Oser la voile, oublier la montre !

Deux personnes nettoient une fenêtre de bateau, vues de l'intérieur près de maquettes. Au large, entre Saint-Pierre et Baltimore, Quentin Doutreloux, lieutenant, et Pierre Mercier, stagiaire, nettoient les hublots de la passerelle. - © Paol Gorneg

Publié le par Gilles Luneau

21 novembre - Saint-Nazaire. Neoliner Origin, premier cargo hybride voile-moteur, est à quai par tribord. Cent trente-six mètres d'élégance s'élançant d'une étrave droite, château en véritable passerelle, pont supérieur plat ponctué de panneaux vitrés tel un voilier de plaisance. Depuis la veille, les cales se sont refermées sur des remorques de conteneurs, des camionnettes, des autos, des chargeurs télescopiques, des nacelles élévatrices et un voilier de croisière – ce roulier peut transporter 5 300 tonnes de fret roulant et accueillir à bord douze personnes et autant pour l'équipage. Sa mission ? Rétablir une ligne régulière Saint-Nazaire - Saint-Pierre-et-Miquelon/Baltimore. Au pied de la coupée, Jean, un des passagers, fait une remarque sur la coque, j'en déduis que l'homme est du métier. Né il y a quatre-vingt-dix ans à Miquelon, ancien commandant de la marine marchande, il a sillonné durant trente-cinq ans toutes les mers du monde. Pourquoi aujourd'hui sur le Neoliner Origin ? "Pour l'envie de naviguer sans bruit et sans odeur de fuel…"

Les dix passagers, âgés de 23 à 90 ans, montent à bord par engagement écologique. Un tiers d'entre eux ne prend plus l'avion. Je reste sur le pont. Deux mâts gigantesques laissent deviner des toiles hors du commun : deux grand-voiles de 1 500 m² chacune, 450 m² par foc. Pour comparaison, le plus grand trimaran de course, Sails of Change, affiche 812 m² toute toile déployée. Ce changement d'échelle est au cœur du défi : décarboner le transport maritime, qui pèse 90 % du volume mondial de marchandises échangées et 3 % des émissions annuelles mondiales de gaz à effet de serre.

23 novembre – 47°16.80 N / 2°11.83 W – 16 h 53."Larguez les pointes !", lance Magaly Denat, commandant en second, dans son talkie-walkie. À la proue comme à la poupe, à bord et à quai, les amarres sont larguées sous la bruine. Des gens sur les quais agitent leurs mains, filment avec leur téléphone, des sourires, des "bon vent, bonne mer". Jamais cette ville ne laisse partir un navire sans lui dire au revoir. Les portes de l'écluse s'ouvrent sur l'avant-port, et le bonheur de partir. Arrivée à Saint-Pierre prévue le 3 décembre.

Voilier moderne naviguant sur l'océan avec grand mât et coque noire.
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