En Alsace, à Volgelsheim, une ancienne friche militaire produit désormais de l'électricité verte

Panneaux solaires installés sur un terrain herbeux sous un ciel nuageux. La ferme solaire de Volgelsheim a pris place sur une ancienne friche militaire de 22 hectares, transformant un site sans usage en source d’électricité renouvelable. - © Jérémy Lempin / WD

Publié le par Florence Santrot

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • Reconversion d'une friche militaire en centrale solaire : À Volgelsheim, une ancienne friche militaire a été transformée en l'une des plus grandes centrales solaires d'Alsace, grâce à un partenariat entre Vialis et Engie Green, illustrant une synergie entre expertise industrielle et enracinement local.
  • Production locale et transition énergétique : La centrale, avec ses 41 000 panneaux photovoltaïques, produit 23 millions de kWh par an, alimentant 11 000 foyers. Ce projet s'inscrit dans une tendance nationale visant à utiliser des espaces délaissés pour la transition énergétique sans empiéter sur les terres agricoles.
  • Nouvelle gouvernance énergétique et défis du solaire : Le projet démontre l'importance de la coopération public-privé pour une gouvernance énergétique locale, face à des défis croissants tels que le stockage et la gestion de l'énergie renouvelable.

À première vue, rien ne distingue vraiment ce vaste terrain situé à la périphérie de Volgelsheim, commune de 2 500 habitants du Haut-Rhin, à quelques kilomètres de l’Allemagne. Pourtant, sous les alignements impeccables de panneaux photovoltaïques se cache une histoire singulière : celle d’une ancienne friche militaire devenue l’une des plus importantes centrales solaires d’Alsace. Dans une région où chaque hectare de terre agricole est précieux, la question du foncier est devenue centrale pour le développement des énergies renouvelables. Les projets photovoltaïques se heurtent souvent à des conflits d’usage : faut-il produire de l’énergie ou préserver les terres cultivables ?

À Volgelsheim, l’équation était différente. Le terrain appartenait à la commune mais son passé militaire limitait fortement les possibilités de reconversion. Longtemps considéré comme un espace sans véritable avenir économique, il est devenu un candidat idéal pour accueillir une installation solaire. “La commune entendait parler des possibilités de valorisation de tels sites et a lancé une consultation”, explique Benoît Schnell, directeur général de Vialis. C’est alors qu’un tandem inédit se constitue : Vialis, entreprise énergétique historique de Colmar, et Engie Green, spécialiste national des énergies renouvelables.

Une alliance entre ancrage local et expertise industrielle

Le projet n’est pas né du jour au lendemain. Comme souvent dans le solaire, plusieurs années ont été nécessaires pour obtenir les autorisations, répondre aux appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et finaliser le montage financier. Pour porter l’opération, une société dédiée est créée : la Société Photovoltaïque de Volgelsheim. Son capital est détenu majoritairement par Vialis (environ 65 %) et à 34 % par Engie Green. Une répartition qui illustre l’esprit du projet : conjuguer expertise industrielle nationale et enracinement territorial.

Car Vialis n’est pas une entreprise comme les autres. Cette société d’économie mixte, détenue majoritairement par les collectivités locales, plonge ses racines dans l’histoire énergétique de l’Alsace. Son origine remonte à 1850, lorsque la ville de Colmar crée une structure chargée d’assurer l’éclairage public au gaz. Au fil des décennies, l’entreprise diversifie ses activités : électricité, transport urbain, eau potable, télécommunications.

Aujourd’hui encore, elle exploite localement des réseaux d’énergie et se présente comme l’équivalent d’Enedis sur son territoire historique. Cette proximité avec les collectivités a joué un rôle déterminant dans le développement du projet. Elle a permis de faciliter les échanges avec les administrations, la préfecture et les acteurs locaux. “Finalement, le projet est complètement dans la raison d’être de la société”, souligne Benoît Schnell.

Homme souriant devant une affiche de projet de transition énergétique avec panneaux solaires.
Benoît Schnell, directeur général de Vialis. © Jérémy Lempin / WD

Une production d’électricité à l’échelle d’un territoire

Au total, 41 000 panneaux photovoltaïques ont été installés pour une puissance de 22 MWc. Chaque année, ils produisent environ 23 millions de kilowattheures d'électricité, soit l'équivalent de la consommation de 11 000 foyers hors chauffage, car les 23 millions de kWh produits par an sont injectés directement dans le réseau local.

Pendant des décennies, ce terrain a appartenu à l'histoire militaire de la frontière rhénane. Avant d'accueillir des panneaux photovoltaïques, il a fallu dépolluer le site et extraire près de 200 kilos de résidus militaires, dont plusieurs munitions.

Cette reconversion s’inscrit dans une tendance de fond observée partout en France : utiliser les espaces artificialisés, délaissés ou pollués pour accélérer la transition énergétique sans empiéter sur les terres agricoles ou naturelles. Les anciennes carrières, décharges, parkings ou sites militaires deviennent ainsi des ressources stratégiques pour les territoires.

Un projet révélateur d’une nouvelle gouvernance énergétique

L’intérêt du projet de Volgelsheim réside aussi dans sa gouvernance. Depuis plusieurs années, les collectivités cherchent à reprendre davantage de contrôle sur leur production énergétique. La crise énergétique de 2022 a renforcé cette aspiration à une forme de souveraineté locale.

Dans ce contexte, le partenariat entre une entreprise locale et un grand énergéticien national apparaît comme un modèle hybride particulièrement intéressant. La commune apporte le foncier, Vialis sa connaissance du territoire et des réseaux, Engie son expertise technique et financière. “Ce savoir-faire, nous l’avons acquis au fil de notre histoire chez Vialis. Il faut des gens de terrain pour montrer que c’est dans l’intérêt du territoire. Qui mieux que des élus ou acteurs locaux pour monter ce type de projets ?”, interroge Benoît Schnell.

Cette logique correspond à ce que l’on observe dans de nombreux territoires engagés dans les transitions : les solutions les plus robustes naissent souvent de la coopération plutôt que de l’opposition entre acteurs publics et privés.

Le solaire face à ses nouveaux défis

Pour autant, les conditions qui ont permis la réalisation de la centrale ne sont plus tout à fait les mêmes aujourd’hui. Le marché de l’électricité a profondément évolué. Les prix négatifs observés certaines journées très ensoleillées témoignent d’une nouvelle réalité : produire de l’électricité renouvelable ne suffit plus, il faut aussi savoir la stocker, la piloter ou la consommer au bon moment.

Les professionnels du secteur reconnaissent que les modèles économiques sont désormais plus complexes qu’il y a trois ou quatre ans. Beaucoup de nouveaux projets se tournent vers l’autoconsommation ou les dispositifs de valorisation locale de l’énergie plutôt que vers la simple revente sur le réseau.

À Volgelsheim, la centrale bénéficie d’avoir été conçue dans une période plus favorable. Mais elle reste un démonstrateur précieux de ce que peut produire l’alliance entre volonté politique locale, ingénierie énergétique et réutilisation intelligente du foncier.

Panneaux solaires installés sur un terrain herbeux sous un ciel légèrement nuageux.
© Jérémy Lempin / WD

Une transition qui part du terrain

La transformation de cette ancienne friche militaire raconte finalement quelque chose de plus vaste que la seule production d’électricité. Elle illustre une transition énergétique qui ne se décrète pas depuis Paris mais se construit, pas à pas, dans les territoires.

Dans un paysage souvent saturé de débats idéologiques sur les énergies renouvelables, Volgelsheim offre un exemple concret. Celui d’un terrain oublié devenu utile. Celui d’une commune rurale qui a trouvé dans son passé les ressources pour préparer son avenir.

Et peut-être, surtout, celui d’une transition qui réussit lorsqu’elle s’appuie sur les réalités locales plutôt que sur des modèles abstraits. À Volgelsheim, les panneaux solaires n’ont pas seulement remplacé une friche. Ils ont donné une nouvelle vocation à un morceau de territoire.

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