Sarah Mainguy ou la rigueur insolente
Sarah Mainguy dans la cuisine du restaurant Freia. - © Philippe Lévy / WE DEMAIN
Publié le par Gilles Pudlowski
Perchée au-dessus des rails de la gare de Nantes, la cheffe Sarah Mainguy déploie une gastronomie végétale, audacieuse et joyeuse. Des mets sans compromis, comme son parcours hors norme.
Elle est à part. Elle a bâti son domaine dans un emplacement qui en fait une sorte d’ovni gourmand : une table haut perchée au-dessus des rails face à une gare. Ce lieu s’appelle Freia, un clin d’œil à la déesse nordique de l’amour, de la beauté et de la fécondité. Freia (ou Freya) signifie littéralement « dame » ou « maîtresse » en vieux norrois, à l’origine des langues scandinaves. Dans la tradition nordique, elle est aussi associée à la guerre et à la mort glorieuse. Elle accueillait la moitié des guerriers morts au combat au Valhalla, faisant d’elle une figure de puissance et de respect.
Et de fait, le restaurant de Sarah Mainguy intrigue. On y pénètre presque par effraction, en grimpant les marches (au 6e étage - mais il y a un ascenseur) d’un parking dominant la gare TGV nantaise. De là, le spectacle est celui de la modernité grise de la ville chère à André Breton. « Nantes, la seule ville de France, avec Paris, où je sens qu’il peut m’arriver quelque chose qui en vaut la peine », écrivait le pape du surréalisme dans Nadja. C’était aussi la ville où est mort Jacques Vaché, suicidé par overdose d’opium dans l’Hôtel de France de la rue Graslin, à deux pas de ce baroque et mystérieux passage Pommeraye qu’évoque André Pieyre de Mandiargues dans son Musée noir, là où danse Anouk Aimée dans le Lola de Jacques Demy, ce Jacquot de Nantes qu’immortalisa sous ce nom son épouse Agnès Varda.
Nantes, une ville à part
C’est aussi la ville magique et aimée de Julien Gracq, qui lui consacra un essai mémorable, La Forme d’une ville (José Corti). Notant : « Ni véritablement bretonne ni vraiment vendéenne, elle n’est même pas ligérienne, malgré la création artificielle de la région des ‘Pays de la Loire’, parce qu’elle obture, plutôt qu’elle ne vitalise, un
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