Une zone déboisée à côté d'une forêt, avec quelques arbres restants et un ciel dégagé.
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Les jours d’après : “Nous n’avons plus le droit de détruire la forêt au nom de l’écologie”

Derrière la promesse d’un chauffage renouvelable, la demande de pellets peut encourager des coupes rases qui transforment des forêts vivantes en simples stocks de bois.

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Je n’avais jamais vu la Creuse, je n’en connaissais que le nom, on m’invita à Guéret pour parler de livres, d’arbres, de forêts. Je m’y rendis sans rien savoir d’où j’allais, le train me déposa à la gare de Limoges, je fis le reste en car qui serpenta une heure durant sur de petites routes bordées de haies où il était risqué de se croiser dans un virage. C’était en mai, la végétation était habitée d’un élan irrésistible, les feuillages adoptaient plusieurs nuances de vert selon les espèces, et des arbres énormes trônaient dans les prés à vaches ou se serraient les uns contre les autres en des forêts si denses qu’elles paraissaient charnues.

J’admirais ça par les vitres du car, et puis soudain la route longea comme un accroc dans ce beau velours : des troncs empilés, le sol dénudé et remué, jonché de débris de branchages. C’était une vaste plaie rectangulaire aux bords nets, laissant voir les forêts voisines de profil, ouvertes. Le car continua, je vis un autre trou, et puis encore un autre, comme si on avait découpé des rectangles de peau sur un grand animal, laissant sa chair à nu. C’étaient des dévastations aux limites nettes, parfaitement pensées. Le paysage de bocage forestier était splendide sous le soleil de printemps, mais blessé par je ne savais pas quoi.

Raser des arbres pour des pellets

A Guéret on parla de livres, d’arbres et de forêts, et on m’apprit qu’une grosse usine de pellets s’était installée dans ce département riche en forêt, et comme un ogre insatiable elle avait besoin de bois. Des pellets, l’objet industriel le plus rudimentaire qui soit, des copeaux de bois agglomérés, destinés à être brûlés dans des chaudières automatiques. Et pour ça on déforestait à coupes rases de beaux pans de forêt feuillue, des arbres anciens et magnifiques étaient réduits en sciure.

Prendre de la sciure pour confectionner ces petites billes, cela avait été une bonne idée, mais l’objet était si pratique que maintenant on manquait de sciure, on devait en produire tout exprès à partir d’arbres en pleine santé, prélevés dans un splendide couvert forestier. C’était comme abattre des chevaux de course en pleine forme pour les réduire en petites boîte de pâtée pour chiens.

Il faut cesser de ravager nos forêts

On prétendit que c’était une source d’énergie durable, alors que ravager le sol par les coupes rases détruisait les conditions de durabilité, et que replanter ensuite des arbustes de plantation, c’était faire descendre l’écosystème d’un cran sur l’échelle de la complexité, donc de la richesse et de la résilience.

Nous n’avons plus le droit de continuer ainsi comme avant, de ravager le merveilleux résultat de dizaines d’années de croissance, et de milliers de millénaires d’évolution, pour fabriquer de misérables clopinettes que l’on pourrait fabriquer autrement. Les arbres sont plus utiles à tous sous forme de forêts vivantes que sous forme de sciure, même si elle chauffe le poêle. D’autres solutions industrielles sont à trouver pour chauffer ce même poêle, des solutions qui ne seraient pas sauvagement destructives.

Ce qu’il faut en retenir

Une idée forte

Une énergie dite renouvelable ne l’est pas nécessairement par la manière dont on la produit. Brûler du bois peut sembler vertueux ; abattre des forêts vivantes pour alimenter des chaudières ne l’est plus.

Une urgence

Cesser de considérer une forêt comme un simple stock de matière première. Une coupe rase ne retire pas seulement des arbres : elle appauvrit un écosystème construit pendant des décennies et fragilise sa capacité à se régénérer.

Une piste d’action

Réserver les pellets aux résidus et sous-produits du bois plutôt que créer une demande qui pousse à abattre des arbres sains, et chercher d’autres solutions de chauffage lorsque la ressource disponible ne permet plus de respecter cette logique.

Sources