire diminue d’environ 3 % pour chaque degré au-dessus de 30 °C lorsque cette température se prolonge plusieurs jours. D’autres travaux aboutissent à des effets plus mesurés, mais tous montrent que la chaleur finit par se répercuter sur la quantité de travail réalisée.

Pour comparer les pays, Triodos Bank a construit un indice mêlant quatre facteurs : la part de l’économie reposant sur des métiers physiquement exposés, la durée des trajets, la diffusion de la climatisation et l’habitude historique des températures élevées. À l’échelle européenne, la perte générale de productivité atteindrait ainsi environ 0,6 % du PIB.

Des champs aux centrales électriques

La chaleur ne frappe pas seulement les travailleurs. Elle affecte aussi directement les moyens de production. Dans l’agriculture, elle accélère l’évaporation, assèche les sols, perturbe la floraison et réduit les rendements. Les animaux d’élevage mangent moins et produisent moins de lait. En tenant compte des récoltes dégradées et de la hausse des prix alimentaires, Triodos Bank évalue l’impact à environ 0,15 point de PIB européen. Jonathan Chabert, responsable de la commission fruits et légumes de la Confédération paysanne, tire la sonnette d’alerte dans le Dauphiné Libéré : “Il y a des pertes partout, il y a des baisses de rendement partout. Malheureusement, ce constat concerne les productions de légumes, de plein champ, de maraîchage diversifié.” Et d’ajouter : “Nous serons obligés de répercuter nos coûts de production sur nos prix.”

L’énergie constitue un autre maillon sensible. La sécheresse réduit la production hydroélectrique, tandis que le faible débit et la température élevée des fleuves limitent le fonctionnement de certaines centrales nucléaires ou thermiques. Mercredi 12 août, le parc nucléaire français a atteint un record d'indisponibilités dites “environnementales” en raison des fortes chaleurs et de l’arrivée massive de méduses. Pas moins de 13 réacteurs étaient concernés et indisponibles simultanément, soit un total de 20,4 % des capacités de production amputées.

Même les panneaux photovoltaïques souffrent des canicules

La chaleur diminue également le rendement des panneaux photovoltaïques et fait bondir la demande de climatisation au moment même où la production électrique est sous tension. Lorsque les cellules solaires chauffent, le courant augmente légèrement, mais la tension diminue davantage, ce qui réduit la puissance délivrée. Selon les technologies, cette perte est généralement comprise entre 0,2 et 0,5 % par degré au-dessus d’une température de cellule de référence fixée à 25 °C. À 40 °C, la baisse atteint donc environ 3 à 7,5 %. Mais attention : il s’agit de la température des cellules, non de celle de l’air. En plein soleil, celles-ci peuvent dépasser 60 °C lorsque la température extérieure atteint 40 °C, avec une perte de puissance susceptible d’approcher 15 à 20 %. En intégrant l’ensemble des effets de la chaleur sur le système énergétique – recul des productions nucléaire, hydroélectrique, thermique et solaire, hausse de la demande et renchérissement de l’électricité –, Triodos Bank estime la perte entre 0,12 et 0,15 point de PIB européen.

Et les transports et la logistique ajouteraient environ 0,15 point supplémentaire. Les fortes températures déforment les rails et dégradent les routes. Le manque d’eau réduit le chargement possible des bateaux sur le Rhin, le Danube et les autres voies navigables, obligeant les entreprises à multiplier les rotations ou à se tourner vers des solutions plus coûteuses.

L’adaptation ne suffira pas

Une partie de ces dommages peut être évitée. Adapter les horaires de travail, isoler les bâtiments, créer des îlots de fraîcheur, modifier les périodes de semis ou renforcer la résistance des infrastructures permettrait de limiter les pertes pointe Triodos Bank. Une étude commanditée par la Commission européenne estime que l’adaptation pourrait réduire d’environ 40 % les effets de la chaleur sur la productivité, sans les faire disparaître.

La climatisation constitue la réponse la plus immédiate, mais aussi l’une des plus ambiguës. Elle protège les personnes et maintient l’activité, tout en augmentant la demande d’électricité lors des périodes où le système énergétique est le plus contraint. En outre, son coût en limite l’accès aux ménages les plus aisés, alors que les personnes vivant dans des logements mal isolés sont souvent les plus vulnérables.

Surtout, l’adaptation ne peut remplacer la réduction des émissions de gaz à effet de serre. World Weather Attribution estime que le réchauffement provoqué par les énergies fossiles a rendu les récentes vagues de chaleur européennes beaucoup plus probables et plus intenses. Chaque dixième de degré supplémentaire alourdit la facture sanitaire, écologique et économique. Le coût de l’action climatique reste régulièrement présenté comme un frein à la croissance. L’été 2026 montre désormais combien l’inaction peut, elle aussi, l’effacer.

Sources

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