Peut-on élever n’importe quel animal aquatique, n’importe où, à n’importe quelle échelle ? Aux Canaries (Espagne), Nueva Pescanova a jeté l’éponge le 23 juillet 2026 : son projet de première ferme commerciale de poulpes au monde, prévu dans le port de Las Palmas, ne verra pas le jour. Cinq années de procédure, de controverses et, finalement, de nouvelles exigences environnementales auront eu raison d’une installation dimensionnée pour produire 3 000 tonnes de poulpes par an.
Onze jours plus tard, signal inverse. En France, cette fois. La préfète de la Gironde autorise au Verdon-sur-Mer le projet “Saumon du Médoc”, porté par Pure Salmon : 10 000 tonnes de saumons atlantiques par an (plus de 3 millions de poissons), élevés à terre, en l’occurrence une friche portuaire, dans un système d’aquaculture en recirculation, ou RAS (Recirculating Aquaculture System). Le feu vert tombe alors que le département sort à peine de l’incendie hors norme parti de Saumos le 22 juillet. Deux espèces, deux technologies, deux décisions opposées. Mais une même interrogation : à mesure que l’aquaculture change d’échelle, où placer la limite ?
L’aquaculture a déjà dépassé la pêche
Le dernier rapport de la FAO, paru début août 2026, permet de mesurer le basculement. En 2024, l’aquaculture a produit 103 millions de tonnes d’animaux aquatiques, contre 92 millions pour la pêche : elle représente désormais 53 % de la production mondiale. En comptant les algues, elle atteint même 142 millions de tonnes. La FAO projette 119 millions de tonnes d’animaux issus de l’aquaculture en 2034, soit 16 % de plus en une décennie.