Vue aérienne d'une plage avec vagues déferlantes et végétation côtière luxuriante en arrière-plan.
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C’est quoi cette onde de Kelvin de plusieurs milliers de kilomètres qui approche de la Californie ?

Invisible depuis la surface, une onde de Kelvin peut parcourir des milliers de kilomètres et provoquer une hausse temporaire du niveau de la mer à son arrivée sur les côtes.

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En bref

  • Une onde de Kelvin de plusieurs milliers de kilomètres remonte actuellement le Pacifique vers les côtes californiennes.
  • Invisible en surface, elle peut provoquer une hausse temporaire du niveau de la mer et accentuer les risques d’inondations côtières.
  • Ce phénomène naturel lié à El Niño intervient alors que le niveau moyen de la mer est déjà plus élevé sous l’effet du réchauffement climatique.

Elle ne ressemble en rien à la vague géante que son nom pourrait laisser imaginer. Pas de mur d’eau visible à l’horizon, pas de déferlante soudaine. Rien à voir avec un tsunami. Et pourtant, une onde de Kelvin longue de plusieurs milliers de kilomètres est actuellement surveillée de près dans le Pacifique. Après avoir atteint les côtes nord de l’Amérique du Sud à la fin du mois d’août, elle remonte désormais vers le nord et pourrait affecter prochainement la Californie. Avec une conséquence très concrète : une élévation temporaire du niveau de la mer, susceptible d’aggraver les inondations côtières au cours des prochains mois.

Pour comprendre le phénomène, il faut oublier les vagues que l’on regarde se briser sur une plage. Une onde de Kelvin est un déplacement à très grande échelle de masses d’eau à travers l’océan. Elle se développe notamment lors des épisodes El Niño, lorsque les alizés qui soufflent habituellement d’est en ouest le long de l’équateur faiblissent, voire s’inversent ponctuellement. L’immense quantité d’eau chaude habituellement accumulée dans l’ouest du Pacifique peut alors repartir vers l’est, en direction du continent américain.

Une vague que l’on ne voit pas arriver

Dans le cas d’une onde de kelvin, le phénomène peut parcourir des milliers de kilomètres sans donner l’impression qu’une vague traverse le Pacifique. L’essentiel du mouvement se déroule sous la surface. Il est néanmoins détectable grâce aux satellites et aux marégraphes, qui enregistrent les variations du niveau marin.

Une fois arrivée contre les côtes d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, l’eau ne peut évidemment pas continuer sa route vers l’est. Une partie de l’onde se propage alors le long du continent, notamment vers le nord. La NOAA, l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique, parle de "coastal trapped waves", des ondes piégées le long des côtes. C’est ce mécanisme qui relie les changements survenus dans le Pacifique équatorial à ce qui se passe, quelques semaines ou quelques mois plus tard, au large de la Californie.

Le phénomène n’a rien d’exceptionnel en lui-même. Des ondes de Kelvin accompagnent régulièrement El Niño. Certaines avaient ainsi remonté la côte ouest américaine lors du puissant épisode de 1997-1998. D’autres ont déjà atteint la Californie au printemps et au début de l’été 2026. Mais les scientifiques de la NOAA estiment que leurs effets devraient être plus marqués cet automne et cet hiver, alors qu’El Niño continue de se renforcer.

Jusqu’à 30 centimètres de plus ?

Quelle hausse du niveau marin faut-il attendre ? La NOAA indique que ces ondes provoquent généralement des variations de l’ordre de 15 centimètres. Les scientifiques interrogés par le Guardian évoquent, pour l’épisode actuellement observé, une élévation pouvant atteindre environ 30 centimètres par endroits et se prolonger pendant plusieurs mois. La valeur exacte dépendra toutefois de l’intensité de l’onde et de son interaction avec les conditions locales.

Trente centimètres peuvent sembler modestes lorsqu’on imagine l’immensité du Pacifique. Sur une côte exposée, la différence est loin d’être anecdotique. Car l’onde de Kelvin n’agit pas seule. Elle relève en quelque sorte le "plancher" à partir duquel viennent ensuite s’ajouter les marées, les fortes houles ou les surcotes provoquées par les tempêtes. Une grande marée ou une tempête qui aurait normalement épargné une route, une plage ou un quartier situé en bord de mer peut alors provoquer davantage d’inondations ou d’érosion.

Le calendrier compte également. Les scientifiques surveillent particulièrement l’hiver, période où la Californie peut connaître à la fois de fortes tempêtes et des marées importantes. Les précédents épisodes El Niño montrent que les dégâts les plus lourds surviennent souvent lorsque plusieurs facteurs se combinent : niveau marin élevé, marée haute, houle et tempête.

El Niño arrive sur un Pacifique déjà très chaud

L’épisode actuel attire d’autant plus l’attention qu’El Niño 2026-2027 s’annonce particulièrement puissant. Selon la NOAA, ses effets devraient continuer à se renforcer durant l’hiver dans l’hémisphère Nord. Mais les eaux bordant la Californie étaient déjà anormalement chaudes avant même que son influence ne s’y fasse pleinement sentir : une vague de chaleur marine affecte notamment le centre et le sud de l’État.

L’arrivée d’eaux encore plus chaudes peut donc prolonger une situation déjà inhabituelle. Avec des conséquences qui dépassent largement le niveau de la mer. Lors d’El Niño, la remontée d’eaux profondes, froides et riches en nutriments – l’upwelling – peut s’affaiblir. Toute la chaîne alimentaire marine peut alors être perturbée, depuis le phytoplancton jusqu’aux poissons, oiseaux et mammifères marins. Lors de précédents épisodes chauds, la NOAA a observé des déplacements d’espèces vers le nord, une diminution du krill, des difficultés pour certains oiseaux marins ou encore davantage de proliférations d’algues toxiques.

Un phénomène naturel sur une mer qui monte

Reste un élément de fond : une onde de Kelvin est un phénomène naturel, observé bien avant le réchauffement climatique actuel. Mais elle se produit désormais sur un océan dont le niveau moyen est plus élevé. Selon les données rappelées par les chercheurs interrogés par le Guardian, la mer a déjà gagné environ 20 centimètres le long des côtes californiennes au cours du siècle écoulé.

C’est ce cumul qui inquiète davantage que l’onde elle-même. Quelques dizaines de centimètres supplémentaires pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois viennent s’ajouter à une hausse durable du niveau marin. L’épisode californien offre ainsi une illustration très concrète d’un mécanisme appelé à devenir de plus en plus familier sur les littoraux : le changement climatique ne crée pas nécessairement les phénomènes naturels qui provoquent les inondations, mais il peut relever progressivement le niveau à partir duquel ils commencent à faire des dégâts.