Cartes de zones d'incendies et de chaleur à travers le monde avec différentes visualisations.
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Feux de forêt : les cartes pour suivre les flammes, les fumées et la pollution de l’air

Départs de feu, propagation des fumées, pollution de l'air : plusieurs services, de la NASA à Copernicus en passant par IQAir, permettent de suivre les différentes étapes d'un incendie.

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En bref

  • FIRMS et les cartes françaises permettent de repérer les points chauds et de suivre les incendies presque en temps réel, sans remplacer les informations officielles des autorités.
  • EFFIS et NASA Worldview montrent l’évolution des feux, les surfaces brûlées et les panaches visibles depuis l’espace.
  • CAMS modélise le déplacement des fumées et des polluants, qui peuvent parcourir des milliers de kilomètres sans toujours dégrader l’air au niveau du sol.
  • IQAir et Atmo France renseignent sur la qualité de l’air respiré, tandis que la Météo des forêts indique les territoires où les conditions favorisent les départs de feu.

Un point rouge vient d’apparaître au milieu d’un massif forestier. S’agit-il d’un incendie, d’un feu agricole ou d’une simple anomalie thermique ? À quelques centaines de kilomètres, une autre carte montre un vaste panache de fumée poussé par les vents. Une troisième signale une hausse des particules fines dans l’air.

Depuis un smartphone ou un ordinateur, il est désormais possible de suivre presque en direct plusieurs dimensions d’un feu de forêt. Les satellites repèrent les sources de chaleur, les images permettent d’observer la fumée, les modèles atmosphériques prévoient son déplacement et les stations de mesure évaluent la pollution près du sol. À condition de savoir ce que chaque outil montre… et ce qu’il ne montre pas.

FIRMS, la carte mondiale des points chauds

Pour chercher un incendie n’importe où sur la planète, l’une des références reste la carte FIRMS de la NASA. Derrière cet acronyme, pour “Fire Information for Resource Management System”, se cache un système alimenté par plusieurs satellites.

Les instruments MODIS, embarqués sur les satellites Terra et Aqua, et VIIRS, présents notamment sur Suomi NPP et plusieurs satellites météorologiques de la NOAA, observent la Terre dans l’infrarouge. Ils peuvent ainsi détecter un rayonnement thermique anormalement élevé. Les données sont généralement disponibles en quelques heures, ce qui permet de visualiser l’activité des dernières 24 heures ou des jours précédents.

Sur la carte, chaque point ne représente cependant ni le contour exact du feu ni nécessairement un incendie de forêt confirmé. Il correspond à une anomalie thermique détectée à l’intérieur d’un pixel. Un même brasier peut produire plusieurs points, tandis que certains petits feux peuvent passer inaperçus entre deux passages de satellite, être masqués par les nuages ou se dérouler sous un couvert végétal dense.

FIRMS permet néanmoins de repérer très rapidement une concentration inhabituelle de sources de chaleur. Il est également possible de créer une zone personnalisée et de recevoir des alertes par courriel lorsqu’une nouvelle détection apparaît.

En France, des cartes alimentées presque en direct

À l’échelle française, la carte de l’association Prévention et signalement des feux de forêt offre une lecture plus immédiate. Les incendies peuvent y être classés selon leur état : hors de contrôle, en cours, fixé, maîtrisé ou éteint. Elle affiche aussi le niveau de risque dans certains massifs.

L’association parle toutefois de “quasi temps réel”. Les informations sont publiées dès qu’elles sont considérées comme suffisamment fiables, avec une réactivité qui peut varier selon les territoires et la circulation locale des signalements. La surveillance est surtout active pendant la saison des incendies, généralement de la fin du printemps au début de l’automne.

Autre outil français, Feuxdeforet.fr rassemble sur une même carte les incendies signalés, leur statut et certaines informations relatives aux moyens engagés. Le site propose également une carte de vigilance, un historique des feux et des informations par département.

Ces plateformes ont l’avantage d’apporter du contexte local, mais elles ne remplacent pas les informations des préfectures, des services départementaux d’incendie et de secours ou des autorités chargées des évacuations. Une carte participative ou associative ne doit jamais être utilisée pour décider seul d’emprunter une route, de retourner dans un logement ou de s’approcher d’un incendie.

Copernicus mesure l’étendue des dégâts

Pour suivre les incendies en Europe et autour de la Méditerranée, le système EFFIS de Copernicus offre une vision particulièrement complète. Son outil de visualisation rassemble les feux actifs, les périmètres des zones brûlées, le danger météorologique et les statistiques cumulées de la saison.

#Europe is burning! Impressive @copernicusecmwf.bsky.social CO Total column map of July 26 showing the CO plume generated by #wildfires in #France  and #Spain . More than 325,000 people have been evacuated, while over 42,000 hectares have burned and #smoke plume crossed the Mediterranean.

(@adamplatform.bsky.social) 2026-07-27T09:28:34.655Z

EFFIS ne se contente pas d’indiquer les points chauds. Son module d’évaluation rapide des dégâts analyse des images satellites afin de cartographier les “cicatrices” laissées par le feu. La disparition de la végétation et les dépôts de cendres modifient la manière dont le sol réfléchit différentes longueurs d’onde. En comparant notamment le proche infrarouge et l’infrarouge à ondes courtes, les analystes peuvent délimiter les surfaces touchées et évaluer la sévérité de la combustion.

Les premiers contours restent des estimations, progressivement affinées à mesure que de nouvelles images deviennent disponibles. Les nuages, la fumée épaisse ou le délai entre deux passages de satellite peuvent ralentir cette cartographie. Elle est donc souvent plus précise après le feu que pendant les premières heures de l’événement.

Pour observer directement la transformation d’un territoire, NASA Worldview constitue un bon complément. L’outil permet de faire défiler des images satellites quotidiennes, de superposer les détections thermiques et de comparer plusieurs dates. Sur les incendies importants, on distingue parfois nettement le front de fumée, puis la zone noircie laissée dans le paysage.

Suivre une fumée qui traverse les frontières

Un incendie ne s’arrête pas au périmètre brûlé. Les fumées peuvent se déplacer sur des centaines, voire des milliers de kilomètres. Pour suivre leur trajectoire, il faut passer de la détection satellitaire à la modélisation atmosphérique.

Le service CAMS de Copernicus utilise notamment la puissance radiative des feux, c’est-à-dire l’énergie qu’ils émettent, pour estimer les quantités de polluants rejetées. Son système GFAS produit des estimations pour de nombreux gaz et aérosols issus de la combustion de la végétation, puis les associe aux prévisions météorologiques afin d’anticiper leur déplacement.

CAMS permet ainsi de suivre le monoxyde de carbone, les particules fines, les aérosols organiques ou encore l’épaisseur optique des aérosols. Ses prévisions peuvent indiquer la direction suivie par un panache selon le vent et les conditions atmosphériques.

La hauteur à laquelle la fumée est injectée compte beaucoup. Un incendie particulièrement intense peut propulser des particules à plusieurs kilomètres d’altitude. Elles restent alors plus longtemps dans l’atmosphère et voyagent beaucoup plus loin. Une fumée venue du Canada peut ainsi troubler le ciel européen sans nécessairement provoquer une forte dégradation de la qualité de l’air au niveau des habitations.

C’est l’un des principaux pièges de ces visualisations : voir un panache au-dessus de sa région ne signifie pas automatiquement que l’on respire toute cette pollution. Certaines cartes montrent la quantité d’aérosols présente dans l’ensemble de la colonne atmosphérique, entre le sol et les couches supérieures, et non leur concentration à hauteur de nez.

IQAir et Atmo France pour savoir ce que l’on respire

Pour savoir si les fumées détériorent réellement l’air près du sol, deux cartes peuvent être consultées. Celle du suisse IQAir offre une vision mondiale particulièrement intuitive, avec les indices de qualité de l’air, les concentrations de particules et les données de nombreuses stations publiques ou privées. Elle permet notamment de suivre rapidement l’évolution de la pollution autour d’un incendie.

Carte météorologique montrant des variations de température sur la côte sud-ouest de la France.
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Visualisation de la qualité de l'air au-dessus du bassin d'Arcachon par IQAir.

En France, la référence institutionnelle reste toutefois le réseau Atmo France. Sa carte nationale indique la qualité de l’air dans chaque commune, avec des prévisions pour les jours suivants. Elle s’appuie sur les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air, qui combinent les mesures réalisées par les stations au sol avec des outils de modélisation.

Carte de la qualité de l'air à Marseille avec indicateurs de pollution colorés.
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Comme on peut le constater, la qualité de l'air est particulièrement mauvaise à l'approche de Bordeaux ce jour. Il ne fait pas bon être à Pessac ce lundi 27 juillet 2026.

L’indice ATMO prend en compte cinq polluants : les particules PM2,5 et PM10, l’ozone, le dioxyde d’azote et le dioxyde de soufre. Lors d’un épisode de fumée, les particules fines sont particulièrement surveillées, car elles peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires.

Ni IQAir ni Atmo France ne permettent toutefois d’identifier automatiquement l’origine de la pollution. Une hausse des particules peut provenir des incendies, mais aussi du trafic, du chauffage, de l’industrie ou de poussières désertiques. Il faut donc comparer ces données locales avec les cartes de fumée de CAMS, les détections de FIRMS et les informations publiées par les organismes régionaux.

Avant le feu, regarder la météo des forêts

Ces outils permettent aussi d’anticiper. La Météo des forêts de Météo-France indique chaque jour le niveau de danger pour le lendemain et le surlendemain, à l’échelle de chaque département. Quatre niveaux sont utilisés, de faible à très élevé.

Cette carte ne prévoit pas l’apparition d’un incendie. Elle indique si la température, la sécheresse de la végétation, l’humidité et le vent rendent un départ de feu et sa propagation plus probables. Un niveau faible ne garantit donc pas qu’aucun feu ne pourra se déclarer, tout comme un niveau très élevé ne signifie pas qu’un incendie est déjà en cours.

Aucune de ces cartes ne détient finalement toute la vérité. FIRMS détecte la chaleur, les outils français apportent les premiers signalements, EFFIS mesure les surfaces brûlées, Worldview montre les paysages et les panaches, CAMS prévoit le trajet des fumées et Atmo France renseigne sur l’air respiré près du sol.

Suivre un feu revient donc moins à choisir la meilleure carte qu’à en croiser plusieurs. Les satellites voient vite et loin, mais pas en continu. Les modèles anticipent, mais restent des simulations. Les stations au sol fournissent des mesures locales précises, complétées par des modèles pour couvrir les territoires situés entre les capteurs. C’est dans leur complémentarité que ces outils rendent enfin visible l’ensemble de l’incendie : les flammes, les hectares brûlés et cette pollution invisible qui continue parfois de voyager longtemps après leur extinction.