Un taureau devant un bâtiment en feu la nuit, scène dramatique et inquiétante.
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Les jours d’après : “Nous devons arrêter de manger les animaux”

Une vache devant une grande en proie aux flammes.

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Publié le

De mai à juillet, au moment où j’écris ces lignes, les actualités oscillent entre canicules et incendies, des écoles aux EHPAD, de Fontainebleau à la Gironde. Des canicules les plus longues et intenses jamais connues en France, des records de chaleur battus, de l’été pourtant le plus frais des années à venir. Des feux les plus dévastateurs en France depuis un demi-siècle avec des dizaines de milliers d'hectares partis en fumée, plus de deux cent mille personnes évacuées. Nos aînés et bien d’autres littéralement morts de chaud, des habitants sur les routes, des maisons calcinées, des pompiers et des professionnels de santé épuisés…

Qui aurait pu prédire ? On avait les moyens d’éviter ces drames en atténuant nos émissions de gaz à effet de serre. L’alerte des scientifiques sonne dans le vide depuis des décennies. C’est absolument rageant. Oui, on aurait pu éviter ces drames. Seulement ces drames ? Non. Bien d’autres également.

Incendies, canicules÷ des millions d’animaux périssent ou ont péri

Parce que sous les flammes et sous les tôles des hangars se déroulaient et se déroulent encore d’autres drames, dont on entend peu parler. Des millions d'animaux périssent ou ont péri. Aucun bilan exhaustif n'existe, on sait seulement qu’ils sont des millions. Ceux brûlés vifs dans les incendies, ceux morts de chaud dans les élevages. Pour les survivants, un habitat réduit en cendres… ou le chemin de l’abattoir toujours droit devant. Encore plus invisibles que les invisibles, les animaux aquatiques face à de véritables incendies sous-marins, à de véritables bouilloires dans les étangs, les rivières et les bassins quand ce n’est pas carrément l’assèchement.

Aux drames humains de nos étés de plus en plus brûlants s'ajoute cette hécatombe d’animaux que nous avons pris l'habitude de ne pas voir. Ni dans ces circonstances exceptionnelles (et bientôt ordinaires si on ne fait rien), ni dans notre quotidien. Loin de nos yeux… au cœur de nos assiettes.

L’État continue à favoriser l’élevage intensif

L'élevage est l'un des forts contributeurs du dérèglement climatique : méthane des ruminants, déforestation importée pour nourrir les animaux d’élevage, engrais azotés sur les cultures destinées à l’alimentation des animaux. Et ce modèle agricole fortement carné est frappé en retour par le dérèglement climatique : en premier les animaux, rendus très fragiles par les sélections génétiques, entassés à des densités qui rendent la chaleur rapidement mortelle, des cultures qui grillent sur pied, des besoins en eau intenables avec des nappes phréatiques en baisse. Un modèle qui alimente la crise et s'effondre dès qu'elle frappe.

Et voilà le plus absurde, peut-être le plus révoltant : au moment même où les hangars deviennent des pièges thermiques, où on est touchés de plein fouet par les effets du réchauffement, le législateur continue de déréguler et enfonce le pied sur l’accélérateur. La loi d’urgence agricole adoptée cet été favorise l’agrandissement et la création des élevages intensifs, favorise leur prolifération. Cela répond-il aux demandes des agriculteurs ? Cela va-t-il les sortir de la crise qui dure depuis 40 ans ? Même pas. Seule une poignée de grands patrons en profitera.

[Ce mercredi 5 août 2026, Sophie Brocas, la préfère de Gironde, où se déroulent encore des incendies de grand ampleur, a donné son feu vert au projet de création d’une ferme-usine de saumons dans le département.]

Réduire sa consommation de viande, un levier efficace

Sommes-nous fatalistes ? Sûrement pas  ! Au contraire, il est temps de passer le cap des tabous. Parce qu’il existe un levier puissant, agissant sur l’atténuation et l’adaptation, sur nos ressources en terre et en eau, sur notre environnement, sur notre santé, sur notre indépendance alimentaire : manger beaucoup moins d'animaux, ou encore plus efficace, ne plus les manger du tout (mieux pour eux !). C'est un des rares gestes qui agit sur plusieurs fronts à la fois.

Il atténue, parce qu'il réduit les émissions et nécessite moins de ressources. Il adapte, parce qu'il retire des millions d'êtres sensibles de bâtiments qui les tuent, et parce qu'il rend notre alimentation moins dépendante d'un système fragile au changement climatique et aux revirements géopolitiques. Aucune invention technique à espérer, aucun brumisateur à poser dans des fours. Une décision, dans nos assiettes comme dans nos politiques publiques et des actions adaptées.

Changer en profondeur nos modèles agricoles et alimentaires

Ce que l’été 2026 nous interdit désormais, c'est de traiter ces hécatombes comme un mauvais moment de l'été. Les fours et les incendies reviendront, plus tôt et plus fort, c’est prévu, c’est la trajectoire de notre inaction. Nous changerons d'alimentation, c'est certain. Parce que nous le choisirons ou parce que nous le subirons. Continuons l’inaction et nos récoltes seront grillées, nos rendements agricoles continueront de s’effondrer, nos hangars à se transformer en fournaises. Agissons, en bonne intelligence, ensemble dès maintenant, et nous limiterons les catastrophes, accompagnerons les changements, aiderons les transitions et épargnerons bon nombre de vies.

Ça passe par des objectifs ambitieux. En premier lieu, diviser par deux d'ici 2030 le nombre d'animaux que nous tuons pour l’alimentation. Passer de 85 kg par an et par personne – le double de la moyenne mondiale – à 40. Passer de plus d’1,2 milliard d’animaux tués à moins de 600 millions. Cette division vaut aussi pour les poissons. Changer en profondeur nos modèles agricoles et alimentaires pour les rendre robustes et moins cruels. Voilà un objectif à notre portée.

 Il ne dépend d'aucune technologie, seulement de nous, des politiques publiques et commerciales. Il faut nous y mettre immédiatement en nous mobilisant auprès de nos élus ou candidats, auprès de nos supermarchés, restaurants et cantines. Rejoignez ou créez des associations ou collectifs. Exigeons des entreprises et des politiques au niveau local, national ou européen qu’elles rendent notre environnement alimentaire appétissant avec davantage de végétal et bien moins d’animaux. C’est ce que nous appelons le Sauvetage du Siècle : il concerne tout le monde, êtres humains et autres animaux.

Ce qu'il faut retenir

L’ÉUne idée forte :
Des millions d'animaux sont morts de chaud sous les tôles des élevages. Le modèle qui les enferme alimente le dérèglement climatique et quand ses effets se font sentir, ce sont eux qui paient le prix fort.

Une urgence :
Au moment où les hangars se transforment en fournaises, la loi d'urgence agricole ouvre la voie à un régime dérogatoire pour les élevages intensifs. Davantage d'animaux entassés, là où la chaleur tue le plus.

Une piste d'action :
Diviser par deux d'ici 2030 le nombre d'animaux tués pour notre alimentation. Aucune technologie à attendre. Uniquement dépendant de décisions publiques et commerciales, sur lesquelles chacun peut peser auprès de ses élus comme de ses cantines et de ses supermarchés.

Sources

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