Illustration conceptuelle de l'intelligence artificielle avec un circuit imprimé et le sigle IA.
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IA : la révolution ne réussira que si elle atteint les PME et les territoires

L’IA ne gagnera vraiment la bataille de la productivité que si ses usages se diffusent au-delà des grands groupes, jusque dans les TPE, PME et ETI de tous les territoires.

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En bref

  • Après la bataille des modèles d’IA commence celle de leur diffusion dans l’ensemble du tissu économique, notamment auprès des TPE, PME et ETI.
  • L’enjeu est de créer une "productivité distribuée", en permettant à des milliers d’entreprises de transformer concrètement leurs métiers grâce à l’IA.
  • Pour Emmanuel Papadacci-Stephanopoli et Gina Guerreiro-Herry, la prochaine frontière de l’IA est territoriale : réussir le "dernier kilomètre" entre technologies, start-up et entreprises.

Il existe des technologies qui améliorent l’existant. Et puis, plus rarement, des technologies qui changent les règles du jeu. L’intelligence artificielle appartient à la seconde catégorie. En quelques années, l’IA générative a déjà transformé notre manière d’écrire, de chercher, de créer ou de programmer. Elle pénètre désormais beaucoup plus profondément dans l’économie.

Un peu plus d’un an après le lancement du plan national Osez l’IA, la question n’est donc plus seulement de savoir jusqu’où progressera cette technologie. Elle est de savoir qui en bénéficiera. Car après la bataille des modèles commence celle, peut-être plus déterminante encore, de leur diffusion.

La technologie existe. Reste à la diffuser

La révolution actuelle résulte d’une convergence entre une quantité considérable de données, de nouvelles capacités de calcul, des décennies de recherche scientifique et mathématique et des entrepreneurs capables de transformer ces avancées en produits.

La France dispose ici d’atouts remarquables. En Île-de-France, les laboratoires du plateau de Saclay et des universités parisiennes concentrent une expertise scientifique et mathématique reconnue mondialement. En Bretagne, un autre écosystème particulièrement dense s’est développé autour du numérique, des télécommunications, de la cybersécurité ou de la défense. Le bassin brestois illustre cette dynamique en réunissant des acteurs majeurs de la recherche, de l’innovation et de la défense, académiques et industriels comme l’IMT Atlantique, l’ENSTA, Naval Group et Thales.

Sur l’ensemble du territoire, les start-up jouent un rôle essentiel : transformer ces avancées en solutions accessibles aux entreprises. Nous le constatons quotidiennement. L’IA permet désormais d’analyser en quelques minutes des milliers de documents, d’optimiser une chaîne logistique, d’anticiper une panne, d’accélérer une étude commerciale ou de rendre accessible aux salariés la connaissance accumulée par leur entreprise. Les gains de productivité potentiels sont considérables. Mais ils ne sont ni automatiques, ni neutres.

Faire de l’IA une révolution de productivité distribuée

La France pourrait réussir sa politique technologique de l’IA tout en échouant à en tirer pleinement les bénéfices économiques si ses gains restaient concentrés dans quelques centaines de grandes entreprises disposant des moyens d’investir massivement.

Or une PME de 40 salariés à Brest, un industriel breton ou une entreprise familiale francilienne ont, eux aussi, besoin de ces outils pour renforcer leur compétitivité, développer de nouvelles activités et préserver leur capacité à investir.

Car une PME ou une ETI n’est jamais une unité économique isolée. Elle fait travailler des salariés, des fournisseurs et des sous-traitants. Elle sert parfois des milliers de clients. Lorsqu’elle gagne en productivité ou invente un nouveau service, les effets se diffusent bien au-delà de ses murs. Multiplier ces gains par des dizaines de milliers de TPE, PME et ETI change l’échelle du phénomène.

Notre enjeu n’est donc plus seulement de produire de l’IA en France. Il est d’organiser une productivité distribuée : faire en sorte que ses gains irriguent des dizaines de milliers d’entreprises plutôt que de se concentrer chez quelques acteurs.

C’est précisément l’ambition portée par Osez l’IA. Mais pour réussir cette diffusion, nous devons désormais passer de l’acculturation à l’adoption.

La question d’un dirigeant de PME n’est plus seulement : “Que peut faire l’IA ?” Elle devient : “Que peut-elle changer concrètement dans mon entreprise ?”

Quel processus transformer ? Quelle solution choisir ? Faut-il travailler avec une start-up ? Comment former les collaborateurs dont le métier va évoluer ? Comment mesurer la valeur créée ?

La prochaine bataille est celle du dernier kilomètre

Les technologies existent. Les chercheurs existent. Les start-up existent. Les dispositifs publics existent. Il faut maintenant organiser leur rencontre avec les entreprises. Cela nécessite de la pédagogie et de la formation, mais surtout des acteurs implantés dans les territoires capables de faire ce dernier kilomètre : comprendre le métier d’une entreprise, identifier ses problèmes, les traduire en cas d’usage et la rapprocher de la bonne solution.

Depuis Paris et Brest, nous observons des écosystèmes différents mais faisons le même constat : une innovation se diffuse lorsqu’elle devient proche, compréhensible et concrète.

La réussite française ne se mesurera donc pas seulement au nombre de modèles, de chercheurs ou de champions technologiques que nous aurons fait émerger. Elle se mesurera aussi à notre capacité à permettre à des dizaines de milliers de TPE, PME et ETI de transformer leurs métiers et de rester compétitives. La prochaine frontière de l’IA n’est donc peut-être plus technologique. Elle est territoriale.

C’est tout le sens d’Osez l’IA, auquel nous avons choisi de prendre part. Alors que le plan entre dans une nouvelle étape, l’enjeu est désormais de transformer l’intention en adoption, et l’adoption en gains concrets pour les entreprises et leurs territoires.

Car la bataille de l’IA ne se gagnera pas seulement par ceux qui l’inventent, mais par notre capacité collective à la rendre accessible à ceux qui font vivre l’économie dans tous nos territoires.

Sources

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